Une idée explosive
Travailler une année supplémentaire pour financer l'armée? Cet élu du PLR y pense

Pour financer l’armée, un élu PLR avance l'idée d'une retraite à 66 ans. Présentée comme un dernier recours, la mesure relance un débat explosif alors qu’aucune majorité ne se dégage sur le financement des 31 milliards supplémentaires.
1/4
«Pour moi, c'est une solution de dernier recours.»
Photo: Keystone

La semaine dernière, une formule prisée par les journalistes politiques suisses a refait surface: la «gifle». Cette fois-ci, c'est Martin Pfister, à la tête du Département fédéral de la défense, de la protection civile et du sport (DDPS), qui en a fait les frais. Le dernier arrivé au Conseil fédéral propose d’augmenter la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 0,8 point de pourcentage afin de financer l’armée. Un sondage réalisé par Blick fait toutefois état d’un «non» massif à 58%. Cette initiative du DDPS s’ajoute au projet de relever la TVA de 0,7% pour financer la 13e rente AVS.

Martin Pfister s’engage ainsi, volontairement et au risque de s’y enliser, dans la même impasse que sa prédécesseure, Viola Amherd: l’armée a besoin de ressources supplémentaires, mais où les trouver? Tandis que les recettes proposées par Le Centre suscitent la controverse, d’autres pistes émergent au sein du PLR. Le conseiller aux Etats uranais Josef Dittli a déposé une motion demandant que la Confédération cède une partie de ses actions Swisscom afin de financer l’armement. Dès l’automne, le PLR a également plaidé pour une réduction des dépenses publiques plutôt qu’une hausse des impôts.

L'année de la sécurité est «un frein d'urgence»

Le conseiller aux Etats lucernois Damian Müller avance une autre option: relever l’âge de la retraite à 66 ans, pour les hommes comme pour les femmes, afin de financer l’armée. Il évoque une «année de sécurité». Dans un entretien accordé à Blick, il précise qu’il ne s’agit pas d’un objectif en soi, mais d’une dernière cartouche. «Pour moi, c'est un dernier recours si nous continuons à nous contenter de belles paroles au lieu d'agir au Parlement.» La sécurité, affirme-t-il, ne doit pas faire l'objet de débat permanent, mais exige «des décisions concrètes, des priorités et une mise en œuvre ».

Il indique ne pas avoir discuté de cette idée avec la direction de son parti, mais vouloir contribuer au débat. Sa démarche s’inscrit dans la continuité de celle de Pascal Couchepin qui, en 2003, alors ministre des Affaires sociales du PLR, avait brièvement secoué la Suisse en proposant, largement médiatisé, de porter l’âge de la retraite à 67 ans.

Berne devrait vendre des actions de Postfinance

Autre proposition libérale: la vente par la Confédération de son paquet d’actions Postfinance. Le produit de cette cession permettrait de financer le budget de l’Etat et d’éviter une augmentation des impôts.

A ce stade, la seule certitude en matière de politique de sécurité est qu’il existe une adhésion diffuse aux 31 milliards supplémentaires, sans qu’une majorité se dégage dès qu’il s’agit de mesures concrètes. L’opinion publique semble se montrer sceptique face aux mises en garde des milieux militaires, qui affirment que la Suisse pourrait, dans quelques années, se transformer en un oblast russe où la vodka accompagnerait la fondue. Il ne serait donc qu’une question de temps avant un nouveau revers politique.

Articles les plus lus