Un véritable casse-tête
Le renvoi des requérants turcs déboutés se heurte à un mur

Leur demande d'asile a été rejetée, mais ils sont toujours en Suisse. Les demandeurs d'asile turcs ayant reçu une réponse négative mettent le système suisse à rude épreuve. Les renvois sont au point mort, mais la situation pourrait se décanter.
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Les demandeurs d'asile turcs mettent les autorités suisses au défi.
Photo: Keystone
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Lucien Fluri

A Zurich, premier canton du pays, le conseiller d'Etat zurichois Mario Fehr a dû sortir sorti l'artillerie lourde. En décembre dernier, l'ancien socialiste a attaqué de front le Conseil fédéral. «Beat Jans devrait se rendre de toute urgence à Istanbul», a-t-il déclaré. La raison à cette injonction? le renvoi des ressortissants turcs, dont la demande d'asile a été rejetée, rencontre régulièrement des obstacles.

Les chiffres le montrent: les ressortissants turcs déboutés pèsent de manière disproportionnée sur le système d’asile suisse. Les voies juridiques sont épuisées, l’obtention des documents est fastidieuse, et de nombreuses personnes restent bloquées dans la procédure de renvoi. En conséquence, les personnes originaires de Turquie apparaissent de manière frappante dans les statistiques sur l’asile.

«Le nombre de demandes d’asile en provenance de Turquie reste relativement élevé», écrit la Conférence des directeurs cantonaux de la police et de la justice en réponse à une demande de Blick. «Le nombre toujours élevé de dossiers en suspens concernant l’exécution des renvois vers la Turquie constitue une charge.»

Deux tiers des demandes rejetées

Pour mieux comprendre la situation, il est important de reprendre les choses dans l'ordre: fin 2025, 4'490 personnes originaires de Turquie faisaient l'objet d'une procédure, soit plus que n'importe quel autre pays d'origine. La même année, 2'534 Turcs et Turques ont déposé une demande d’asile, plaçant le pays en troisième position derrière l’Erythrée et l’Afghanistan. Mais seule une minorité peut rester en Suisse: en règle générale, plus des deux tiers des demandes sont rejetées.

Selon le canton de Berne, les ressortissants turcs «se trouvent plus souvent que la moyenne dans une procédure multiple ou de réexamen en cours. Il en résulte également un séjour plus long et, par conséquent, une occupation prolongée de nos structures.» La Conférence des directeurs cantonaux de police souligne également que les voies de recours sont fréquemment utilisées. A cela s’ajoute le fait que les vols spéciaux pour les retours en Turquie sont actuellement impossibles.

Le nombre de personnes en attente de renvoi est donc élevé. Dans le canton de Lucerne, parmi les personnes bénéficiant de l’aide d’urgence (c’est-à-dire celles dont la demande d’asile a été rejetée mais qui se trouvent encore en Suisse), 20% sont originaires de Turquie – un pourcentage supérieur à celui du nombre de Turcs parmi les demandeurs d'Asile.

Difficulté d'obtention des documents

Selon les cantons, l’un des problèmes entraînant un séjour prolongé des requérants d’asile déboutés en Suisse réside dans les difficultés d’exécution «liées à la complexité de l’identification et de l’obtention des documents». Ainsi, les autorités turques ont besoin d’environ deux semaines «pour délivrer un titre de voyage provisoire en cas de présentation d’une pièce d’identité», comme le précise le canton de Lucerne. «Pour les vérifications d’identité ou les interrogatoires, les représentations turques exigent que la personne tenue de quitter le territoire se présente en personne, poursuit le canton de Lucerne. Les rendez-vous sont fixés sur demande. Il faut s’attendre à de longs délais d’attente.»

L’ambassade de Turquie à Berne conteste ces affirmations. Interrogée par Blick, elle indique que les procédures sont traitées rapidement, de manière pragmatique et harmonieuse. La Confédération souligne également une bonne collaboration. Et les autorités argoviennes ne constatent «aucun problème dans l'entraide avec les autorités turques».

Dialogue sur la migration cette automne

Et que dit Beat Jans? Les procédures seraient «optimisées en permanence», la collaboration avec les autorités turques serait étroite et bonne, indique le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) à la demande de Blick. Elle peut également se prévaloir d’un succès: dès l’automne, un «dialogue sur la migration» devrait avoir lieu pour la première fois entre la Suisse et la Turquie. Il s’agit d’un échange informel qui devrait se tenir chaque année. La Suisse mène déjà de tels dialogues avec 30 Etats – ceux-ci sont bien moins contraignants qu’un partenariat migratoire, par exemple.

Mario Fehr ne souhaite quant à lui plus s’exprimer sur le sujet. Son département se contente de préciser qu’il est en contact étroit avec la Confédération et part du principe que l’on trouvera «des solutions ensemble». Le conseiller d’Etat au caractère bien trempé, qui a d’ordinaire tendance à rejeter très vite la responsabilité sur les autres en cas de problèmes, ferait-il marche arrière?

A Berne, l’attaque de Mario Fehr en décembre dernier avait fait un tollé. En effet, précisément aux moments où Mario Fehr s’insurgeait, Beat Jans et les directeurs cantonaux de l’asile se réunissaient pour mettre en place des améliorations. Une seule personne manquait à l'appel: un certain Mario Fehr.

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