En bref
- L'éolienne de près de 30 mètres de haut de Toni Fritsche à Schlatt AI est la première du canton
- Toni Fritsche vit de manière extrêmement économe et autonome et ne chauffe pratiquement jamais chez lui
- Il a déposé une modification du projet sans autorisation, l'éolienne risque d'être démolie
Aux yeux de certains, Anton «Toni» Fritsche, habitant de Schlatt, (AI) passe pour un illuminé. Pour d’autres, en revanche, il fait figure de modèle. Ce paysan appenzellois de 65 ans vit en quasi-autarcie, presque totalement affranchi du réseau et du système électriques.
Il a installé des panneaux solaires sur son toit et une unité de biogaz à la cave. «Je produis deux fois plus de courant que ce dont j’ai besoin. Mais pas toujours au moment où j’en ai vraiment besoin», glisse dans un rire cet homme barbu au visage buriné par les intempéries.
«Pour faire les foins, ça suffit amplement»
Les économies d'Anton Fritsche ne se résument pas à l'électricité. Sa veste polaire part en lambeaux. La fermeture éclair étant cassée, il ne la ferme que grâce à un trombone de fortune. «Ça suffit largement pour s'occuper de l'étable», commente-t-il dans un dialecte appenzellois particulièrement prononcé.
Selon ses propres dires, il ne possède «qu’une seule paire de bottes en caoutchouc encore étanches» – qu'il a reçue en cadeau. Jamais il n’aurait l'idée d’en acheter une lui-même. «J’en ai deux autres qui sont déchirées sur le dessus, mais la semelle tient toujours la route.» Alors, l’été venu, il enfile ses bottes dépenaillées: «Pour faire les foins, ça suffit amplement.» A l’heure où la frugalité redevient un concept en vogue, Toni Fritsche pousse la rigueur à son paroxysme, avec une ligne de conduite claire: savoir tirer parti du moindre objet.
Sa motofaucheuse Rapid, il l'a trafiquée pour la convertir à l’électrique. Et quand il s’agit de son propre confort, le paysan à la retraite s’impose des restrictions à donner le vertige au commun des mortels: «Je me chauffe pratiquement jamais. Quand j'ai froid, je vais au lit.» Son épaisse couette en laine de mouton fait le reste.
Sur son domaine stationnent plusieurs véhicules électriques. Son prochain défi? Convertir son tracteur aux batteries.
Pionnier de sa région, bien malgré lui
Depuis peu, une éolienne culminant à près de 30 mètres de haut tourne également sur ses terres. Sa motivation est on ne peut plus claire: «Je ne veux ni d’énergie nucléaire, ni d’un courant sur lequel d’autres s’enrichissent à mes dépens.» Le soleil et le vent sont là presque tous les jours. «En bon paysan, je n'ai plus qu'à récolter!»
Depuis que la chaîne alémanique SRF lui a consacré un reportage, Toni Fritsche croule sous les sollicitations des médias. Pourtant, être le premier à exploiter une éolienne dans son demi-canton ne le rend pas fier; cela le désole plutôt: «C'est un triste constat.»
Il y a toutefois un hic, et de taille: l'éolienne a été érigée sans que le moindre permis de construire ne soit délivré. «Ce n’est pas que je n’ai pas de permis, j’avais un permis pour une autre machine», nuance aussitôt Toni Fritsche. A l’origine, une installation différente devait être posée sur son exploitation, mais le projet a capoté pour diverses raisons.
Contacté, Markus Manser, de l’office des constructions du canton d'Appenzell Rhodes-Intérieures, explique sobrement: «Le projet de construction alors autorisé n’a pas été réalisé dans le délai légal imparti, et le permis est désormais échu.» Dans le pire des cas, Toni Fritsche devra purement et simplement démonter son éolienne: «L’autorité compétente ordonnera alors une remise en état du terrain conforme au droit.»
Récolte de signatures en vue
Toni Fritsche espère bien décrocher le permis pour son éolienne. «J’ai déposé une modification de projet vendredi dernier et je m’entends bien avec le service. J’espère que ça passera.»
Par un vent de 6,5 mètres par seconde, son installation génère environ 6,5 kilowatts – soit la capacité de faire fonctionner trois plaques de cuisson pendant une heure. «De quoi mijoter un sacré menu», s'amuse-t-il. Cette production étant évidemment bien supérieure à ses besoins personnels, le surplus est réinjecté dans le réseau.
Mais qu'en pensent les voisins et les promeneurs? Les réactions sont unanimement positives, assure Toni Fritsche.«Seul l'un d'eux a dit qu'il ne voulait pas la voir.» Et s'il se voit refuser l'autorisation cette fois encore? «Je crois que, pour moi, recueillir des signatures ici ne serait pas si compliqué.»
Il mange du pain dur
Au cours de l'interview, on comprend jusqu'où va réellement le sens des économies de cet homme de 65 ans. «Je dois me moucher rapidement», lâche-t-il, avant de se détourner et de se moucher avec deux doigts au-dessus de la pâture. «Je n'ai pas de mouchoir. Il faudrait que je le lave. Et je ne lave pas.» De toute façon, il n'a pas l'eau chaude.
Toni Fritsche cultive lui-même ses légumes, et la petite quantité de viande dont il a besoin provient de ses vaches. Le pain? Il s'en procure du vieux dans la région. «Le pain dur, ça n'existe pas», insiste-t-il. Blick a tenté de lui demander combien il dépensait par mois. En vain: «quand tout va bien, je n'ai pas besoin d'argent», rigole Toni Fritsche.
Il y a néanmoins une ombre au tableau. Les économies extrêmes et l'autarcie sans compromis lui ont tout simplement coûté son mariage. Son sourire disparaît aussitôt: «Oui, mon épouse est partie. Je le regrette. Mais mon mode de vie ne convient vraiment pas à une femme.»