La réunion d’automne de la FIS se tient actuellement à Genève. À quoi ressemblera le ski de demain? Les dirigeants du monde du ski discutent, débattent, s’agacent et cherchent des solutions. Les finances sont au cœur des préoccupations. «Nous devons maîtriser la situation», déclare Diego Züger, co-CEO de Swiss-Ski.
En cinq ans sous la présidence de Johan Eliasch, la fortune de la Fédération internationale de ski est passée de 81 à 43 millions de francs. «C’est inquiétant. Mais Alexander Ospelt fait du très bon travail et les échanges sont complètement différents de ce qu’ils étaient auparavant», estime Diego Züger.
Une mesure susceptible de renflouer les caisses de la FIS a récemment fait beaucoup parler d’elle: le nouveau président de la fédération, Alexander Ospelt, propose d’organiser à l’avenir des Championnats du monde chaque année, sauf lors des années olympiques. Autrement dit, il n’y aurait plus d’hiver sans grand rendez-vous. Cela pourrait commencer dès 2028.
Davantage de chances de médailles aux Mondiaux, mais personne n’en veutAlexander Ospelt a cité la Chine, le Japon et la Corée du Sud parmi les destinations potentielles. «Cela nous permettrait de conquérir de nouveaux marchés», explique-t-il. Alors que la Fédération autrichienne s’est rebellée contre cette idée et a rencontré Alexander Ospelt lors d’une réunion de clarification au siège de la FIS, à Oberhofen, dans le canton de Berne, Diego Züger se montre ouvert: «L’idée mérite d’être étudiée. Nous y sommes favorables sur le principe.»
Mais qu’en pensent les athlètes? Blick est allé leur poser la question lors de la semaine promotionnelle de Swiss-Ski à Dübendorf. Pas à tous, certes, mais à bon nombre de champions. Le verdict est sans appel: personne ne se montre enthousiaste. Bien au contraire, les doutes et les critiques sont nombreux.
Franjo von Allmen est le plus catégorique: «Je trouve ça nul. Cela dévaloriserait un championnat du monde. Cela pourrait tout aussi bien être une course de Coupe du monde comme une autre», estime le Bernois.
«Nous ferions mieux de valoriser ce que nous avons», estime Daniel Yule. Pour le Valaisan, organiser des Mondiaux chaque année serait «une mauvaise idée». La valeur d’un titre mondial tient aussi au fait qu’il soit rare.
Wendy Holdener partage cet avis, alors même qu’elle est considérée comme une spécialiste des grands rendez-vous. «Je ne suis pas pour. Il faut aussi savoir faire une pause de temps en temps. Un titre de champion du monde perdrait de sa valeur.» Corinne Suter, championne olympique de descente, se montre elle aussi sceptique: «Je trouverais ça moins bien.»
Daniel Yule n’est pourtant pas opposé à l’idée d’organiser des courses en Extrême-Orient. «Il faut se rendre dans ces pays dans le cadre de la Coupe du monde. C’est justement pour cela qu’on l’appelle ainsi. Au Japon, il existe bel et bien une culture du ski. Mais je ne sais pas si un championnat du monde attirerait beaucoup de monde là-bas.»
Michelle Gisin soulève un autre problème: «D’un point de vue logistique, cela pourrait fonctionner. Mais ces sites auraient besoin d’aide pour préparer les pistes. Ils n’ont pas l’habitude de le faire à ce niveau avec la Coupe du monde.»
Marco Odermatt veut s'inspirer de l'athlétisme
Marco Odermatt avance, lui, une idée aussi surprenante qu’intéressante. Il n'est pas favorable à l’idée de distribuer chaque année des médailles mondiales, comme c’est le cas en hockey sur glace ou en cyclisme. En revanche, il apprécie l’idée de réserver systématiquement une période en février à un grand événement.
«Mais plutôt que de se contenter de distribuer plus souvent exactement les mêmes médailles de championnat du monde, il vaudrait mieux essayer quelque chose de nouveau», estime le Nidwaldien.
Que propose-t-il? Marco Odermatt répond: «Je pense à l’Ultimate Championship, comme en athlétisme.» Cette nouvelle finale de saison, conçue de manière moderne et réunissant les plus grandes stars, s’est tenue pour la première fois il y a deux semaines, avec notamment Audrey Werro. Et elle a rencontré un franc succès.
Marco Odermatt poursuit: «On pourrait imaginer tenter quelque chose de nouveau tous les quatre ans.» Il pense également à de nouvelles courses en Chine ou au Japon, voire au Moyen-Orient. «Peut-être qu’un jour, il y aura un slalom dans la halle de ski de Dubaï. Qui sait?»
Le vainqueur du classement général de la Coupe du monde et le nouveau patron de la FIS, Alexander Ospelt, se sont déjà entretenus par téléphone. «Je comprends que la FIS cherche à générer davantage de revenus. Cela nous profite également. Mais je ne pense pas qu’organiser un nouveau championnat du monde soit la bonne solution.»