Face au recul des glaciers
La Suisse a-t-elle besoin d’une halle de ski pour ses stars?

Face au recul des glaciers, l’idée d’une halle de ski en Suisse refait surface. Swiss-Ski reste prudent face aux coûts et aux enjeux écologiques, tandis que l’Autriche veut faire avancer le projet.
1/10
Les premières halles de ski indoor devraient voir le jour en Autriche. Et en Suisse?
Photo: Benjamin Soland

En bref

  • L’Autriche veut construire sa première halle de ski au plus vite
  • Swiss-Ski souhaiterait une étude d’aménagement du territoire, une évaluation écologique et une estimation actualisée des coûts
  • Les halles de ski sont utiles pour tester le matériel, mais leur nécessité pour le ski de haut niveau reste à démontrer
20398918 AuthorPlaceholder.png
20398918 AuthorPlaceholder.png
20398918 AuthorPlaceholder.png
Sven Thomann, Benjamin Soland et Mathias Germann

Les glaciers rétrécissent et l’entraînement estival devient de plus en plus difficile. En Autriche, une vieille idée revient donc sur la table: construire une halle de ski qui permettrait aux athlètes de s’entraîner sur la neige toute l’année. La présidente de la fédération autrichienne, Roswitha Stadlober, veut faire avancer le dossier. «Cela doit devenir un sujet de discussion, y compris auprès de la population», déclare-t-elle à l’ORF. Selon elle, ce n’est qu’une question de temps avant que l’Autriche ne construise sa première halle de ski.

Et la Suisse? Ici aussi, l’entraînement sur les glaciers est de plus en plus menacé. Walter Reusser, co-CEO de Swiss-Ski, ne veut pas écarter cette possibilité: l’idée reste dans un tiroir. «Il faut toutefois réaliser une étude d’aménagement du territoire afin de garantir la faisabilité du projet, qui constitue une condition fondamentale.» Il faudrait ensuite évaluer sa durabilité, tant sur le plan économique qu’écologique.

Les Suisses s’entraînent dans une halle en Allemagne

Il existe environ 130 halles de ski dans le monde. La plus grande se trouve à Shanghai. Avec ses 90’000 mètres carrés, elle propose quatre pistes adaptées à différents niveaux. L’Europe compte également plusieurs installations de ce type, notamment en Allemagne, en Norvège, aux Pays-Bas et en Lituanie. Depuis plusieurs années, Swiss-Ski loue régulièrement la halle de Wittenburg, en Allemagne. Des clubs suisses l’utilisent aussi pour former la relève.

Pour Hans Flatscher, directeur alpin de Swiss-Ski, l’intérêt réside surtout dans les tests de matériel. Les athlètes et les équipes de service peuvent y essayer les skis sur de la neige artificielle, dans des conditions hivernales. Mais construire une halle en Suisse? Hans Flatscher pointe les coûts élevés de construction et d’exploitation, ainsi que la complexité des procédures d’autorisation. «Construire une halle de ski en Suisse ne se fait pas si facilement.»

Le projet n’est pas une priorité absolue à ses yeux. Tant que les glaciers restent accessibles, Swiss-Ski peut y organiser ses entraînements. «Pour moi, l’accent doit être mis sur nos sites d’entraînement existants, qu’il faut entretenir et agrandir. C’est là que les besoins sont les plus importants.»

Un outil pour les enfants ou les professionnels?

Hannes Zöchling, entraîneur en chef de l’équipe féminine autrichienne, voit davantage de potentiel dans une halle de ski, notamment pour les enfants et les jeunes qui ne vivent pas en montagne. Ils pourraient y apprendre à skier, puis partir éventuellement en vacances à la neige avec leur famille. «Très honnêtement, ils ne construiront pas une halle uniquement pour nous, les sportifs de haut niveau, car ce ne serait pas rentable», estime-t-il. Une telle installation devrait donc aussi servir à former la relève et à promouvoir le tourisme.

Wolfgang Meier, responsable alpin de la Fédération allemande de ski, se montre plus sceptique. L’Allemagne dispose déjà de plusieurs halles de ski. Elles sont utiles aux enfants et aux jeunes, mais ne suffisent pas pour atteindre le plus haut niveau. «On ne peut pas reproduire, même approximativement, un slalom comme à Wengen ou à Kitzbühel dans une halle», explique-t-il. Pour le ski alpin de haut niveau, il faut des pistes plus longues et une pente différente.

85 millions de francs?

La spécialiste suisse du slalom Wendy Holdener estime elle aussi que l’utilité d’une halle pour sa propre préparation serait limitée. «Je vais en moyenne environ une fois par an dans une halle de ski», explique-t-elle. Une telle installation peut être utile pour tester le matériel et s’entraîner lorsque l’enneigement est incertain. En revanche, les pistes très verglacées ne sont pas idéales pour les enfants. Après une blessure, elle privilégierait également d’autres possibilités d’entraînement. Elle espère surtout que les glaciers resteront accessibles encore longtemps.

Pour Swiss-Ski, une halle de ski reste une option, mais pas à n’importe quel prix. Selon Walter Reusser, il serait aussi envisageable de faire construire une installation par une entreprise privée, puis de la louer. Autre possibilité: créer un centre sportif réunissant plusieurs disciplines et permettant de mutualiser les dépenses énergétiques.

Une étude réalisée en 2007 avait estimé le coût d’un tel projet à 85 millions de francs, selon Walter Reusser. Il faudrait désormais déterminer combien coûterait la construction d’une halle moderne. La question n’est donc pas seulement de savoir si la Suisse peut se doter d’une halle de ski, mais aussi si un tel investissement en vaut la peine pour la relève, le sport de haut niveau et l’environnement. En attendant, l’idée reste au fond d'un tiroir.

Articles les plus lus