Cinq petits centièmes de seconde ont suffi à faire basculer la carrière sportive de Delio Kunz. Pourtant, malgré les coups du sort et les problèmes de santé, le Bernois de 27 ans continue d’y croire et de se battre. Ses expériences de vie lui ont-elles donné assez de force pour suivre les traces de son ami Franjo von Allmen?
Jusqu’en septembre 2022, ce plombier de formation était considéré comme l’un des grands espoirs du ski suisse dans l’Oberland bernois, au même titre que le triple champion olympique. Ce fils d'aubergiste partageait alors les mêmes ambitions que son pote de Boltigen. Mais la famille Kunz allait bientôt traverser une période particulièrement difficile.
Thrombose et embolie pulmonaire
Alors que son jeune frère Florian était atteint d’un cancer des testicules, Delio s’est réveillé un matin avec le bras complètement raide. «Même si mon bras s’est un peu détendu avec le temps, j’ai soudain commencé à avoir des difficultés à respirer. C’était au point que mon pouls montait à 180 simplement en grimpant les escaliers.»
Lors d’un contrôle médical, les médecins lui ont diagnostiqué une thrombose. «Ensuite, j’ai aussi fait une embolie pulmonaire et mon appendice s’est enflammé. Après l’opération, j’avais perdu 20 kilos et je me sentais léger comme une plume.»
Il lui faudra environ 14 mois avant de pouvoir retrouver la compétition. Et Delio Kunz ne tarde pas à montrer qu’il n’a rien perdu de ses qualités: dès février 2024, il termine 10e d’un slalom géant de Coupe d’Europe au col de Thurn, en Autriche.
Quelques mois plus tard pourtant, il est écarté des cadres de Swiss-Ski. Malgré ce nouveau coup dur, Kunz décide de poursuivre sa carrière en indépendant, avec des dépenses qui avoisinent les 40'000 francs par saison. Pour financer son projet, il travaille régulièrement dans le bâtiment.
Le podium de l'espoir
En janvier 2026, ses efforts semblent enfin porter leurs fruits. Le skieur bernois, qui évolue toujours hors des cadres de Swiss-Ski, est sélectionné pour les épreuves de vitesse de Coupe d’Europe à Verbier. Et les résultats suivent: il termine 12e du super-G avec le dossard 71, puis décroche à nouveau la 12e place en descente avec le dossard 52. Fin février, le skieur de 27 ans fait encore mieux à Oppdal, en Norvège. Kunz prend la deuxième place du super-G et décroche ainsi son premier podium en Coupe d’Europe.
Avant la dernière course de la saison, les comptes sont simples: une place dans le top 10 du super-G à Saalbach lui garantirait de terminer parmi les 15 meilleurs de la discipline au classement général. Un résultat qui lui permettrait de remplir les critères pour retrouver les cadres de Swiss-Ski.
Mais lors de cette course décisive, Kunz manque la 10e place pour seulement cinq centièmes. Il termine 11e et boucle finalement la saison au 16e rang du classement général du super-G, à deux petits points d’une sélection automatique.
Aucun geste de Swiss-Ski
Comme il n’avait pu participer qu’à quatre des huit super-G de Coupe d’Europe, certains observateurs imaginaient alors que Swiss-Ski pourrait faire preuve de souplesse et l’intégrer malgré tout à son équipe B. «Moi aussi, j’avais encore un petit espoir. Mais j’étais convaincu à 70% qu’ils ne me sélectionneraient pas», reconnaît l'athlète bernois.
Lorsque Delio Kunz reçoit l’appel décisif de l’entraîneur Tom Stauffer, il est en vacances avec son frère Florian, désormais guéri de son cancer, et son ami Franjo von Allmen, devenu entre-temps héros olympique. «Tom m’a annoncé que je ne serais pas sélectionné. Mais il m’a assuré qu’il trouverait une solution pour moi. Aujourd’hui, je peux dire qu’il a tenu parole, puisque j’ai récemment pu m’entraîner à plusieurs reprises avec son équipe de Coupe d’Europe.»
Un entraînement avec les Suédoises
Même lorsqu’il est autorisé à rejoindre une équipe de Swiss-Ski pour un stage sur un glacier, Kunz doit cependant payer lui-même son logement, ses repas et ses déplacements. «Pour économiser, j’ai même dormi dans une auberge de jeunesse à Zermatt avec dix touristes asiatiques.»
Une autre anecdote illustre la manière dont Delio Kunz, grâce à son caractère ouvert et débrouillard, parvient à tirer son épingle du jeu. «Lors d’un récent entraînement avec la fédération régionale, nous étions seize athlètes à descendre sur la même piste, qui devenait très molle. A un moment, j’ai remarqué que les Suédoises Sara Hector et Anna Swenn Larsson s’entraînaient juste à côté. Je suis allé voir leur entraîneur pour lui expliquer la situation et il m’a autorisé à m’entraîner avec elles. En échange, je l’ai aidé à dégager la neige.»
Confiance retrouvée
Sur le plan sportif, Kunz aborde malgré tout l’hiver à venir avec confiance. «J’ai pu suivre quasiment comme prévu mon programme d’entraînement durant l’été et l’automne. En parallèle, j’ai travaillé deux jours par semaine dans le bâtiment. Mais je n’ai pas réussi à mettre d’argent de côté. Financièrement, c’est vraiment très serré.»
Le Bernois est pourtant encore loin de songer à abandonner. «La carrière de mon ami Franjo von Allmen m’a notamment montré à quelle vitesse les choses peuvent évoluer dans ce sport. Cela me motive à continuer à me battre.»