La saison de ski alpin qui a débuté voici quelques jours à Sölden s'annonce particulière pour les hommes. En février, lors du grand rendez-vous de l'hiver à Crans-Montana, le poids pourrait jouer un rôle encore plus déterminant que la technique. La piste de descente des Mondiaux comporte en effet davantage de passages glissants que de sections techniques.
Marco Odermatt, quintuple vainqueur du classement général de la Coupe du monde et grand favori, pourrait-il être désavantagé? Blick lui a posé la question dans le cadre d'un grand entretien.
Marco Odermatt, combien pesez-vous actuellement?
Je ne suis pas tout à fait sûr, mais je dirais entre 89 et 90 kilos. En tout cas, je suis plutôt plus léger qu'il y a un an.
Vos 90 kilos suffiront-ils pour la descente des Mondiaux à Crans-Montana, qui comporte de nombreux passages glissants?
Quand je repense à la descente de Coupe du monde disputée à Crans-Montana l'année dernière, je dois répondre non! Le vainqueur, Franjo von Allmen, et le deuxième, Dominik Paris, pèsent tous deux plus de 100 kilos. Ryan Cochran-Siegle, troisième de cette répétition générale des Mondiaux, dépasse lui aussi les 90 kilos. Sur un tel tracé, avoir un poids élevé constitue un avantage certain.
Allez-vous encore prendre du poids en vue du grand rendez-vous de la saison?
Très peu. Dans les géants très tournants, un poids de 100 kilos ne serait pas idéal. Et même si je voulais atteindre cette barre, je n'y arriverais probablement qu'en prenant trois mois de vacances durant l'été et en m'empiffrant de quatre repas bien gras par jour. Avec tout l'entraînement que je fais, je ne deviendrai jamais aussi lourd. Je brûle manifestement trop bien ce que je mange.
Il faut tout de même rappeler que vous avez déjà battu des poids lourds sur plusieurs descentes glissantes, notamment lors de votre victoire en 2024 sur la Saslong, à Val Gardena.
C'est vrai. Pendant longtemps, on a considéré qu'un skieur de moins de 90 kilos ne pouvait pas remporter quatre fois la descente du Lauberhorn. Pourtant, j'y suis parvenu. Et en 2025, j'ai terminé deuxième à Crans-Montana, à seulement 13 centièmes de Franjo. Je sais donc parfaitement que le poids n'est pas le seul facteur déterminant sur ce genre de descente.
Au-delà de l'alimentation, comment jugez-vous votre préparation pour cet hiver des Mondiaux?
Jusqu'à la mi-août, tout se passait à merveille. Je me sentais très bien et j'étais extrêmement motivé. Puis j'ai traversé cinq semaines plus compliquées. J'ai subi une petite blessure musculaire lors d'un entraînement et j'ai dû repousser d'une semaine mon départ pour le camp sur neige au Chili. Là-bas, j'ai commis une faute sur le ski intérieur et ressenti une nouvelle douleur au genou. Résultat: jusqu'au 7 octobre, je n'avais qu'une seule bonne journée d'entraînement en géant dans les jambes. Les semaines suivantes ont toutefois été très positives. À la Diavolezza, j'ai retrouvé exactement les conditions d'entraînement dont j'avais besoin pour préparer le début de la Coupe du monde.
De plus en plus de voix s'élèvent dans le ski alpin pour repousser de quelques semaines, voire d'un mois, l'ouverture de la Coupe du monde à Sölden. Qu'en pensez-vous?
Si le géant de Sölden devait être repoussé d'un mois, je devrais sérieusement envisager de ne pas y participer. À partir de la mi-novembre, je veux m'entraîner en vitesse en Amérique du Nord. Je pourrais en revanche m'accommoder d'un début de saison repoussé de deux semaines. Mais à cette période de l'année, le risque de fortes chutes de neige sur le glacier de Sölden est déjà très important. Les courses pourraient alors être compromises. À mes yeux, mieux vaut donc conserver une ouverture de la Coupe du monde en octobre.
Le calendrier devient particulièrement chargé au tournant de l'année. Quatre jours après les courses de vitesse du Nouvel An à Bormio, un géant est prévu à Kranjska Gora, en Slovénie. La semaine suivante, vous retrouverez le classique d'Adelboden. Quelle est la probabilité que vous renonciez à l'une de ces courses?
Il se peut qu'il n'y ait même pas de neige à Kranjska Gora en janvier. Dans ce cas, le problème serait réglé de lui-même! Plus sérieusement, avec mon entraîneur Heli Krug, nous n'avons pas établi de plan détaillé couvrant toute la saison, de Sölden jusqu'aux finales de Sun Valley. Mais, pour l'instant, je ne pense pas prendre le départ du géant de Kranjska Gora. Ces dernières années, le calendrier était déjà très chargé avant les grands rendez-vous du mois de février. Si l'on ajoute encore une semaine de compétition, cela devient tout simplement trop pour moi en vue des Mondiaux.
Les meilleurs athlètes ont parfois besoin de changer leurs habitudes pour continuer à progresser. Avez-vous modifié quelque chose dans votre préparation cette année?
Je n'avais rien prévu de différent par rapport à la saison précédente. Mais les circonstances changent forcément d'une année à l'autre. À cause de ma petite blessure, j'ai dû reprendre plus progressivement en Amérique du Sud, en septembre. Tout mon programme a donc été légèrement décalé. Je me souviens de certaines années où, début octobre, j'étais tellement impatient de courir que j'aurais préféré prendre le départ à Sölden la veille plutôt que le lendemain. Cette fois, c'était différent. Lors des premiers entraînements d'octobre, j'ai réduit ma vitesse d'un ou deux pour cent. En contrepartie, je me suis concentré sur une conduite techniquement propre. J'ai davantage écouté mon corps et, lors de la préparation physique à sec, je ne me suis pas uniquement focalisé sur le développement de la force maximale.
Après le diagnostic de votre petite blessure musculaire, le médecin-chef de Swiss-Ski, Walter Frei, vous a prescrit des séances de Pilates à Wetzikon. Était-ce une mesure ponctuelle ou allez-vous désormais fréquenter plus régulièrement un studio de Pilates?
Derrière le terme de Pilates se cachent beaucoup d'exercices éprouvés que je pratiquais déjà à 14 ans, lorsque je travaillais le gainage avec l'association de ski de Nidwald. Aujourd'hui, c'est devenu un immense phénomène de mode. On appelle simplement cela du Pilates au lieu de parler de renforcement de la musculature profonde. Peu importe le nom qu'on lui donne: je trouve que c'est une très bonne chose.
Pour beaucoup de fans de Formule 1, le Grand Prix de Monaco est l'événement de l'année. En juin dernier, vous y avez assisté avec vos coéquipiers Gino Caviezel, Thomas Tumler, Justin Murisier et Lenz Hächler. Qu'avez-vous pensé de cette expérience?
J'ai un avis partagé. D'un côté, c'est génial de voir à quel point un événement sportif peut avoir de l'impact et attirer autant de supporters et de célébrités. La FIS pourrait apprendre énormément d'un tel rendez-vous. De l'autre, je me suis retrouvé dans un univers complètement démesuré, au cœur de la somptueuse ville de Monaco. Tout y est spectacle. C'est aussi pour cela que je suis parfois heureux que, contrairement à la Formule 1, le ski de compétition ne baigne pas chaque week-end dans un tel vacarme médiatique. À Beaver Creek, par exemple, nous courons devant à peine 2000 spectateurs.
Est-il vrai qu'à Monaco, vous avez rencontré une célèbre skieuse qui ne savait absolument pas qui était Marco Odermatt?
La skieuse freestyle Eileen Gu était également présente au Grand Prix. Cette Chinoise qui a grandi aux États-Unis ne m'a pas sauté au cou lorsque nous avons été présentés. Et elle ne savait effectivement pas que j'étais un skieur alpin.
Sur la Côte d'Azur, vous avez également croisé deux de vos principaux rivaux, le champion olympique de géant Lucas Pinheiro Braathen et Giovanni Franzoni…
Oui, et je les ai retrouvés exactement comme je les connais en hiver. Giovanni est plutôt introverti. Gino, Justin, Thomy et moi avons dû insister longuement pour le convaincre de venir boire un verre avec nous. Braathen, lui, semblait parfaitement à l'aise dans cet univers de paillettes. Il a accordé nettement plus d'attention à sa coiffure et à sa tenue que nous ne l'avons fait.
À Hafjell, vous avez perdu le petit globe du géant face à Braathen lors de la dernière course de la saison. Votre coéquipier Daniel Yule estime que la gastronomie a également joué un rôle dans ce duel. Le Brésilien, qui a grandi en Norvège, voyage toujours avec un chef privé, tandis que vous auriez particulièrement mal mangé à l'hôtel de l'équipe en Norvège. Partagez-vous son analyse?
Dans notre sport, tout consiste à réunir une centaine de pièces de puzzle pour que tout soit parfait le jour J. L'alimentation en est une. Il est vrai que la nourriture laisse parfois à désirer sur certaines étapes de la Coupe du monde. Lucas a probablement beaucoup mieux mangé grâce à son chef privé. Et si j'avais perdu un marathon contre lui, je dirais que l'alimentation aurait constitué une pièce bien plus importante du puzzle. Mais je ne pense pas avoir commis une faute sur le ski intérieur à Hafjell simplement parce que je n'avais pas mangé parfaitement auparavant. Et je tiens à préciser que, la saison dernière, nous, les Suisses, avons découvert un hébergement encore pire que celui de Hafjell.
Sur quelle étape?
À Courchevel. L'hospitalité réservée à l'équipe et notre hébergement étaient vraiment déplorables. Nous avons logé dans un ancien hôtel qui servait désormais uniquement de résidence au personnel. Swiss-Ski y avait réservé les 50 chambres les moins chères de Courchevel.
Vous avez récemment avancé une idée intéressante: remplacer les Mondiaux organisés tous les deux ans par un «Ultimate Championship», sur le modèle de ce qui se fait en athlétisme. Depuis cette proposition, un représentant de la FIS vous a-t-il contacté?
J'ai téléphoné au président Ospelt lorsque j'étais au Chili, en septembre. Il ne semblait pas opposé à l'idée. Mais depuis, je n'ai plus eu de nouvelles de la FIS.
Selon certaines rumeurs, vous vous seriez opposé au projet de votre commune d'origine, Buochs, d'installer à l'entrée du village une plaque à votre effigie. Est-ce vrai?
Oui. Je ne voulais pas d'un portrait de moi, car je n'ai pas envie de voir ma tête chaque fois que je rentre chez moi. Et je pense aussi que certains habitants de Buochs n'ont pas forcément envie de croiser mon visage à chaque trajet en voiture. Finalement, après de bonnes discussions, nous sommes parvenus à un compromis.
Lequel?
À la place d'un portrait, une photo de moi en pleine action a été installée à l'endroit prévu, encadrée dans une porte en acier chromé. Cette solution me convient.
Et comment réagissez-vous lorsque vous êtes tranquillement installé chez vous devant la télévision et qu'une publicité dont vous êtes la vedette apparaît à l'écran?
Cela n'arrive pas très souvent, car les publicités dans lesquelles j'apparais sont principalement diffusées pendant les retransmissions de ski auxquelles je participe moi-même. Lorsque je me vois malgré tout dans une publicité à la télévision, cela me dérange moins que l'idée de voir mon portrait à l'entrée du village. Les partenariats avec mes sponsors et les publicités qui en découlent font partie de mon métier de skieur alpin. Mais le magnifique village de Buochs appartient à ma vie privée.
Votre sens des affaires se manifeste également en dehors des pistes. Au printemps, vous avez acquis une participation dans Gaisbock, une start-up de Suisse centrale spécialisée dans les cosmétiques naturels et les soins sportifs. Vous avez aussi lancé récemment la construction de logements locatifs à Engelberg. Gagnerez-vous bientôt davantage d'argent comme entrepreneur que comme skieur?
(Rires) Cette année, en tant que copropriétaire de Gaisbock, je ne toucherai certainement pas encore de dividendes. Mais le projet a bien démarré et les retours sur nos produits sont très positifs. Quant aux appartements d'Engelberg, ils ne seront pas prêts à être occupés avant deux ans au plus tôt.
S'agira-t-il de logements de luxe?
Non. L'objectif est de permettre à des personnes disposant d'un revenu moyen de louer un appartement à Engelberg.