Un match à 505'000 euros. Tel est l’enjeu de la rencontre entre Servette Chênois et le Sparta Prague en barrages retour de la Champions League, mercredi à la Praille (18h45). Battues 3-2 en République tchèque la semaine dernière, les Grenat n’auront pas d’autre choix que de s’imposer pour s’inviter à la table des 18 plus grandes formations du continent. Et, outre l'aspect financier, vivre des moments de rêve dans la carrière d'une footballeuse.
Au vu du match aller, croire à une qualification n’a rien d’utopique. Les Genevoises avaient manqué de réalisme en phase offensive, faisant également preuve de naïveté derrière. Des détails qui n’en sont plus à ce stade de la compétition. Battues il y a dix jours par Young Boys, les Grenat n’avaient pas l’habitude de concéder deux défaites de rang. Heureusement, elles se sont rassurées en prenant le meilleur sur le FC Bâle samedi (2-1). «Cela fait évidemment du bien au moral, résume Daïna Bourma. Mais il n’y a pas eu de doute. Nous sommes Servette et Servette n’a pas l’habitude de perdre.» Ni de disputer quatre matches en 13 jours.
«Nous savons pourquoi nous le faisons»
«Nous avons un groupe suffisamment étoffé pour pouvoir gérer les temps de jeu et l’aspect physique», rappelle Paula Serrano, milieu du SFCCF. Il le fallait car enchaîner un déplacement à Berne, un voyage à Prague, la réception des Rhénanes puis des Tchèques en ce court laps de temps est éprouvant, «notamment mentalement», souligne Bourma. «Honnêtement, nous n’avons pas le choix. Mais nous avons voulu nous qualifier pour l’Europe la saison dernière, maintenant, il faut assumer et enchaîner les matches.» Même en cas d’élimination, les protégées de Cristian Toro seraient reversées en Europa Cup.
Grâce à son effectif pléthorique et ses onze nouvelles recrues, Servette Chênois est capable d’aligner une équipe compétitive sur tous les tableaux. La preuve? Parmi les joueuses de champ, seule Amina Muratovic a été titularisée lors des trois rencontres en huit jours. Disposer d’un banc de qualité ne suffit toutefois pas à faire un collectif. Avec tous les changements survenus lors du mercato estival, il n’y a pas eu beaucoup de temps pour que la mayonnaise prenne, surtout lors d’une période aussi intense. «Il faut rester ensemble et se soutenir, explique Bourma. Nous nous voyons énormément avec tous ces déplacements, mais nous savons pourquoi nous le faisons. Pouvoir faire du football notre métier est un bonheur.» Et Serrano d’ajouter: «Toutes les filles ont une mentalité professionnelle, mais ce sont aussi de bonnes personnes. C’est très important pour pouvoir ramener des titres à Genève.» Ou pour décrocher la qualification pour la C1.
Porteuse du brassard, Daïna Bourma est un élément clé dans la vie du groupe. Toujours prête à soutenir ses coéquipières, voire même une adversaire qui reste au sol dix minutes après avoir reçu une claque dans le jeu, la latérale possède une grande capacité à fédérer. «J’essaie d’apporter de la positivité, de la joie et de la rigolade, notamment dans les périodes un peu plus difficiles, explique-t-elle. Il faut savoir remobiliser les filles.» Mais elle ne va pas tirer la couverture sur elle. «Je ne suis pas la seule, nous avons beaucoup de leaders dans le vestiaire. L’objectif est vraiment d’embarquer tout le monde et d’aller dans la même direction.»
Autre taulière du SFCCF depuis les départs de Laura Tufo et Laura Felber, Paula Serrano a également un rôle très important à jouer à ce niveau. «Les filles me voient un peu comme une référente de l’identité du club. Avec toutes celles qui sont arrivées cette année, j’essaie de leur montrer quelles sont nos valeurs, comment nous travaillons et ce que signifie le SFCCF pour les Servettiennes.» Plusieurs joueuses viennent de l’étranger. Le temps d’adaptation a été très court, malgré un camp de préparation à Crans-Montana. «Ici, nous sommes un peu leur famille. Nous passons énormément de temps ensemble.» Les liens se tissent et, pour le moment, le groupe vit très bien.
«Quelque chose d’incroyable à vivre»
Avec Elodie Nakkach, la Française et l’Espagnole sont les trois seules joueuses à avoir vécu la dernière — et seule — campagne de Servette Chênois en Champions League il y a cinq ans. «Nous avons énormément parlé aux filles de cette aventure, explique Paula Serrano. Pour nous, footballeuses, c’est quelque chose d’incroyable à vivre dans une carrière et on ne sait jamais si l’occasion se représentera.» D'autres joueuses, comme Laura Strik avec le PSV, ont également de l'expérience en C1. «Mais il y a aussi quelques jeunes que nous devrons accompagner pour les aider à gérer le stress et les émotions», ajoute la capitaine.
En cas de qualification, les Grenat pourraient rêver de défier Arsenal à l’Emirates Stadium, par exemple. Sans oublier que la C1 serait une excellente vitrine pour tout le monde, notamment les talents du club, comme Amina Muratovic, Chiara Wallin ou Garance Nein, qui a déjà fait parler d’elle grâce à un superbe but lors du tour précédent.
«Faire les efforts pour la coéquipière, tout donner et laisser nos tripes sur le terrain.» Voici comment la milieu de terrain espagnole résume l’attitude à adopter pour renverser la situation contre les Tchèques. «Ce que nous pouvons accomplir est très important pour nous, mais aussi pour Genève et pour la Suisse.» Est-ce que le public sera au rendez-vous pour pousser les Servettiennes? En tout cas, il ne faudra pas être en retard. Daïna Bourma a déjà prévenu: «Il faudra pousser dès les premières minutes et essayer d’inscrire rapidement ce premier but, qui pourra ensuite nous permettre d’aller chercher le deuxième.» Avec l’objectif de réaliser une fête de tirs pour entrer par la grande porte dans la cour des grandes.