Le Genevois Julien Di Biase, directeur des opérations du SailGP, est confiant avant la 2e édition du Rolex Switzerland Sail Grand Prix qui aura lieu les 19 et septembre prochains. Il était de passage ce mardi 25 août au bout du lac pour évoquer les défis relevés pour mettre en place une manifestation d’une telle envergure. Interview.
Julien Di Biase, quelles ont été les grandes leçons de l’an passé?
La grande surprise, c'est vraiment l'affluence du public. On a vu des spectatrices et des spectateurs venir de l'ensemble de la Suisse et même au-delà. On ne s'attendait pas à ce que tant de monde vienne sur l’eau en bateau, dans les tribunes et sur les berges. Et donc là, cette année, la grande leçon, c'est de se dire: comment est-ce qu'on va accueillir plus de public alors que l’espace est quand même restreint.
Alors comment accueille-t-on davantage de spectateurs?
On construit plus de gradins, mais il faut les construire dans un temps record. On a seulement sept jours à disposition pour construire les gradins, faire l'événement et ensuite les démonter. Pour construire ces gradins, au niveau du Yacht Club de Genève, il faut fermer une route qui est une artère principale pour entrer ou sortir de Genève. Il faut la fermer sur deux voies, de jour comme de nuit. Alors, on essaie vraiment de travailler de manière efficace, le plus rapidement possible pour réduire l'impact sur les usagers.
Ce circuit qui ne cesse de croître est-il compatible à long terme avec les spécificités genevoises et les contraintes liées?
Notre vision, à SailGP, est claire: notre objectif, c'est vraiment d’avoir 20 équipes, 20 événements. Ça semble pharaonique, mais c'est possible. Pour continuer de venir Genève avec autant de matériel nécessite une réflexion. Il va falloir qu'on repense à notre logistique. Peut-être qu'il nous faudra deux zones techniques? Peut-être qu'il faudra mettre des bateaux à l'eau plus haut dans le
lac? Ou peut-être sur le canton de Vaud, aller direction Nyon, ou même Lausanne? On réfléchit à toutes ces problématiques de manière à trouver une solution qui nous permettrait de revenir à partir de 2028 avec un plateau encore plus grand..
Comment se passe la préparation de cette deuxième édition?
Tout est un peu plus simple. Il y a déjà toute cette expérience de la première année qui aide vraiment. Pour chaque question ou problème qui se pose, la réponse vient plus rapidement. On sait à qui il faut s'adresser et également à qui il ne faut pas s’adresser... On a le bénéfice d'avoir ces leçons de la première année. On doit être plus efficace car nous aurons moins de temps
avant et après l’évènement.
Certaines villes sortent le carnet de chèques pour attirer le SailGP chez elles. Est-ce aussi le cas à Genève?
Absolument pas. Ici, on a un soutien énorme de la Ville de Genève et de l'État de Genève, mais pas sous forme de finances. Tout se fait sous forme d'organisation, de mise à disposition des sites, de mise à disposition des différents services qui permettent de planifier cet événement. On entend souvent dire que c'est impossible de faire quelque chose à Genève. A SailGP, on le fait. Et
on le fait avec les autorités. Ce qui nous permet, douze mois après, d'être complètement prêt.
Genève a marqué les esprits en 2025. Quels échos en avez-vous eu? Qu'est-ce qui rend Genève attrayant?
Avant tout la destination en elle-même. J'étais surpris de voir le nombre de vos collègues internationaux, de fans aussi qui venaient de l'étranger ou de sponsors d'équipes qui ont vraiment adoré Genève. L’été indien avait certes aidé. Mais on oublie peut-être parfois l'attrait que peut avoir cette ville. On en bénéficie tous les jours, on y marche, on y roule et on oublie un petit peu ce qu'on a devant nous. A commencer par le cadre. C'est vrai qu'on prend un petit peu un risque au niveau du vent, mais dès qu'il y a du vent, on se retrouve quand même avec des bateaux qui naviguent devant le Mont-Blanc et le jet d’eau. C'est quelque chose d'unique.
Cette saison, la question de la sécurité est revenue sur le devant de la scène avec de gros accidents. Comment avez-vous vécu ces moments-là?
A Auckland, c’était un gros crash qui aurait pu avoir de graves conséquences. Les équipes sont préparées pour gérer le stress lié à des situations d’urgence. Mais ça a été un gros choc dans la ligue. Nous, on se prépare pour ce genre de choses. Si on dit Formule 1 des mers, il faut s'équiper en conséquence. On a du matériel, des bateaux, du staff qui est vraiment à la pointe au niveau des secours. Que ce soit sur l’eau ou à terre. Parce qu’on prend aussi pas mal de risques lorsqu’on met les F50 sur l’eau.
La grande décision qui a été prise, c’est la séparation de la flotte en deux groupes...
Oui. Et pas uniquement pour des questions de sécurité. Il y a aussi une réflexion sportive derrière tout ça. Avec l’augmentation du nombre d’équipes, les courses deviennent moins lisibles. L’écart entre les premiers et les derniers devient tel, avec parfois des tours concédés, qu’on ne sait plus trop où l'on en est. Avec deux groupes, les régates deviennent passionnantes pour tout le monde, les équipes et le public. Il y a plus de départs, plus de rebondissements. Et la finale à quatre est aussi plus spectaculaire. Ce format n’était appliqué que si le vent était fort. Désormais, on le fait de manière systématique parce que le format est sympa.