Après des années de calvaire
Une IA sauve la carrière d’un grand coureur suisse

Julien Wanders, recordman suisse du semi-marathon, renaît après cinq ans de blessures et un diagnostic clé. Opéré d’une endofibrose en 2025, il prépare un retour progressif à la compétition.
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Julien Wanders voulait faire son retour en Espagne, mais il a dû reporter son premier test en compétition en raison de légers problèmes à la cuisse.
Photo: keystone-sda.ch
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Marco Pescio

L’histoire de Julien Wanders (30 ans) est celle d’un jeune Suisse qui rêvait de devenir l’un des meilleurs marathoniens du monde. Celle d’un bachelier qui, déjà au gymnase, se renseignait sur les secrets des coureurs kényans. Et qui, juste après avoir obtenu son diplôme, a fait ses valises pour Iten, sur les hauts plateaux, en passant par Nairobi, là où s’entraînent de nombreux athlètes d’endurance de niveau mondial.

La ville ne porte pas son surnom de «Home of Champions» par hasard. L’altitude de 2400 mètres et la densité d’athlètes de haut niveau font d’Iten un véritable hotspot de l’athlétisme mondial.

Julien Wanders s’y est petit à petit imposé. Il s’est fait respecter, a créé son propre groupe d’entraînement, a rencontré sa compagne Kolly, enseignante et gérante de restaurant engagée contre les violences sexistes, a construit une maison avec elle, puis l’a épousée. Mais si sa vie privée a suivi une trajectoire stable, sa carrière sportive, elle, a connu une toute autre réalité.

Il s’est perdu dans ses ambitions

En 2019, il bat le record d’Europe du semi-marathon aux Emirats arabes unis (59'13). En 2020, il réalise le même exploit sur 10 kilomètres sur route. Le Genevois, doté d’une foulée fluide et naturelle, signe des chronos exceptionnels et dépasse même le grand Mo Farah.On se demande alors jusqu’où peut aller ce prodige suisse. Julien Wanders lui-même voit grand. Il s’imagine capable de battre le record du monde du marathon. Mais la suite sera bien différente.

En 2025, il confiait à Blick: «J’etais presque au sommet du classement mondial, et puis j’ai complètement chuté». Une période difficile à accepter. Il y a un an, il a tenté «d’attaquer enfin à nouveau». Mais ce n’était pas une première tentative. Julien Wanders revient sur cinq années marquées par des interruptions constantes, dues aux blessures, à son corps, et finalement à lui-même.

Au début de cette phase plus compliquée, Julien Wanders quitte son entraîneur de longue date Marco Jäger pour l’Italien Renato Canova, figure reconnue du marathon mondial. Après ses grands succès, le coureur se concentre sur la longue distance. 

Mais sous les méthodes réputées très exigeantes de Renato Canova, Julien Wanders dépasse ses limites, enchaînant entre 200 et 220 kilomètres par semaine. Il se réveille déjà fatigué et pousse régulièrement son corps au-delà du raisonnable. Des fractures de fatigue apparaissent, tout comme des maladies. Il perd le sens des limites. Et son corps finit par ne plus suivre, envoyant des signaux de plus en plus incompréhensibles.

«Je ne pouvais meme pas décrire mes symptômes»

Même un retour auprès de Marco Jäger, une reconstruction musculaire et des ajustements alimentaires n’apportent pas de solution durable. Julien Wanders reste loin de son vrai niveau. Pendant cinq ans, il avance dans le flou. «Pendant longtemps, je ne pouvais même pas décrire précisément mes symptômes », explique-t-il aujourd’hui.

Puis, lors d’une nouvelle période de découragement, il trouve une piste inattendue. Pas chez un médecin, mais trouvant les bons mots pour décrire ses symptômes et en les tapant dans un moteur de recherche. L’intelligence artificielle lui suggère alors un diagnostic: l’endofibrose. «Un terme que je n’avais jamais entendu auparavant».

Mais médicalement, la piste s’avère juste. Il s’agit d’une forme spécifique de trouble de la circulation sanguine, touchant surtout les sportifs d’endurance, dans laquelle l’artère iliaque se rétrécit sous l’effet d’une surcharge chronique, provoquant des douleurs dans les jambes.

Un plan de retour progressif

Chez Julien Wanders, les deux cuisses sont touchées. La recherche de spécialistes n’est pas simple, mais elle paraît presque facile après les années de souffrance précédentes. «J’etais simplement soulagé d’avoir enfin trouvé le problème», raconte-t-il. Le diagnostic officiel est posé par le docteur Roman Gähwiler à Bâle, puis il est opéré en décembre dernier par le docteur Roman Bühlmann à la clinique Hirslanden de Berne.

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Ce n’est qu’au printemps que le Genevois s’exprime publiquement, avec une confiance retrouvée. «Quand j’ai repris l’entraînement, j’ai tout de suite senti une différence», dit-il. Son plan est désormais progressif: revenir d’abord sur 5000 mètres et 10 kilomètres en compétition, avant d’envisager un retour au marathon l’année prochaine.

Malgré l’opération, tout n’est pas encore parfaitement stabilisé. Ce samedi, l’athlète du Stade genevois devait faire son retour après neuf mois d’absence lors de la course internationale sur route de 10 kilomètres à Laredo, en Espagne. Il s’agissait d’un premier test en compétition, mais une cuisse le gêne légèrement actuellement. Il préfère donc ne prendre «aucun risque». Et après un parcours éprouvant et beaucoup de temps perdu, une priorité s’impose désormais: «Je veux simplement retrouver le plaisir de courir».

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