«Choquantes et absurdes»
Reporters sans frontières s'indigne des menaces russes contre la «NZZ»

Les menaces de l'ambassade russe à Berne à l'encontre d'un journaliste de la «NZZ» indignent Reporters sans frontières. «Mais ce n'est que peu surprenant venant d'un pays qui viole quotidiennement la liberté de la presse», lâche le secrétaire général de l'organisation.
Publié: 20.04.2023 à 16:40 heures
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Dernière mise à jour: 20.04.2023 à 16:50 heures
Longtemps journaliste au «Temps», Denis Masmejan est secrétaire général de Reporters sans frontières.
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Adrien SchnarrenbergerJournaliste Blick

Les menaces de l’ambassade russe à Berne à l’encontre d’un journaliste de la «NZZ» sont loin d’être passées inaperçues. Après le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) mercredi, c’est au tour de Reporters sans frontières de s’emparer de ce qui est un franchissement inacceptable d’une ligne rouge. «Nous allons bientôt communiquer à ce sujet», confirme à Blick Denis Masmejan, secrétaire général.

Pour rappel, l’ambassade russe à Berne s’est montrée très irritée par un reportage dans la région de Zaporijia, occupée par les troupes de Vladimir Poutine. Dans un communiqué, suivi d’un tweet, la représentation russe y citait le nom du journaliste tout en attirant son attention sur «les dispositions pénales» qui s’appliquent à de telles déclarations en Russie. S’il met un pied sur sol russe, l’homme de presse risque jusqu’à 7 ans de prison.

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De telles menaces juridiques à l’encontre de journalistes suisses représentent une première, que Denis Masmejan déplore logiquement. «Critiquer le contenu d’un article, c’est une chose. Mais une ambassade étrangère qui s’exprime ainsi, c’est choquant et absurde», analyse celui qui est aussi chargé d'enseignement en droit des médias à l’Université de Neuchâtel.

La Russie 155e sur 180

Ce n’est de loin pas la première fois que la représentation russe en Suisse s’en prend à la «NZZ»: une simple recherche sur Twitter suffit à trouver des dizaines de réactions outrées à des articles du quotidien zurichois. Mais jamais le ton n’avait été aussi hostile et menaçant. «Nous allons demander un retrait de ces propos, dévoile Denis Masmejan. C’est important de le faire, même si nous ne nous faisons pas beaucoup d’illusions sur le succès d’une telle démarche.»

La Russie n’a en effet jamais été une grande amie de la liberté de la presse, rappelle le Genevois. La situation était déjà mauvaise avant le début de la guerre en Ukraine, puisque le pays de Vladimir Poutine ne pointait qu’à la 155e place sur 180 nations répertoriées dans le classement de Reporters sans frontières. «Et la hiérarchie 2022 ne portait que jusqu’à fin 2021, souligne l'ancien journaliste du «Temps». Il y a fort à parier que la Russie va encore reculer dans le prochain classement, qui sera révélé début mai.»

La situation est jugée «très grave» en Russie, selon la carte 2022.

Si la réaction de l’ambassade à Berne est «déplorable et inacceptable», elle n’étonne pas outre mesure le spécialiste des médias. «C’est peu surprenant venant d’un pays qui viole quotidiennement la liberté de la presse, confirme Denis Masmejan. La récente arrestation d’un reporter du ‘Wall Street Journal’ avait déjà donné le ton.»

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«Inacceptable», tonne le DFAE

La Suisse avait déjà connu une réaction officielle d’un ambassadeur. C’était en juin 2020, lorsque la représentation de la Hongrie à Berne n’avait pas goûté à plusieurs articles de la Tribune de Genève. «C’était scandaleux, mais Budapest ne demandait que des excuses, sans proférer des menaces, comme c’est le cas pour Moscou», souligne Denis Masmejan.

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La prise de position russe n'a pas échappé au DFAE, qui a qualifié les propos de l'ambassade de «proprement inacceptables». «C'est une réaction très bienvenue. Nous en avons pris acte avec satisfaction et allons en rajouter une couche avec notre propre communication», conclut le secrétaire général de Reporters sans frontières.

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