«Spontanée, voluptueuse, trans*, dans une relation ouverte et à la recherche de sexe. All genders welcome.» Cette description Tinder, celle d'Anastasia Biefang, lieutenante-colonelle de l'armée allemande, n'a pas été du goût de ses supérieurs.
Les soldats occupant des postes à haute responsabilité doivent faire preuve d'une retenue particulière dans leur façon d'afficher leur vie privée sur Internet – c'est apparemment la position du Tribunal fédéral administratif allemand. Ce dernier s'étant emparé du profil en ligne de la haute-gradée en 2019 déjà, après un blâme adressé par son supérieur.
En effet, le tribunal compétent a sommé Anastasia de modifier son profil. En arguant que ce dernier suscite des «doutes quant à l'intégrité morale de la commandante». Ainsi, pour les juges, ce profil donnerait l'impression que la personne se «réduit» elle-même et les autres à «de purs objets sexuels». Ce qui aurait péjorerait la réputation de la Bundeswehr...
«À l'avenir, je ferai vérifier mon profil par mes supérieurs»
Pourtant, le comportement de la militaire ne porte pas immédiatement atteinte à la réputation de l'ensemble de la l'armée allemande. Et les individus sont de fait libres, dans nos sociétés, de vivre leur sexualité comme bon leur semble – tant qu'ils ne portent pas atteinte à autrui. Tout cela est régi les droits de la personnalité, en Allemagne comme en Suisse.
Or, les hautes instances militaires allemandes estiment que, étant donné son très haut grade qui comprend la supervision de quelque 1000 collaborateurs, il est du devoir de la lieutenante-colonelle de faire preuve d'une certaine discrétion quant à son intimité.
«Il faut éviter les formulations (ndlr: sur les applications de rencontre) qui éveillent des doutes sur l'intégrité morale de la personne», a déclaré le juge Richard Häussler, cité par le média N-TV, dans les motifs du jugement.
Aujourd'hui, deux ans après le début de cette histoire, Anastasia Biefang a toujours de la peine à comprendre pourquoi son acte a été jugé comme scandaleux. La femme de 47 ans confie au portail d'information: «À l'avenir, je ferai probablement vérifier mes profils sur les applis de rencontre par mes supérieurs, pour savoir s'ils sont bien légaux...» Entre-temps, Anastasia a changé de poste: elle est devenue cheffe d'unité au commandement du cyberespace et de l'information, à Bonn.