Comment la Chine tire les marrons du feu
Davos, vitrine d'un nouveau désordre mondial provoqué par Trump

Donald Trump chamboule le monde avec ses menaces douanières et ses fantasmes sur le Groenland. Pendant ce temps, la Chine se présente comme une alternative plus fiable. Pékin exploite habilement la situation pour amadouer les alliés américains inquiets.
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Le WEF, marqué par Trump, s'est achevé vendredi sur un nouvel ordre mondial.
Photo: DR
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Chiara Schlenz

Le monde avait les yeux rivés sur Davos cette semaine, et a assisté à un changement géopolitique majeur. Non pas parce que de nouvelles alliances y ont solennellement été scellées, mais plutôt en raison de l'érosion manifeste des anciennes certitudes. 

D'un côté, Donald Trump, qui avec ses coups de massue tarifaires et ses fantasmes d'annexion du Groenland froisse même ses partenaires les plus proches. De l'autre, la Chine, qui affiche ostensiblement son calme, parle le langage de l'ordre international et s'arrime précisément là où la politique de Trump laisse derrière elle incertitude, méfiance et désorientation stratégique.

Maturité chinoise

Pékin exploite la situation avec une discipline remarquable. Alors que Trump fait de la scène internationale un champ de bataille, la Chine se met en scène comme une puissance mondiale raisonnable avec des lignes claires et la tête froide. A Davos, le vice-premier ministre He Lifeng a prêché le multilatéralisme, le libre-échange et la coopération – des contrepoints réfléchis face au protectionnisme américain et au jeu de muscles géopolitique. Le message est clair: la Chine se dresse en un pôle stable dans un ordre mondial à la dérive.

Cette communication est aussi simple qu'efficace. Alors que Washington menace et sanctionne, Pékin propose des discussions, des accords commerciaux et une prévisibilité rhétorique. Le fait que ces promesses ne correspondent pas toujours à la réalité passe au second plan. Ce qui est décisif, c'est la perception: la Chine semble prévisible, ce que les Etats-Unis sous Trump ne sont plus.

Quand la confiance devient une monnaie d'échange

Cette perception commence à avoir des conséquences politiques. Le jeu de confrontation du président américain ne cible pas ses rivaux en premier lieu, mais sape surtout la confiance de ses propres alliés.

Le Canada, qui a été pendant des années l'un des partenaires les plus fiables de Washington, se rapproche de la Chine sur le plan économique, assouplit les droits de douane et parle ouvertement d'un nouvel ordre mondial. La Grande-Bretagne cherche le dialogue avec Pékin et autorise la construction d'une grande ambassade chinoise à proximité immédiate de la City de Londres. Un pas symbolique qui, il y a quelques années encore, aurait été considéré comme un tabou en matière de politique de sécurité. 

Tout cela ne constitue pas un renoncement aux Etats-Unis, mais les signaux sont clairs: l'Europe et ses partenaires cherchent à s'assurer d'autres options en cas de rupture dans les relations transatlantiques. Le Premier ministre canadien Mark Carney a explicitement parlé à Davos de la nécessité pour les petits et moyens Etats de former de nouvelles coalitions, car l'ancien système fondé sur la diplomatie entre les grandes puissances traditionnelles s'est effondré. 

Groenland, OTAN et rupture de confiance

Du point de vue chinois, il s'agit d'une situation idéale. Pékin n'a pas besoin d'agir de manière agressive, ni de briser ses alliances. Elle peut simplement attendre de voir comment Washington démantèle ses propres partenariats. Le conflit sur le Groenland en est la parfaite illustration. 

Les menaces initiales de Trump de prendre le contrôle de ce territoire d'importance stratégique n'ont pas seulement provoqué des désaccords diplomatiques avec de nombreux alliés européens, elles ont également ébranlé les fondements de l'OTAN. Après des pressions diplomatiques et des revers, un accord a été trouvé sur un pacte de sécurité qui doit garantir l'accès des Etats-Unis au Groenland via les structures de l'OTAN – sans toucher aux questions de souveraineté. 

Une alliance qui se préoccupe soudain de questions de loyauté et de méfiance interne perd de sa force de dissuasion. Une aubaine pour la Chine.

La face cachée de Pékin

Mais cette supposée sérénité de la Chine cache une réalité tout autre. Derrière la rhétorique bienveillante du commerce équitable se cachent un gigantesque excédent commercial, des industries dirigées par l'Etat, des marchés fermés et des revendications de pouvoir claires, par exemple vis-à-vis de Taïwan ou dans l'Arctique. Les dirigeants européens le savent, ils le disent même ouvertement. Mais les provocations permanentes de Trump changent la donne. Ceux qui doivent constamment gérer les crises avec Washington ne mènent pas de débat de fond sur la concurrence systémique de la Chine.

Ainsi, la Chine devient attrayante moins par sa propre force que par la faiblesse des Etats-Unis sous l'ère Trump. Pékin n'apparaît pas comme une option idéale, mais comme une alternative crédible dans un monde en quête de stabilité. Reste à savoir s'il en résultera un rôle de leader durable. Mais une seule chose est sûre. Tant que Washington sème le chaos, la Chine marque des points avec calme, tout en exploitant cette nouvelle opportunité géopolitique avec une cohérence remarquable.

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