Il implore de l'aide
Voici pourquoi Donald Trump «se ridiculise» dans le détroit d'Ormuz

La stratégie de Téhéran dans le détroit d'Ormuz pose de gros problèmes à l'armée américaine. Les Etats-Unis perdent de l'argent en raison du blocus, Donald Trump s'impatiente et menace même l'OTAN.
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Donald Trump ne s'attendait pas à tomber sur une telle résistance lorsqu'il a décidé d'attaquer l'Iran.
Photo: Anadolu via Getty Images
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Guido Felder

Cela n'a pas été aussi simple que Donald Trump l'avait prédit. Non seulement les Iraniens touchent des points sensibles dans les pays du Golfe avec leurs missiles, mais en bloquant le détroit d'Ormuz, ils font dangereusement vaciller l'économie mondiale tout entière – et à travers elle, l'économie américaine.

A tel point que le président américain doit demander de l'aide. L'Allemagne, la France, le Japon, l'Australie, la Corée du Sud, voire même la Chine, sont appelés à participer à la sécurisation de cette voie maritime cruciale. Il a également sollicité le Premier ministre britannique Keir Starmer, alors qu'il avait refusé son aide quelques jours plus tôt, préférant même le ridiculiser. Mais comment en est-on arrivé là? Après les frappes chirurgicales pour éliminer le guide suprême Ali Khamenei, la plus grande puissance militaire vacille et le conflit s'enlise.

Déboussolé, Donald Trump s'en prend désormais à l'OTAN. «Si elle ne réagit pas, ou si sa réaction n'est pas la bonne, je pense que cela sera très néfaste pour l'avenir de l'OTAN», a déclaré le milliardaire républicain dans une interview accordée au «Financial Times». Il fait ici référence à l'utilisation des dragueurs de mines, un navire de guerre que l'on retrouve beaucoup plus dans les armées européennes qu'américaine.

Une mauvaise anticipation

Klemens Fischer, géopoliticien et expert en sécurité à l’université de Cologne, explique pourquoi la «super-armée» de Trump échoue soudainement: « Les Américains et les Israéliens avaient tablé sur une guerre rapide, d’une durée maximale de cinq jours. Ils ne s’attendaient pas à ce que les Iraniens réagissent avec une telle virulence.» Surtout, Téhéran a pris Washington de vitesse en minant le détroit d’Ormuz. «Comme Trump n’avait pas prévu ce scénario, les Américains sur place manquent de moyens pour assurer la sécurité dans ce secteur.»

Il faudrait trop de temps aux Américains pour acheminer des dragueurs de mines et programmer du matériel supplémentaire. D’autres Etats, notamment européens, sont plus proches de la zone de guerre et pourraient être opérationnels plus rapidement. Mais là aussi, un problème se profile: pour ne pas devoir contourner toute l’Afrique, ils ont besoin de passer par le canal de Suez. Or, il n’est pas certain que les Egyptiens leur donnent leur feu vert. «Le Caire n’a aucun intérêt à être entraîné dans la guerre», souligne l'expert.

Trois méthodes d'interception

Les Iraniens étaient bien préparés à l'éventualité d'un blocage du détroit d'Ormuz. «Ils ont mis en place un dispositif de barrages à trois échelons afin qu'au moins l'une des variantes fonctionne toujours.» Voici ces trois méthodes.

  1. Mines: L'Iran dispose de différents types de mines. Les mines de fond sont larguées, coulent au fond de la mer et remontent à la surface lorsqu'elles détectent le bruit des hélices. Les mines flottantes sont des bombes qui flottent à la surface de l'eau. Les mines à ancre sont fixées au fond de la mer à l'aide d'un câble, de manière à attendre les navires juste sous la surface de l'eau – et donc de manière invisible.
  2. Les frappes aériennes: Téhéran est passé maître dans la fabrication de missiles et de drones. Apparemment, les mollahs disposent encore, dans leurs cachettes, d'un important arsenal leur permettant de prendre des navires pour cibles.

  3. Les vedettes rapides: l'armée iranienne dispose sur la côte de nombreuses cavernes où attendent de petites vedettes prêtes à l'assaut. Elles sont équipées de missiles et de torpilles. «Elles foncent rapidement sur leur cible puis se retirent aussitôt. Il est presque impossible de les repérer», note Klemens Fischer.

Le déminage est compliqué

Le déminage est une opération extrêmement complexe. Des navires spécialisés balayent les fonds marins à l'aide d'un système de sonar très sensible. Ces navires sont souvent construits en bois ou en plastique afin de ne pas déclencher les mines magnétiques. Des drones sous-marins ou des plongeurs sont ensuite envoyés sur place pour identifier l'objet et y fixer une charge explosive en vue d'une détonation contrôlée.

Les mines situées à la surface de l'eau ou juste en dessous peuvent également être neutralisées à l'aide de dispositifs de remorquage tirés par des navires, puis détruites à bonne distance. On utilise également des appareils de déminage qui génèrent de puissants champs magnétiques ou des bruits afin de simuler la présence d'un navire et activer les mines.

«Ils se ridiculisent»

Mais les mines modernes sont intelligentes. Elles sont souvent équipées de circuits de comptage: certaines n'explosent pas dès le passage du premier navire, mais plus tard. Elles ne peuvent donc pas toujours être détectées immédiatement par les dragueurs de mines. De plus, dans le détroit d'Ormuz, les Iraniens peuvent désactiver les mines à distance lorsqu'un bateau allié souhaite passer.

Les pays auxquels Trump a demandé de l'aide ne veulent pas se brûler les doigts. L'Allemagne, l'Australie et le Japon ont déjà refusé. Les autres pays n'ont pas encore donné de réponse définitive. Mais Donald Trump s'impatiente. Car cette situation fait perdre de l'argent aux Américains. «L'appel à l'aide de Trump montre à quel point les Etats-Unis sont désemparés. Avec leur manque de stratégie, ils se ridiculisent chaque jour un peu plus», conclut Klemens Fischer.

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