En bref
- Après la victoire électorale des démocrates, Trump ne peut plus continuer à gouverner seul au Congrès
- Le Congrès peut réduire les budgets et bloquer directement les décisions concernant le personnel de la Maison-Blanche
- Les blocages des lois budgétaires pourraient provoquer des shutdowns et nuire politiquement aux démocrates
Pendant deux ans, Donald Trump a régné presque sans partage. D’un simple coup de stylo, il a retiré les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. D’un autre, il a engagé le pays dans une guerre contre l’Iran. Au Capitole, la majorité républicaine lui déroulait le tapis rouge et facilitait chacun de ses projets.
Mais depuis les résultats des midterms, cette époque est révolue: les électeurs ont brusquement freiné le Trump Express en lui infligeant un tsunami bleu. Les vainqueurs démocrates n’ont désormais qu’un objectif en tête: anéantir l’héritage de Donald Trump. Pour y parvenir, ils disposent de moyens considérables. Mais deux obstacles majeurs risquent de compliquer leur tâche.
Voici comment les démocrates peuvent renverser les décisions de Trump:
Un pouvoir budgétaire en faveur du climat
Un retour des Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat est impossible tant que Donald Trump est au pouvoir. La ratification des traités internationaux relève en effet de la prérogative présidentielle.
Mais le Congrès peut considérablement atténuer la croisade de Donald Trump contre la transition énergétique: grâce à son pouvoir budgétaire, il peut inscrire de manière contraignante dans le budget fédéral des programmes de plusieurs milliards pour les énergies renouvelables et la recherche climatique.
Freiner les expulsions massives
Donald Trump conserve la compétence administrative sur le droit d’asile et l’immigration. Mais sans argent, ce pouvoir ne lui est pas très utile. Le Congrès peut réduire drastiquement les moyens consacrés aux vols spéciaux, aux perquisitions, aux camps de détention provisoires et au renforcement des effectifs aux frontières.
Pouvoir sur les nominations
C’est toutefois sur les nominations que les démocrates disposent de leur principal moyen de pression. Sans l’aval du Sénat, impossible pour Donald Trump de faire passer ses candidats. Sa stratégie de remodelage de l’appareil judiciaire se termine donc brutalement. Les juges fédéraux ultraconservateurs et les ministres les plus idéologiques risquent désormais de voir leur nomination bloquée. Les postes vacants pourraient donc le rester jusqu’en 2029, à moins que la Maison-Blanche ne se résigne à des compromis modérés.
Agir sur la guerre en Iran
Impossible d’interrompre du jour au lendemain les opérations en cours sans plonger dans le chaos ses propres troupes ou celles de ses alliés sur place. Mais le Congrès peut jouer la carte du droit budgétaire. Il a le pouvoir de réduire les approvisionnements, bloquer les crédits d’armement et lancer des commissions d'enquête. Autant de leviers qui permettraient aux démocrates d'éteindre lentement le feu au Moyen-Orient.
Rétablir l'aide humanitaire
Donald Trump a gelé l’aide humanitaire et démantelé l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID). Le Congrès pourrait rétablir les financements en votant de nouvelles enveloppes budgétaires. Mais leur déblocage reste entre les mains de l’exécutif, qui peut en retarder le versement par des procédures administratives. Quant aux dégâts causés au sein de l’administration, il faudra des années pour les réparer.
Surveiller les sanctions douanières
Donald Trump s’appuie sur les pouvoirs présidentiels d’urgence pour imposer ses droits de douane. Les démocrates ne peuvent donc pas les supprimer d’un trait de plume. Ils disposent toutefois de plusieurs moyens d’action: contester la légalité des tarifs déjà en vigueur et adopter des lois pour restreindre les pouvoirs présidentiels en matière de nouvelles sanctions douanières.
Après leur victoire écrasante, les démocrates peuvent mettre Donald Trump sous pression. Selon Philipp Adorf, expert des Etats-Unis à l’Université de Bonn, le Congrès «redevient ainsi un adversaire sérieux, mais pas le véritable concepteur de la politique gouvernementale».
Un dangereux vide chez les démocrates
Malgré tout, les démocrates font face à deux problèmes. Même en tant qu’«adversaires sérieux», ils doivent agir avec prudence. En refusant de voter les budgets nécessaires à la mise en œuvre des projets de Donald Trump, les démocrates risquent de provoquer une paralysie des finances fédérales, voire un shutdown, autrement dit une fermeture partielle des services de l’Etat.
Donald Trump pourrait alors retourner la situation contre ses adversaires et leur faire porter la responsabilité de ce séisme budgétaire, qui pourrait notamment entraîner la fermeture de certaines administrations et retarder le versement des retraites.
De plus, le triomphe des élections de mi-mandat est fragile. Derrière le succès des démocrates se cache un dilemme de taille: s’ils ont réussi à faire barrage à Donald Trump, ils peinent encore à convaincre avec leur propre programme.
- Aucune figure de proue: Il manque un espoir capable d’enthousiasmer le pays et d'unir le parti en vue de l’élection présidentielle. Chez les républicains, en revanche, J. D. Vance, Marco Rubio ou Ron DeSantis sont depuis longtemps des héritiers connus, prêts à se préparer pour 2028 à l’ombre du déclin de Donald Trump.
- Aucune vision: Le parti manque de profil politique. Entre son establishment centriste et l’aile gauche progressiste, des luttes de direction font rage autour de la politique économique et identitaire des démocrates.
- Plus d’ennemi commun: Le rejet de Donald Trump a fait office de véritable moteur lors des élections de mi-mandat. Mais cette opposition au président ne suffira pas à convaincre les électeurs lors de la prochaine présidentielle. Philipp Adorf met en garde: «L’enjeu sera de savoir si les démocrates parviendront à proposer un projet politique convaincant, au-delà de leur opposition à Trump. Car dans deux ans, son nom ne figurera plus sur le bulletin de vote.»
Le temps presse: le 7 novembre 2028, les Américains éliront un nouveau président. D’ici là, les démocrates devront réussir à faire bloc et à présenter un projet tourné vers l’avenir. Faute de quoi, leur offensive contre l’héritage de Donald Trump pourrait bien se retourner contre eux.