En bref
- Christa Pike a survécu à deux injections létales dans le Tennessee.
- En 2025, les Etats-Unis ont procédé à 47 exécutions, un nombre jamais aussi élevé en 20 ans
- Le débat risque de s'enflammer au niveau national, la Californie envisageant de gracier 564 condamnés à mort.
Ce ne sont pas une, mais deux injections létales auxquelles Christa Pike a survécu dans la prison de haute sécurité de Nashville, dans le Tennessee. La direction de la prison a dû interrompre l’exécution de cette femme condamnée pour meurtre dans la nuit de mercredi à jeudi pour l'hospitaliser d'urgence.
Christa Pike est actuellement dans un état critique. Randy Spivey, l'un de ses avocats, a évoqué l'échec de l'exécution lors d'une conférence de presse jeudi soir. Il a considéré que les actions de l'Etat étaient «inefficaces, cruelles et atroces». Il a affirmé avoir vu au moins sept aiguilles insérées dans le bras gauche de sa cliente lors de l'exécution. L'une d'elles semblait tordue lorsque les médecins l'ont retirée, comme l'a rapporté «The Sun». Il n'a pas précisé le lien entre ces aiguilles et les deux injections.
Il dénonce également une exécution particulièrement longue. Selon lui, l’équipe chargée de mettre à mort Christa Pike aurait passé près d’une heure à tenter de lui poser une perfusion intraveineuse. Les responsables de la prison auraient par ailleurs tiré les rideaux à plusieurs reprises, empêchant les personnes présentes d’avoir une vue sur la chambre d’exécution. «Dans une pièce plongée dans l’obscurité, les journalistes ont clairement entendu Christa respirer, haleter et se débattre pour sa vie, tandis que l’Etat agissait à huis clos.»
A ce stade, il reste toutefois impossible de déterminer dans quelle mesure le récit de l’avocat correspond au déroulement de l’exécution. Les autorités américaines n’ont, pour l’heure, pas réagi à ces allégations.
Un boom d'exécutions
Au Tennessee, où une autre exécution avait déjà dû être interrompue cette année en raison de complications majeures, le gouverneur Bill Lee a suspendu jusqu’à nouvel ordre l’exécution d’autres condamnations à mort. Toutefois, les Etats-Unis connaissent un boom des exécutions à l’échelle nationale, surtout depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump.
Fervent partisan de la peine de mort, le républicain souhaite accélérer le nombre d’exécutions. Résultat: en 2025, les autorités américaines ont exécuté 47 personnes, un nombre jamais atteint depuis près de vingt ans. La peine de mort reste par ailleurs autorisée dans 27 des 50 Etats américains.
Par ailleurs, certains crimes, notamment les actes terroristes et les meurtres en série, peuvent être passibles de la peine capitale, indépendamment de l’Etat dans lequel ils ont été commis.
La peine de mort approuvée aux Etats-Unis
Certes, certaines restrictions s’appliquent, notamment pour les personnes atteintes de troubles psychiques ou pour les auteurs de crimes commis alors qu’ils étaient mineurs (ils ne peuvent plus être exécutés depuis 2005). Mais les Etats-Unis restent encore loin d’une abolition de la peine de mort. Une situation qui contraste avec celle de l’Europe, où seul le Bélarus continue à procéder à des exécutions.
Les Etats-Unis comptent environ 2000 meurtriers, violeurs et terroristes qui attendent dans le couloir de la mort. L'organisation «Death Penalty Action», qui milite pour l'abolition de la peine capitale, réclame que leurs peines soient commuées en prison à vie. Ceux-ci estiment que nombre de ces condamnés sont atteints de troubles psychiques et n’ont pas reçu suffisamment de soutien au cours de leur vie.
Mais ces voix restent encore minoritaires de l’autre côté de l’Atlantique. Si l’époque des années 1990, où 80% des Américains se disaient favorables à la peine de mort, est désormais révolue, 52% de la population estiment encore que les Etats-Unis devraient continuer à exécuter les criminels considérés comme les plus dangereux.
Trump réclamait la peine de mort pour des innocents
Il est aussi important de souligner que Donald Trump est l’un des plus fervents partisans de la peine de mort. Déjà dans les années 1980, alors qu’il était promoteur immobilier, il réclamait la peine de mort pour les cinq jeunes hommes noirs accusés – à tort – d'avoir violé une joggeuse dans un parc de New York en 1989. A ce jour, le président américain ne s’est jamais excusé auprès de ces hommes, dont l’innocence a pourtant été prouvée.
Lorsqu'il a pris la tête des Etats-Unis, il a proposé à plusieurs reprises d'exécuter les «traîtres» (y compris les journalistes qui diffusent, selon lui, des «fake news») ou d'accélérer les condamnations à mort de tous les auteurs de crimes violents.
Récemment, le ministre de la Justice, Todd Blanche a publié une longue enquête concluant que le pentobarbital, une méthode d’exécution controversée suspendue sous Joe Biden, devrait être réintroduit pour les exécutions fédérales. Il veut aussi faire tester des méthodes alternatives controversées, comme les pelotons d’exécution ou même les gazages. Des méthodes que certains Etats appliquent déjà: l’Idaho autorise depuis cette année des pelotons d’exécution composés de policiers volontaires, tandis que la Floride permet toujours le recours à la chaise électrique. Christa Pike, quant à elle, avait initialement été condamnée à mort en 1996 au Tennessee, avec une exécution prévue par électrocution.
Un changement avec la Californie?
Dans les prochains jours, le débat sur la peine de mort pourrait prendre une tout autre ampleur. Le gouverneur sortant de Californie, Gavin Newsom, envisagerait en effet de gracier les 564 personnes actuellement détenues dans le couloir de la mort de l’Etat.
En tant que gouverneur, il dispose de ce pouvoir, et son départ prévu en janvier pourrait accélérer une éventuelle décision. Une telle mesure permettrait à ce farouche opposant à la peine capitale de commuer en une seule fois les condamnations de plus d’un quart des personnes actuellement dans le couloir de la mort aux Etats-Unis. D’autres Etats pourraient lui emboîter le pas, faisant potentiellement de la peine de mort un sujet majeur de la campagne présidentielle de 2028.
Quant à Christa Pike, qui a survécu deux fois à l’échec de l’injection létale au Tennessee, son état reste flou. Des médecins estiment qu’elle pourrait avoir subi de graves lésions cérébrales. Si elle survit, elle ne peut toutefois pas être certaine d’être graciée. L’affaire du meurtrier Kenneth Smith en est la preuve: lui aussi avait survécu à une injection létale en 2022. Deux ans plus tard, l’Etat de l’Alabama l’a exécuté. Il a été gazé.