Il était associé à la voiture électrique, à la conquête spatiale et à l'innovation. Elon Musk n'est-il plus que l'ombre de lui-même? Le mythe de surhomme qu'avait acquis l'entrepreneur multimilliardaire s'est effrité. Survol en 10 points.
1. Il a perdu 500 millions aux midterms
Durant les élections de mi-mandat du 3 novembre aux Etats-Unis, le patron de Tesla, de SpaceX et de Starlink a dépensé une somme astronomique pour rien. Il a mobilisé un demi-milliard de dollars en faveur des Républicains, dont la moitié pour le Texas, où se trouvent plusieurs de ses entreprises. Il est de loin le plus gros contributeur parmi les milliardaires qui ont donné aux partis. Malgré cela, quasi aucun de ses candidats n'a gagné aux deux chambres, et le Texas a basculé, pour la première fois en 32 ans, du côté des Démocrates. Musk, lui, a perdu 500 millions de dollars en une nuit.
2. Les milliards ont servi d'argument repoussoir
Dans la campagne texane, le candidat démocrate vainqueur, James Talarico, a explicitement présenté le scrutin comme une lutte contre des milliardaires capables de financer massivement la politique. Musk n'était plus seulement un donateur classique: il incarnait une forme de pouvoir ploutocratique que ses adversaires démocrates dénonçaient. La nouvelle majorité envisage d'ailleurs des enquêtes sur ses entreprises, leurs contrats gouvernementaux et ses activités politiques.
3. Tesla a perdu une partie de son aura
Le businessman avait pourtant acquis une influence démesurée. Tout avait commencé avec la «Teslamania», l'engouement pour la voiture électrique Tesla. Cette manie a culminé entre 2017 et 2021. L'action Tesla a connu une envolée spectaculaire. Musk fascinait par son génie visionnaire, étant perçu comme surdoué pour les affaires et favorable à l'écologie. Les Tesla se multipliaient jusque sur nos routes de Suisse romande.
Puis l'engouement s'est essoufflé à partir de 2022. Des problèmes d'image ont surgi pour Tesla quand Elon Musk est devenu une figure de proue du mouvement conservateur anti-woke. Les idées polémiques qu'il postait sur la plateforme «X» , qu'il a rachetée, ont été rejetées par une partie de sa clientèle d'acheteurs de Tesla. Ses idées ont en revanche fasciné Donald Trump, qui lui a offert le ministère du Département de l'Efficacité gouvernementale (DOGE) à la Maison Blanche. La Muskmania a alors pris une tournure politique.
4. Son passage au gouvernement a été un échec
Dès 2025, Donald Trump a confié au milliardaire la tâche spectaculaire de réduire de 2000 milliards de dollars les coûts du gouvernement fédéral. Les idées libertariennes et anti-étatistes avaient le vent en poupe, depuis l'arrivée de l'ultra-libéral Javier Milei au pouvoir en Argentine en 2024. Mais elles se sont heurtées à la réalité sociale et économique. Au bout de seulement quatre mois, Elon Musk avait amputé l'Etat de 260'000 emplois, sauf que seuls 175 milliards, et non 2000 milliards, avaient pu être ainsi économisés.
Aujourd'hui, l'anti-étatisme d'Elon Musk est largement discrédité. D'autant que lui-même dépend étroitement des milliards de dollars de contrats fédéraux qui soutiennent ses activités spatiales et militaires.
5. Le revers de Starlink en Iran
Après l'échec retentissant du DOGE, Elon Musk a quitté le gouvernement en mai 2025 pour retourner à ses affaires. Deux autres revers ont marqué la suite: les difficultés de Starlink en Iran et le dépassement de Tesla par les Chinois.
En Iran, Starlink devait permettre de contourner les coupures d'Internet imposées par le régime et soutenir certaines manifestations et opérations militaires américaines. Ce réseau satellitaire privé conférait à Elon Musk un pouvoir considérable, déjà démontré en Ukraine: celui de peser sur le déroulement des conflits géopolitiques.
Mais la guerre en Iran a révélé les limites de cette puissance: les autorités iraniennes sont parvenues à perturber sévèrement les communications, provoquant jusqu'à 80% de pertes de données grâce au brouillage des signaux. Sans être entièrement neutralisé, Starlink a perdu sa capacité à influencer le conflit de manière décisive.
6. Les voitures électriques chinoises font mieux
Même si Tesla demeure un constructeur automobile majeur, le groupe a perdu son avance incontestée dans les voitures électriques. Dès 2023, la Chine a démontré qu'elle pouvait produire des véhicules électriques beaucoup moins chers, tout en rivalisant ou dépassant Tesla dans les batteries et la recharge.
BYD, Xiaomi et Geely affichent des prix plus concurrentiels. BYD est la première marque à avoir annoncé, en mars 2025, une technologie de recharge à 1000 kW, au moment où Tesla affichait 500 kW sur ses bornes. BYD occupe aujourd'hui la première place mondiale, devant Tesla, en nombre de voitures 100% électriques vendues.
7. Le discours anti-woke et masculiniste s'épuise
Pendant plusieurs années, Musk a construit son leadership d'opinion autour de la dénonciation des idées progressistes wokes, et la défense d'une masculinité dominante. Des discours qui ont acquis une forte audience dans le monde des réseaux (X, YouTube, Instagram...).
Ces thèmes conservent une vaste audience dans les milieux conservateurs, libertariens et technologiques. Mais les midterms ont mis en évidence d'autres priorités nettement plus pressantes pour la population: les préoccupations relatives au logement, à l'inflation et au pouvoir d'achat. Occupant nettement le devant de la scène, elles ont relégué les querelles culturelles au second plan.
8. La phase 'grand-prêtre des cryptos' est passée
Durant la cryptomania de 2017-2021, un engouement planétaire s'est manifesté pour les cryptomonnaies et la culture crypto. A laquelle Elon Musk, toujours lui, a été étroitement associé. En 2021, il lui suffisait de poster une série de mots énigmatiques sur le réseau social «X» (ex-Twitter), pour provoquer des frénésies spéculatives et littéralement faire ou défaire la valorisation de certaines cryptomonnaies, qui n'avaient de valeur que l'intérêt qu'il leur portait.
Mais le krach de 2022 a brisé le mythe selon lequel la finance décentralisée échapperait aux dérives de la bourse traditionnelle. Les soucis environnementaux liés à ce secteur, mais aussi les fraudes multiples qui se sont succédées (faillites, krachs, détournements de milliards) ont entamé la confiance dans le secteur, sans empêcher de nouvelles vagues spéculatives depuis.
9. L'influence de X et des posts de Musk a diminué
En septembre 2026, les déclarations de X confirmaient une diminution du nombre d'utilisateurs actifs dans l'Union européenne. Par ailleurs, le public de X est devenu moins diversifié. Comme l'indiquent les recherches du Reuters Institute publiées en 2025, le réseau compte une part croissante d'utilisateurs conservateurs.
Le public de Musk sur X se fait donc de plus en plus homogène, et les publications ont peu d'effet sur les opinions des personnes extérieures à ce public, dont un certain nombre a déserté la plateforme. Il en résulte, pour Musk, une capacité moindre d'imposer ses sujets à l'ensemble du débat public.
10. Elon Musk n'est plus trillionnaire
Même s'il reste, de très loin, l'homme le plus riche du monde, Elon Musk n'est plus au faîte de son enrichissement. Sa fortune a atteint son pic de 1450 milliards en juin 2026, avec l'entrée en bourse de SpaceX. Depuis, elle est redescendue à 865 milliards de dollars, soit une baisse de 40% depuis ce sommet.
Il faut souligner qu'il s'agit d'une fortune sur papier, essentiellement constituée aux trois quarts d'actions SpaceX et au quart d'actions Tesla. La chute de ses actions s'est accélérée après les élections du 3 novembre.
Malgré cette dépréciation gigantesque, Musk demeure environ deux fois plus riche que son plus proche concurrent, Jeff Bezos, patron d'Amazon (375 milliards).