En bref
- Après une rencontre avec des représentants russes, Trump annonce un grand accord avec la Russie
- On ignore si l’Ukraine et l’Europe sont associées sur un pied d’égalité aux négociations
- Un cessez-le-feu pourrait geler le front et donner à la Russie le temps de se reconstruire
Donald Trump est un habitué des promesses d’accords pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Mais jusqu’ici, ses annonces sont restées lettre morte. Sur le terrain, les combats se poursuivent, les armées russes et ukrainiennes continuent de s'attaquer et le bilan humain s’alourdit jour après jour.
Dans l’émission de la chaîne allemande ZDF «Maybrit Illner», l’ancien général américain Ben Hodges n'a pas épargné Donald Trump. Selon lui, Vladimir Poutine aurait pu exercer une pression sur le président américain, voire le corrompre. Des accusations graves, pour lesquelles il n'a fourni aucune preuve. Ses propos mettent néanmoins en lumière l’un des points les plus controversés de la politique de Donald Trump à l’égard de Moscou.
A la suite d’une rencontre avec le négociateur russe Kirill Dmitriev le 5 novembre, Donald Trump a évoqué un «grand accord» avec le Kremlin. Celui-ci pourrait dépasser largement le cadre de la guerre en Ukraine et redessiner les contours de la sécurité européenne. Mais le président américain n’a fourni aucune précision sur son contenu.
«Je resterais d’abord serein»
Remo Reginold, expert en géopolitique et directeur du Swiss Institute for Global Affairs (Siga), décrypte cette déclaration pour Blick. «Je resterais d’abord serein», tempère le spécialiste. «Donald Trump a déjà annoncé à plusieurs reprises la conclusion d'un grand accord. Inutile de réagir chaque fois comme si la paix était à portée de main», prévient-il.
Malgré tout, ces déclarations font leurs effets. «Elles suscitent des attentes et exercent une pression sur les autres. Mais à un moment donné, cette stratégie finit par perdre de son efficacité. Seules des propositions concrètes permettront de savoir si, cette fois, l'annonce de Trump repose sur quelque chose de plus solide.»
Au-delà de l'Ukraine
C'est justement le flou qui entoure les discussions qui alimente les inquiétudes. Si le président américain a reçu personnellement le représentant russe, une telle rencontre avec des représentants ukrainiens n’aurait pas eu lieu. En parallèle, son gendre Jared Kushner a échangé avec des responsables ukrainiens et européens ainsi qu'avec des représentants de l'Otan. Les discussions ont porté sur les garanties de sécurité à offrir à l'Ukraine et sur une éventuelle refonte de l'architecture sécuritaire européenne.
Que veut dire Trump lorsqu’il affirme que son plan irait «bien au-delà de la guerre en Ukraine»? Pour Remo Reginold, le président tenterait de négocier plusieurs dossiers simultanément: «Il pourrait, par exemple, associer un cessez-le-feu à un assouplissement des sanctions ou à des accords sur les livraisons de gaz et les infrastructures. Une reprise des relations économiques avec les Etats-Unis présenterait un intérêt certain pour Moscou.»
Mais les discussions pourraient aussi porter sur des enjeux bien plus larges, comme la présence militaire américaine en Europe ou les relations futures entre l'Otan et la Russie. «Dans ce cas, la sécurité de toute l’Europe serait négociée sous le titre d’un accord sur l’Ukraine», soulève Remo Reginold.
Un accord au-dessus de la tête de l’Ukraine?
Tout porte à croire que Washington et Moscou discutent actuellement des contours du futur ordre sécuritaire européen. Pour Kiev, une telle démarche pourrait s'avérer extrêmement dangereuse. «Les Etats-Unis disposent d’un levier considérable sur l'Ukraine grâce à leur soutien militaire», affirme Remo Reginold.
«Dans le domaine du renseignement, de la défense antiaérienne et de certains missiles, l’aide américaine ne peut guère être remplacée à court terme. Washington et Moscou pourraient donc s'entendre sur les grandes lignes d'un accord, puis les présenter à l'Ukraine comme une offre à prendre ou à laisser.» Or, rappelle l'expert, quiconque souhaite une paix durable doit aussi obtenir l’adhésion de l’Ukraine.
L’Europe risque elle aussi se retrouver devant le fait accompli. «Si Washington et Moscou s’entendent, cela affecte directement notre sécurité. En même temps, ce sont les Européens qui devraient assumer une part importante de la mise en œuvre d'un accord et de la reconstruction. Nous pourrions donc être contraints de soutenir un plan que nous n’aurions contribué à façonner qu’à la marge», précise le spécialiste.
L’Europe dispose toutefois de moyens de pression: les sanctions, l’accès à son marché et le soutien à l’Ukraine. Encore faut-il que les Etats européens s'accordent sur les objectifs à poursuivre. «Sinon, d'autres décideront de notre sécurité et nous n'aurons plus qu'à discuter de la facture», conclut Remo Reginold.