Un tabou qui rapporte gros
Face à Poutine, l'Ukraine pourrait se sauver grâce au porno

Le porno est interdit en Ukraine depuis l'époque soviétique. Mais la guerre contre Poutine fait vaciller cette vieille interdiction. Car avec les recettes fiscales de l'industrie du sexe, on pourrait acheter des milliers de drones.
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L'Ukrainienne Julia produit des contenus pornographiques sur OnlyFans.
Photo: zVg

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • La pornographie est punissable en Ukraine depuis l'époque soviétique
  • Les impôts issus des revenus d'OnlyFans pourraient financer des dizaines de milliers de drones
  • Même les acteurs et actrices qui paient leurs impôts risquent d'avoir des ennuis avec la justice et la police
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Helena Graf

Lesya Mykhailenko est en retard. Elle monte précipitamment les marches menant à l'entrée du palais de justice de Kiev. Le bâtiment est austère, la lumière dans la cage d'escalier parcimonieuse. Lesya Mykhailenko s'arrête au premier étage, avant d'entrer dans une pièce avec une vingtaine d'armoires métalliques. Elles sont remplies de centaines de procédures en cours. «Le tribunal est complètement débordé. Pendant la guerre, beaucoup d'affaires restent en suspens», explique-t-elle.

Lesya Mykhailenko est avocate. Elle représente des femmes et des hommes d'un secteur criminalisé en Ukraine: l'industrie pornographique.

Lesya Mykhailenko milite pour un assouplissement de l'interdiction.
Photo: Helena Graf

Le Code pénal ukrainien punit la production et la diffusion de contenus pornographiques. «Si une femme envoie par exemple une photo avec un vibromasseur à son compagnon, elle commet une infraction», explique Lesya Mykhailenko.

La guerre change la donne

Cette interdiction trouve ses racines à l'époque soviétique. «Les autorités de l'époque utilisaient cette loi contre leurs opposants politiques.» Lorsqu'on voulait écarter quelqu'un, on l'accusait de produire du matériel pornographique afin d'avoir un motif pour l'arrêter.

La guerre d'agression russe en Ukraine a relancé le débat sur la légalisation du porno. Dès 2023, des projets de loi visant à dépénaliser cette activité ont été déposés au Parlement. En juillet 2026, la réforme a franchi la première lecture par les députés. Une importante victoire d'étape pour ses partisans. Les parlementaires se sont clairement prononcés en faveur de la légalisation, par 231 voix contre 8.

Une étape qui n'est pas due au hasard. Jaroslaw Schelesnjak, député spécialisé dans la politique économique et vice-président de la commission des finances et des impôts, a fait ses calculs: les sites comme OnlyFans pourraient financer environ 30'000 drones ukrainiens par année!

Julia gagne 50'000 dollars par an

Lesya Mykhailenko abonde dans son sens. Elle affirme que de nombreux acteurs et actrices porno ne déclarent pas leurs revenus, par peur que l'Etat ne découvre leurs activités. Certains préfèrent quitter l'Ukraine pour continuer d'exercer.

C'est le cas de Julia, qui a émigré en République dominicaine. Elle tourne des vidéos pornographiques avec son mari. «Je peux gagner jusqu'à 50’000 dollars par mois», explique-t-elle. Lorsqu'elle a commencé dans l'industrie, elle vivait encore en Ukraine. «Je suis partie parce que je craignais d'être arrêtée.» En 2022, elle est retournée dans sa terre natale pour soutenir sa famille et ses amis. «J'espérais que cette loi allait enfin changer. Mais cela n'a pas été le cas, alors je suis repartie.»

Julia aime son travail. Elle a choisi d'émigrer, même si l'Ukraine lui manque.
Photo: zVg

Désormais, elle paie ses impôts à l'étranger. «C'est dommage», regrette-t-elle. «En Ukraine, l'industrie pornographique représente un marché de plusieurs millions.» En effet: en dépit de son interdiction, le porno y prospère. Selon certains rapports, près de 10'000 Ukrainiennes seraient inscrites sur OnlyFans. Avec un chiffre d’affaires annuel de 130 millions de dollars généré par la plateforme, ces revenus pourraient représenter une source financière non négligeable pour l’Ukraine.

Depuis 2024, l'administration fiscale ukrainienne reçoit des données du Royaume-Uni sur les revenus perçus par les créatrices de contenu ukrainiennes sur OnlyFans. Mais un dilemme se pose: celles qui n’ont pas déclaré leurs revenus s’exposent à des problèmes avec le fisc, tandis que celles qui les déclarent risquent des poursuites judiciaires.

«J'ai longtemps hésité à me lancer»

Alysa*, 20 ans, s'est lancée sur OnlyFans depuis huit mois. Nous la rencontrons le soir dans un parc. Elle choisit un banc à l'ombre des arbres. Il n'y a personne autour d'elle, et pourtant elle chuchote.

Sa famille et ses amis ignorent qu'elle vend du contenu sexuel. Ils pensent qu'elle est une étudiante tout à fait ordinaire. «J'ai longtemps hésité à me lancer sur OnlyFans», raconte-t-elle. «Car ici, c'est considéré comme immoral.» Voilà pourquoi Alysa ne vend ses photos qu'à des étrangers, des hommes des Etats-Unis et de Tchéquie. «Ils aiment que j'écrive leurs noms sur mon corps», confie-t-elle. Lors d'un bon mois, elle dit gagner entre 2000 et 4000 dollars. Elle en reverse 20% à son agent. «Il s'occupe aussi des impôts.»

Les créatrices ukrainiennes d'Onlyfans comme Alysa gardent leur activité secrète.
Photo: Helena Graf

Alysa remonte sa capuche. Elle en est sûre: si sa famille ou la police découvraient ce qu'elle fait, ce serait une catastrophe. Mais elle tente de réprimer sa peur: «En Ukraine, on croit que si l'on pense trop au pire, on finit par l'attirer.»

Une perquisition malgré les impôts payés

De retour au tribunal de Kiev, l'avocate Lesya Mykhailenko nous attend. Elle représente une actrice d'OnlyFans. «La plupart d'entre elles reversent une part importante de leurs revenus à une agence», explique-t-elle.

L’une de ses clientes aurait pourtant toujours payé ses impôts. Dernièrement, elle aurait versé 22 millions de hryvnias, soit plus de 410'000 francs. «La police s’est soudain présentée à son domicile et a procédé à une perquisition», raconte Lesya Mykhailenko. Les agents ont ouvert une procédure judiciaire. Furieuse, l'avocate a alors publié un message sur Facebook. Après l’intervention de plusieurs politiciens et militants, les autorités ont finalement suspendu la procédure.

Mais la guerre, elle, ne s’arrête pas. Soudain, une explosion retentit: une attaque de missiles. «C’était tout près», lâche-t-elle sans broncher. Nous apprendrons plus tard qu’une université du centre-ville a été touchée. Nous étions à seulement 400 mètres.

*Nom modifié

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