«Pure hypocrisie»
En Turquie, les Kurdes inquiets après l'offensive au nord-est de la Syrie

Les Kurdes de Turquie espèrent la poursuite du processus de paix engagé avec la guérilla du PKK. Cet espoir subsiste malgré l’offensive de Damas contre les combattants kurdes en Syrie, soutenue par Ankara.
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Les Kurdes de Turquie espèrent la poursuite du processus de paix initié par les autorités avec la guérilla du PKK.
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AFP Agence France-Presse

Les Kurdes de Turquie espèrent la poursuite du processus de paix initié par les autorités avec la guérilla du PKK après l'offensive de Damas contre les combattants kurdes en Syrie, ouvertement soutenue par Ankara.

Proche allié de la nouvelle direction syrienne qui a renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad, le gouvernement turc est simultanément engagé dans une tentative de règlement avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), dont le chef historique et fondateur, Abdullah Öcalan, est incarcéré depuis 1999. Initié en octobre 2024 par l'allié nationaliste du président Recep Tayyip Erdogan, ce processus vise à mettre fin à plus de quatre décennies d'affrontements qui ont fait 50'000 morts.

Un rassemblement de protestation contre l'offensive de Damas est convoqué lundi à Diyabarkir (sud-est), principale ville à majorité kurde du pays, sous réserve de la neige abondante qui tombe sur la région. Dès dimanche soir, le président Erdogan a appelé son homologue à Damas, Ahmad al-Chareh, pour l'assurer que «le soutien de la Turquie à la Syrie, notamment dans la lutte contre le terrorisme, continuera de se renforcer», selon un communiqué officiel.

«La Turquie attache une grande importance à l'intégrité territoriale, à l'unité, (...) à la stabilité et à la sécurité de la Syrie», avec laquelle elle partage 900 km de frontière et une importante minorité kurde (environ 20% de la population turque), a-t-il insisté.

«Sabotage»

«La Turquie est un acteur majeur sur le terrain et un acteur influent à la table des négociations», a confirmé le directeur de la communication présidentielle, Burhanettin Duran, sur X. L'accord de cessez-le-feu entre Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS, majoritairement kurdes), qui prévoit leur «intégration complète» dans les institutions syriennes, «constitue une étape importante», a-t-il jugé. L'accord, coup dur pour les Kurdes qui ambitionnaient de préserver leur administration autonome, est intervenu au terme de violents combats qui ont repoussé les FDS hors d'Alep et surtout de leur fief de Raqa qu'elles contrôlaient depuis une décennie.

Réagissant via une délégation du parti prokurde DEM, troisième force au parlement turc, qui lui a rendu visite samedi, Abdullah Öcalan a dénoncé une «tentative de sabotage» des négociations en cours en Turquie.

La direction du DEM a accusé la Turquie d'«hypocrisie pure»: «On ne peut pas traiter ceux que l'on qualifie de 'citoyens' de ce côté de la frontière comme des 'ennemis' de l'autre», a-t-il insisté. «On ne peut pas être constructif à Ankara et destructeur en Syrie.»

Sollicité par l'AFP, le co-président du parti à Diyarbakir, Abbas Sahin, a évoqué lundi «une menace sur le processus, mis à rude épreuve» mais estimé malgré tout qu'il «doit se poursuivre»: «On voit, à la lumière des développements dans les pays voisins, ce à quoi l'on peut être confronté en l'absence de transition démocratique».

«La force des FDS était exagérée et le territoire qu'elles contrôlaient ne reflétait pas la réalité kurde», juge Bayram Bozyel, président du Parti socialiste du Kurdistan (PSK). Mais «le soutien raciste et chauviniste apporté aux actions menées contre les Kurdes en Syrie provoque un malaise chez les Kurdes de Turquie», assure-t-il en parlant d'un «second traumatisme de Kobané».

«Pas d'autre choix»

Cette localité du nord syrien, théâtre de violents combats entre combattants kurdes et jihadistes du groupe Etat islamique durant la guerre en Syrie, a été régulièrement bombardée ensuite par l'armée turque. «Nous ignorons quelle sera l'attitude dans le camp du PKK, car la politique suivie par (Ankara) a engendré un profond sentiment de défiance chez les Kurdes. Malgré tout, la Turquie conduira le processus et poursuivra les efforts de désarmement du PKK», veut-il croire.

Le gouvernement n'a pas d'autre choix, estime Bayram Bozyel, «sinon le PKK constituera une menace encore plus grande pour la Turquie».

Les combattants du PKK repliés dans les montagnes du nord de l'Irak avaient symboliquement entamé leur désarmement en juillet après avoir annoncé leur dissolution en mai, à l'appel de leur chef. Mais ils ont dénoncé en novembre la paralysie du processus et prévenu qu'ils n'iraient pas plus loin pour le moment: «Nous avons fait ce qu'on nous a demandé. C'est au tour de l'Etat turc» d'agir, a déclaré à l'AFP le commandant Amed Malazgirt, exigeant la libération immédiate de Öcalan.


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