Le président face à un dilemme
Trump craint par-dessus tout une «guerre éternelle» avec l'Iran

A la Maison Blanche, la peur de la prochaine «guerre éternelle» grandit. Les généraux craignent un conflit de plusieurs années en Iran, tandis que la pression sur Donald Trump se fait toujours plus grande.
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Donald Trump est confronté à une décision historique.
Photo: keystone-sda.ch
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Chiara Schlenz

Donald Trump menace de plus en plus durement l'Iran et craint surtout une chose: une guerre sans fin. Derrière la rhétorique martiale de la Maison Blanche se cache un président qui sait parfaitement à quelle vitesse une «frappe limitée» au Moyen-Orient peut basculer dans un conflit qui durera des années. Il sait à quel point de telles «guerres éternelles» sont politiquement toxiques, surtout pour un président américain qui s'est toujours mis en scène comme étant précisément opposé à de telles interventions.

Car les Etats-Unis se trouvent actuellement à la croisée des chemins. Washington exerce une pression militaire jamais vue depuis des années, déplace des porte-avions et des avions de combat à portée de l'Iran et examine des options d'attaque concrètes. Parallèlement, des négociations de la dernière chance sur le programme nucléaire iranien se tiendront dès jeudi à Genève. Trump veut un accord, mais à ses conditions. En cas d'échec des pourparlers, la prochaine étape pourrait être militaire.

Le plan d'escalade à la Maison Blanche

Dans ce contexte, le président ne réfléchit pas en termes de simple guerre, mais en termes d'escalade. Il envisage tout d'abord des frappes aériennes ciblées contre les installations nucléaires, les programmes de missiles ou les Gardiens de la révolution – pour contraindre Téhéran à revenir à la table des négociations et à faire ainsi des concessions.

Si l'Iran ne cède toujours pas après cela, une deuxième option est déjà sur la table: une campagne aérienne plus large sur plusieurs jours. Et si cela n'aboutit pas non plus au résultat souhaité, les conseillers envisagent une opération de plus grande envergure qui pourrait sérieusement déstabiliser le régime.

Mais c'est précisément cette logique d'escalade qui inquiète du côté du Pentagone. Le général en chef de Trump et d'autres stratèges ont même prévenu qu'une frappe limitée pourrait rapidement devenir incontrôlable. L'Iran dispose de missiles, de drones et d'un réseau de milices dans toute la région. Les bases américaines pourraient être prises pour cible, tout comme les navires dans le Golfe persique ou les villes israéliennes. Toute riposte augmenterait la pression sur Washington et encouragerait une poursuite de l'escalade – jusqu'à ce qu'un «signal» se transforme en une opération militaire de longue durée.

Limites militaires et risques stratégiques

A cela s'ajoute la situation stratégique des Etats-Unis. Les forces armées sont déjà fortement sollicitées par d'autres conflits et les stocks de munitions ne sont pas disponibles en quantité illimitée. Une intervention étendue contre l'Iran mobiliserait ressources et forces armées de manière particulièrement importante. C'est précisément ce scénario que les planificateurs militaires redoutent: un conflit qui s'étend sur des mois, voire des années, et auquel il serait difficile de mettre fin sur le plan politique.

Trump sait à quel point ce scénario serait dangereux pour lui. En politique intérieure, il s'est positionné comme un président qui veut tenir l'Amérique à l'écart des «guerres sans fin». Un nouveau conflit majeur au Moyen-Orient saperait cette ambition. En même temps, il ne peut guère se permettre de rester inactif après des mois de menaces. C'est précisément là que réside son dilemme: pour éviter une guerre, il doit menacer de manière crédible de faire la guerre.

Dernier espoir: un accord à Genève

C'est pourquoi Trump laisse la diplomatie suivre son cours. Ses négociateurs à Genève tentent de faire une dernière percée, et à la Maison Blanche, on espère toujours un accord qui puisse être vendu comme une victoire claire. Mais la fenêtre d'opportunité est étroite. Les conseillers insistent pour donner une dernière chance à la diplomatie – en même temps, les préparatifs militaires se poursuivent.

Au final, il s'agit d'une décision qui va bien au-delà d'une simple frappe aérienne. Une attaque limitée pourrait rapidement conduire à la prochaine étape d'escalade – et finalement à un conflit qui ne peut plus être facilement arrêté. Trump veut montrer sa force sans être entraîné dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Mais plus il déploie de forces armées et plus les plans d'attaque se concrétisent, plus il devient difficile d'éviter cette «guerre éternelle».

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