Dans l'«Ukraine House» du WEF, on ne peut pas se tromper: longs cheveux noirs tressés, uniforme noir. Comme chaque membre de l'entourage de Volodymyr Zelensky, son conseiller Oleksandr Kamychine le rappelle par son apparence autant que par ses mots: l'Ukraine est en guerre.
Le président ukrainien devait lui aussi se rendre à Davos. Il est toutefois resté à Kiev en raison des violentes attaques aériennes russes. Et même s'il avait fait le déplacement, Zelensky n'aurait sans doute plus bénéficié de la même attention qu'au cours des dernières années. Les velléités de Donald Trump sur le Groenland et leurs répercussions sur les relations avec l'Europe dominent désormais les discussions au WEF.
Son conseiller, ancien patron de l'industrie de l'armement ukrainienne, porte donc d'autant plus haut la voix de Kiev dans les couloirs de Davos.
«Rendons l'Europe forte»
Dans un entretien avec Blick, Oleksandr Kamychine rappelle que l'Ukraine reste reconnaissante du soutien reçu des Etats-Unis. Mais lui aussi observe un basculement de la politique mondiale. Pour lui, cette évolution rapproche encore davantage l'Europe et l'Ukraine. «L'industrie de défense ukrainienne s'est développée et renforcée dans cette lutte», explique-t-il. Désormais, ce savoir-faire est prêt à être partagé avec l'industrie européenne. «Rendons l'Europe à nouveau forte.»
Le conseiller de Zelensky en est convaincu: face à la nouvelle orientation politique impulsée par Trump, l'Europe doit compter davantage sur elle-même. Et l'Ukraine peut y contribuer. Des coopérations existent déjà avec plusieurs pays européens, notamment l'Allemagne et le Danemark. D'autres projets de production communs devraient être annoncés prochainement.
La Suisse, elle, consacre relativement peu de moyens au réarmement. Le budget de l'armée représente à peine 0,7% du PIB. Oleksandr Kamychine met en garde: «Nous aussi, nous étions un pays pacifique. Nous ne dépensions pas assez pour notre défense. Et puis, un jour, la Russie est arrivée.»
Cette position s'inscrit dans l'ambiance générale de Davos. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a appelé l'élite économique et politique réunie au Forum économique mondial à bâtir une «nouvelle indépendance européenne». Le message revient en boucle: l'Europe doit être capable de se défendre.
Un fan des CFF
Avant de rejoindre l'industrie de l'armement, Oleksandr Kamychine était le plus haut responsable ferroviaire d'Ukraine. Sans les chemins de fer, le pays aurait perdu la guerre depuis longtemps: ils ont permis d'acheminer des milliers de tonnes d'armes occidentales et d'organiser l'évacuation de millions de personnes.
Son changement de fonction n'a pas entamé sa passion pour le rail. «J'aime les chemins de fer suisses», confie-t-il. L'an dernier, la Suisse affichait un taux de ponctualité de 99%. «En Ukraine, nous sommes à 93%», dit-il avec fierté. Il ne s'agit pas d'une compétition, assure-t-il, mais d'une admiration sincère pour la ponctualité.