Les intentions de l'Iran restent floues mais avec ses mines, missiles, drones et sous-marins, il fait peser des menaces variées sur la navigation dans le détroit d'Ormuz, que Donald Trump et Emmanuel Macron disent vouloir garantir. Depuis samedi, Téhéran a multiplié les attaques contre les navires circulant dans cet étroit bras de mer où transite notamment près de 20% du brut mondial et près de 20% du gaz naturel liquéfié (GNL), suscitant l'inquiétude sur un effet durable sur l'économie mondiale.
Mais l'Iran «n'a pas l'intention» à ce stade de fermer le détroit d'Ormuz, a assuré jeudi son chef de la diplomatie Abbas Araghchi. Mais les intentions de l'Iran – qui exporte son pétrole via le détroit d'Ormuz – sont difficilement lisibles avec des déclarations contradictoires ces derniers jours émanant d'un appareil politique et militaire dégradé par les attaques américaines et israéliennes.
Face à l'incertitude qui pèse sur le commerce mondial, Donald Trump a affirmé mardi que «si nécessaire, la marine américaine commencera à escorter les pétroliers dans le détroit d'Ormuz dès que possible. (...) Les Etats-Unis garantiront la LIBRE CIRCULATION DE L'ÉNERGIE dans le MONDE».
Emmanuel Macron a de son côté affirmé être «à l'initiative pour bâtir une coalition afin de réunir les moyens, y compris militaires, pour reprendre et sécuriser le trafic dans ces voies maritimes essentielles» que sont le détroit d'Ormuz, le canal de Suez et la Mer Rouge. Mais «pour l'instant, il ne se passe absolument rien» à ce sujet, souligne Dirk Siebels, du cabinet de conseil Risk Intelligence. Et une telle opération «serait extrêmement difficile à mettre en oeuvre», souligne-t-il.
Quatre type de menaces
Que les projets des Américains ou Européens prévoit des escortes, des convois ou des surveillance de la zone, sécuriser Ormuz «est une question complexe», abonde l'analyste Kais Makhlouf de Risk Intelligence. «De nombreux éléments doivent être réunis. (...) Avant tout, il y a le simple fait que les ressources militaires sont actuellement mobilisées pour des opérations militaires, ce qui limite considérablement le nombre de moyens que l'on peut consacrer à l'escorte des navires», relève-t-il.
«Même si les Etats-Unis ont, comme ils le revendiquent, la supériorité aérienne en Iran et qu'ils ont détruit la flotte iranienne, il subsistera des menaces asymétriques», souligne le chercheur Alessio Patalano, du King's College britannique.
Elles «peuvent être de quatre ordres», explique une source militaire européenne: «Aérienne avec des drones, missiles, munitions téléopérées; de surface avec encore des drones et les centaines de petites embarcations des Pasdaran (nom farsi des Gardiens de la révolution, ndlr) qui peuvent être armées de missiles ou être utilisées pour poser des charges contre les coques; sous-marine à partir des sous-marins de poche iraniens dont on ignore s'ils ont tous été détruits ou des drones; et des mines» qui peuvent être soit flottantes, soit magnétiques, et «qui constitueraient le pire scénario».
Plusieurs options sont possibles, selon cette source: «Des patrouilles de frégates sans escorte spécifique, ou des escortes (de navires) par des bâtiments de surface qui permettront de traiter les trois premières menaces. Le tout éventuellement complété par des moyens aériens ou aéromaritimes».
«En cas de minage du détroit, on passerait forcément par des convois précédés par des chasseurs de mines ou l'établissement de corridors sûrs par des chasseurs de mines avant de faire transiter des navires de commerce».
Opération Aspides
Hormis le minage, la situation est «un peu similaire à celle de la Mer Rouge», où les marines américaines et européennes protègent les navires des attaques des rebelles yéménites houthi, selon Alessio Patalano.
Plusieurs sources citent d'ailleurs le modèle de l'opération européenne Aspides, menée depuis février 2024 dans cette zone par plusieurs pays européenns, dont la France, et la marine yéménite. «C'est dans ce même esprit que nous voulons sécuriser la circulation dans le détroit», a indiqué mercredi le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
Des échanges sont en cours entre Européens pour un éventuel renforcement d'Aspides, selon une source diplomatique française. «Pour Ormuz, il faut regarder comment ça évolue», estime cette source, mais «la montée en puissance du dispositif maritime européen en Méditerranée orientale (où plusieurs pays ont annoncé l'envoi de bâtiments, ndlr) finira par être utile si et quand les conditions sont réunies pour passer dans le détroit d'Ormuz».
Pour les Européens, «il est fondamental d'agir en coalition car très peu de marines européennes ayant le niveau nécessaire pour faire face à ces menaces, comme les marines anglaise, française ou italienne», estime Alessio Patalano. Par ailleurs, d'un point de vue diplomatique, une coalition pourrait s'ouvrir à certains pays asiatiques ne souhaitant pas s'aligner sur l'intervention américaine.