Viols et violences
Début du procès historique contre le fils de la princesse de Norvège

Marius Borg Høiby, fils de la princesse Mette-Marit, comparaît à Oslo pour répondre à 38 chefs d'accusation, dont viols et violences. Ce scandale historique éclabousse la monarchie norvégienne. Le procès durera jusqu'au 19 mars.
Le fils de la princesse de Norvège Marius Borg Høiby comparaît devant le tribunal pour 38 chefs d'accusation.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

C'est le plus grand scandale qui ait jamais éclaboussé la monarchie norvégienne: Marius Borg Høiby, fils de la princesse héritière Mette-Marit, comparaît mardi à Oslo pour répondre d'accusations de viols, maltraitances et violation de la loi sur les stupéfiants. Né d'une relation antérieure au mariage de sa mère avec le prince héritier Haakon, le jeune homme de 29 ans, actuellement libre, doit faire face à 38 chefs d'accusation, remontant pour certains à 2018.

S'il est reconnu coupable par le tribunal d'Oslo, il encourt jusqu'à 16 ans de prison. S'annonçant hautement médiatisé, son procès doit durer jusqu'au 19 mars. «S'agissant de la famille royale norvégienne, c'est sans doute le plus grand scandale» en 120 ans d'histoire, relève auprès de l'AFP Trond Norén Isaksen, historien spécialiste de la monarchie norvégienne. «Elle a connu des controverses autour du choix des conjoints, autour de la restauration du palais et ce genre de choses, mais jamais de véritables scandales impliquant des infractions pénales, a fortiori aussi nombreuses», dit-il.

Parmi les faits plus graves, Marius Borg Høiby est accusé de quatre viols ainsi que de violences physiques ou psychologiques contre d'ex-partenaires. Lui n'a jusqu'à présent reconnu que des faits relativement mineurs. «Marius Borg Høiby réserve sa version des faits au tribunal», a indiqué à l'AFP le cabinet d'avocats chargé de sa défense.

Des viols filmés

Le jeune homme avait été arrêté le 4 août 2024, soupçonné d'avoir agressé sa compagne la nuit précédente. Quelques jours plus tard, il dira avoir agi «sous l'influence de l'alcool et de la cocaïne après une dispute», et précisera souffrir de «troubles mentaux» et lutter «depuis longtemps contre la dépendance» à la drogue.

L'enquête ouverte par la police mettra en évidence d'autres délits et crimes présumés, dont les viols de quatre femmes alors qu'elles étaient endormies ou en état d'ébriété, et qu'il a en partie filmés. La semaine dernière, la police a annoncé six nouveaux chefs d'accusation, dont une infraction de la loi sur les stupéfiants: en 2020, Marius Borg Høiby a transporté, apparemment sans contrepartie, 3,5 kg de marijuana, des faits qu'il a reconnus. Cette affaire a mis en évidence les mauvaises fréquentations de ce grand blond au style affirmé, tatoué, portant bagues et boucles d'oreilles, qui n'a ni titre ni fonctions officielles et qui, sans activité professionnelle fixe, vit d'une aide versée par le couple princier.

Elle a aussi plongé dans l'embarras la famille royale, en particulier sa mère, la princesse Mette-Marit, en proie à une maladie pulmonaire incurable, et écartelée entre ses rôles de mère et de future reine. «Nous pensons beaucoup à toutes les parties concernées dans cette affaire», a déclaré mercredi le prince Haakon, en se disant convaincu que la justice agirait «de la manière la plus ordonnée, la plus correcte et la plus équitable qui soit». Ni lui ni Mette-Marit n'ont prévu d'assister au procès.

Image écornée

De son côté, le procureur Sturla Henriksbø a assuré que tous les justiciables sont égaux «indépendamment du statut social, de l'origine ou des liens familiaux». «Cela signifie que Marius Borg Høiby ne doit être traité ni avec plus d'indulgence ni plus de sévérité en raison de son appartenance familiale», a-t-il dit à l'AFP.

Selon lui, les chefs les plus graves sont passibles de dix ans de prison, plafond qui peut passer à 16 ans si la cour en retient plusieurs. S'ajoutant aux frasques de la princesse Märtha Louise, sœur aînée de Haakon, qui a épousé un chaman autoproclamé américain, le scandale a écorné l'image de la famille royale – qui reste cependant populaire.

Selon un sondage publié mercredi par la chaîne publique NRK, 70% des personnes interrogées se disent aujourd'hui favorables à la monarchie, contre 81% en 2017. «On éprouve de la compassion pour un couple royal vieillissant, qui est évidemment totalement innocent dans cette affaire», décrypte Carl-Erik Grimstad, en évoquant le roi Harald et la reine Sonja, figures rassembleuses toutes deux âgées de 88 ans. Et «dans les périodes de turbulences géopolitiques, on se rallie souvent aux symboles qui nous sont proches», ajoute cet ex-employé du Palais devenu auteur et, brièvement, député d'un parti pro-République

Le verdict est attendu plusieurs semaines après la fin du procès.

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