Echec de l'initiative
Nos voisins ont 5 raisons d'être rassurés sur la neutralité

La victoire du «oui» à l'initiative sur la neutralité aurait entrainé des crispations assurées avec les voisins européens de la Suisse. Ils sont désormais rassurés. Une bonne nouvelle?
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71% des électeurs suisses ont rejeté l'initiative sur la neutralité qui, pour être approuvée, aurait dû recueillir la majorité des électeurs et des cantons.
Photo: keystone-sda.ch
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Ils avaient tous voté «contre». Tous les voisins européens de la Suisse, sans exception, souhaitaient, sans le dire officiellement, la victoire du «non» à l’initiative populaire «Sauvegarder la neutralité». La raison? L’imbrication étroite des politiques sécuritaires de la Confédération et de ses partenaires, et la nécessité, au vu des menaces actuelles attribuées notamment à la Russie, de ne pas ouvrir de brèches en plein cœur de l’Europe. Pas étonnant, dès lors, que le soulagement soit de rigueur dans les capitales de nos principaux partenaires.

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Le «non» des Suisses est massif

Pour les partenaires européens de la Suisse, deux scénarios auraient été difficiles à gérer. Le premier, évidemment, aurait été une victoire du «oui» à l’initiative «Sauvegarder la neutralité». Celle-ci aurait obligé le Conseil fédéral et le Parlement à inscrire dans la Constitution, via un nouvel article 54a, la «neutralité perpétuelle et armée de la Suisse».

Le second scénario redouté était celui d’un pays fracturé, où le «non» l’aurait emporté de peu, laissant planer un grand doute sur la possibilité d’une future approbation du troisième paquet d’accords bilatéraux avec l’Union européenne, qui devrait être soumis au peuple en 2028.

Les 71% de «non», sans soutien d’aucun canton, ont réglé l’affaire. La neutralité suisse actuelle, compatible avec l’application des sanctions de l’UE contre la Russie, est préservée.

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Une victoire du pragmatisme

La Suisse est un pays neutre, non membre de l’UE, au cœur du grand marché unique européen auquel elle est associée par des accords bilatéraux. Cette situation, souvent contestée par les tenants d’une souveraineté helvétique intransigeante, inquiets de voir le pays soumis aux «juges étrangers», est en réalité un choix pragmatique, qui résulte largement du rejet par le peuple de l’adhésion à l’Espace économique européen, à l’issue du référendum du 6 décembre 1992.

L’échec massif de l’initiative sur la neutralité confirme cette option: la Confédération ne veut pas être membre d’une alliance contraignante, mais elle a conscience des impératifs stratégiques et économiques liés à sa situation géographique. Cette victoire du pragmatisme est de nature à rassurer nos partenaires.

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La porte ouverte à des coopérations

Un sujet majeur sur la table du Conseil fédéral, en cette période de convulsions internationales, est la modernisation de l’arsenal de l’armée suisse dans des domaines comme la défense antiaérienne, les drones ou la cyberdéfense. La Confédération doit impérativement, sur ces trois fronts, augmenter son niveau de protection. Et le partenaire logique pour cet effort industriel est l’Union européenne.

Un accord avec l’UE sur la sécurité est déjà en préparation. Le 5 mars 2026, le chef du DFAE, Ignazio Cassis, et la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, ont signé une déclaration conjointe visant à renforcer la coopération en matière de politique étrangère et de sécurité. Objectif: ouvrir la participation helvétique à l’instrument européen SAFE (Security Action for Europe), financé par des prêts européens à hauteur de 150 milliards d’euros.

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Les Etats-Unis tenus à distance

Il y avait un autre enjeu caché dans la votation de ce 27 septembre. Si l’initiative sur la neutralité avait été adoptée, la Suisse se serait retrouvée seule face aux Etats-Unis pour ses deux commandes d’armes les plus emblématiques et les plus controversées : celle des avions F-35 (six milliards de francs pour 36 appareils selon le contrat de 2022, qui se réduira finalement à la fourniture de 30 avions) et celle des batteries de missiles Patriot (2,3 milliards de francs pour l’ensemble des équipements requis).

Si des partenariats européens voient le jour entre la Confédération et ses voisins, ce face-à-face sera «compensé» par d’autres contrats d’armement.

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La Suisse n’est pas un trou noir

Le risque immédiat, redouté par les Européens et par l’Ukraine, toujours assiégée par la Russie, était que la Suisse dénonce les sanctions européennes contre la Russie que le Conseil fédéral a adoptées le 28 février 2022.

Autre sujet très délicat: le dégel qui aurait pu avoir lieu des fonds russes placés dans les banques helvétiques. La Confédération, en cas de vote favorable à une neutralité stricte, serait redevenue un «trou noir» financier. C’est en tout cas ce que prédisaient, à Bruxelles, les experts du comité des sanctions, alors que 21 paquets de mesures ont déjà été adoptés à l’unanimité par les 27 Etats membres. Un 22e est à l’étude. Et la Suisse devrait suivre.

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