Minneapolis en ébullition
«S'il s'agissait d'un Etat républicain, le problème serait déjà reglé»

Homme d'affaires et suisse, David Mörker vit depuis 28 ans dans l'agglomération de Minneapolis. Le Bernois comprend les protestations, mais affirme que la démocratie américaine va bien.
1/2
David Mörker est le vice-président de l'Association mondiale des Suisses de l'étranger.
RMS_Portrait_AUTOR_823.JPG
Samuel Schumacher

Barack Obama passe en mode alerte. Bruce Springsteen publie un hymne politique pour le mouvement de protestation anti-ICE. Et la moitié des médias américains de gauche craint ouvertement l'avènement prochain de la tyrannie dans la démocratie la plus puissante du monde.

Cette agitation est causée par la situation à Minneapolis, où les agents de l'ICE font la chasse aux migrants depuis des semaines. Dans le centre-ville, David Mörker, né à Berne, est assis dans le hall d'un hôtel et boit du café noir. Cet homme d'affaires et vice-président de l'Association mondiale des Suisses de l'étranger vit ici depuis 28 ans. «Celui qui pense que la démocratie américaine est aujourd'hui menacée n'a pas compris une chose fondamentale», explique-t-il.

«Depuis l'époque de George Washington, il y a toujours eu une certaine tension entre les forces politiques aux Etats-Unis. Ce n'est pas pour cela que le monde s'écroule ou que la démocratie est en danger. En Amérique, c'est tout simplement le modus operandi.» Il est clair que le fossé entre les partis se creuse. Il le remarque aussi dans ses discussions avec les quelque 83'000 Suisses vivant aux Etats-Unis. Mais la situation n'est pas exceptionnelle. «N'oubliez jamais qu'Obama, en tant que président, a expulsé nettement plus d'immigrés illégaux que Trump. Il ne l'a tout simplement pas médiatisé.»

«Minneapolis a toujours été assez naïve»

Trump met tout en œuvre pour battre le record d'expulsions d'Obama. La Maison Blanche a exigé que les policiers de l'immigration de l'ICE arrêtent 3000 clandestins par jour. «Très honnêtement, je me déplace beaucoup en ville et je n'ai encore jamais vu d'agents de l'ICE nulle part. On ne peut donc pas parler d'une 'invasion de l'ICE', comme certains l'indiquent», affirme David Mörker.

Selon lui, les tensions à Minneapolis s'expliquent d'une part par la mort tragique des deux citoyens américains Renée Good et Alex Pretti. Mais ce qu'il faut aussi voir dans le débat, c'est que «Minneapolis a toujours été assez naïve. Les gens ici se sont toujours placés inconditionnellement du côté des 'underdogs', des marginaux.» Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, 44 ans, a par exemple annoncé que la ville continuerait à protéger les migrants illégaux des équipes de recherche du gouvernement fédéral.

David Mörker accuse les démocrates

La volonté d'aider les plus démunis du monde entier aurait conduit à l'installation d'une importante diaspora somalienne dans le Minnesota – le seul Etat du Midwest américain à voter systématiquement pour les démocrates. Environ 100'000 des six millions d'habitants du «pays des 10'000 lacs» sont originaires de cet Etat africain.

Quelques-uns d'entre eux se sont servis illégalement dans les caisses de l'Etat pendant et après la période du Covid-19. Des enquêtes sont en cours, mais Trump n'a pas confiance et affirme vouloir donner un coup de pouce aux «autorités corrompues» de l'Etat démocrate en faisant défiler l'ICE dans les rues verglacées.

«S'il s'agissait d'un Etat républicain, la politique locale aurait réglé le problème et ces débordements n'auraient jamais eu lieu», affirme David Mörker. Selon lui, seule la naïveté des Minnesotans face au problème de l'immigration a poussé Trump à se montrer particulièrement ferme.

Pas besoin de s'inquiéter

David Mörker comprend que des protestations se forment contre cela. Mais le double national américano-suisse ne croit en un «bouleversement» dans l'histoire des Etats-Unis, un «breaking point», comme l'assurent de nombreux observateurs. «La vie ici est très tranquille, un peu comme en Suisse. Les gens accumulent une pression au fil des ans, qu'ils ne peuvent pas relâcher. Quand quelque chose arrive, comme ces deux meurtres tragiques, tout le monde relâche la pression d'un coup – comme une soupape.» Tout saute mais se calme rapidement. «Il n'y aucune raison de paniquer!»

Ce qui restera, c'est la division, la fissure à travers la société, le fossé qui sépare des Etats-Unis. David Mörker voit deux solutions qui pourraient rassembler l'immense pays. La première, basée sur une légende helvétique, serait la renaissance d'une sorte de soupe au lait Kappel, autour de laquelle les soldats catholiques et réformés se sont réunis après avoir perdu la bataille lors de la guerre de Kappel en 1529 et ont ensuite cessé de combattre. Sinon, un conclave où l'on enfermerait Trump, le gouverneur du Minnesota Tim Walz et le maire de Minneapolis Jacob Frey jusqu'à ce qu'ils aient trouvé une solution pacifique.

Ces deux options semblent actuellement peu réalistes. L'Amérique restera sans doute encore unie un certain temps dans son rejet de l'autre moitié. «Nous, les Suisses, avons du mal à comprendre cette pensée, ajoute David Mörker. Mais cette situation ne doit pas nous inquiéter.» La démocratie américaine fête cette année son 250e anniversaire. Et dans 250 ans, elle fêtera son 500e anniversaire. Le Bernois de naissance n'a aucun doute à ce sujet au cœur de la tempête du show politique américain.

Articles les plus lus