C’est à Londres que se tranchent les affaires cruciales. La Grande-Bretagne figure parmi les Etats les plus centralisés d’Europe. C’est précisément ce modèle que le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham entend casser. Cet homme politique travailliste, pur produit de la province, était maire de Manchester durant de nombreuses années.
La feuille de route d'Andy Burnham repose sur des concepts qu’aucun candidat n'oserait plaquer sur une affiche électorale: fédéralisme, péréquation financière ou subsidiarité. Ces mots ont de quoi rebuter. Pourtant, quiconque s'intéresse à la vie politique suisse maîtrise parfaitement ces notions.
Un transfert de compétences et pouvoirs?
Andy Burnham a promis le plus vaste transfert de pouvoirs de l’histoire moderne depuis Londres, comme l’a résumé la BBC. Les compétences doivent être décentralisées. Les régions devront assumer plus de responsabilités, notamment dans les transports ou la promotion économique, tout en gérant plus librement les impôts perçus sur leur sol.
Les analystes étrangers observent la situation avec plus de recul. Le journal allemand «Frankfurter Allgemeine Zeitung» note simplement qu'Andy Burnham cherche à «renforcer le fédéralisme au Royaume-Uni». Le dirigeant britannique aime d'ailleurs citer l'Allemagne en exemple. Outre-Rhin, le principe de «l’égalité des conditions de vie» et la péréquation financière sont inscrits au plus haut niveau de l'Etat: les régions aisées reversent une partie de leurs recettes aux autres plus fragiles.
Pour l'heure, la méthode Burnham reste floue. S'il n'a pas encore cité la Suisse publiquement, ses propositions ressemblent à s'y méprendre au fonctionnement helvétique. Le dirigeant aurait pourtant tout intérêt à jeter un œil vers Berne: bon nombre des principes qu'il souhaite introduire sont ancrés chez nous depuis toujours.
La Suisse, la référence par excellence
Le fédéralisme façonne notre quotidien. La Confédération, les cantons et les communes se partagent les pouvoirs. Mais alors que la Suisse s'est bâtie sur cette structure fédérale, la Grande-Bretagne est historiquement centralisatrice.
Plusieurs analystes l’ont aussi souligné. Face aux ambitions d'Andy Burnham, un éditorialiste du «Handelsblatt» a analysé le cas allemand mais aussi le modèle suisse. Outre la péréquation financière, la clé réside dans la liberté laissée aux régions de fixer leurs recettes et leurs dépenses. «L’Etat fédéral suisse, fort de ses 26 cantons très autonomes, fait figure de démonstration par l'exemple», observe le quotidien économique.
Dans les faits, la recette est plus complexe qu'il n'y paraît, nuance le journal sur la base de diverses études. Le succès économique helvétique ne s'explique pas uniquement par la décentralisation, mais aussi par la concurrence fiscale féroce que se livrent les cantons.
Les Britanniques sont séduits
Reste à savoir jusqu'où ira Andy Burnham. Une chose est sûre: le fédéralisme suisse s'avère être un produit d’exportation souvent sous-estimé. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) le présente d'ailleurs sur son site comme «l’un des piliers fondamentaux du système politique».
L’attrait de Londres pour notre fonctionnement ne date d'ailleurs pas d'hier. Dans un discours prononcé l’an dernier, le conseiller fédéral Albert Rösti rappelait le périple d’un diplomate britannique dans les années 1830. A l'époque déjà, le modèle suisse avait suscité l'admiration du visiteur.