En bref
- L'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) entre au Parlement régional de Magdebourg avec 5,3% des voix. Ce résultat dépasse le seuil électoral de 5%, offrant au parti une influence politique stratégique dans un contexte de majorité parlementaire très serrée.
- Le BSW exige un ministre-président sans étiquette et prévoit de s'abstenir si aucun candidat neutre n'est proposé. Cette posture pourrait indirectement favoriser Ulrich Siegmund (AfD) lors du dernier tour de scrutin.
- Avec 5,3% des suffrages, le BSW devient le plus petit parti du Landtag mais pourrait jouer un rôle clé dans l'élection du ministre-président, où une majorité simple suffira au troisième tour.
L'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) a réussi son pari: le parti va faire son entrée au Parlement régional (Landtag) de Magdebourg, en Saxe-Anhalt. Selon les dernières projections, la formation de gauche devrait obtenir 5,3% des voix et franchir ainsi le seuil électoral fatidique des 5%. Dès lors, elle n'obtiendrait pas seulement des sièges dans l'hémicycle: elle pourrait bien devenir le véritable faiseur de rois.
Le BSW sera le plus petit parti du Parlement régional de Magdebourg. Sur le plan politique, il pourrait toutefois jouer un rôle bien plus important. En effet, les rapports de force au sein du nouveau Parlement régional sont si serrés que les voix ou les abstentions du BSW pourraient s'avérer décisives.
Pourquoi le BSW a-t-il autant de poids?
L'arrivée du BSW rebat totalement les cartes au sein du Landtag de Magdebourg. D'un côté, elle enterre définitivement les espoirs de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui visait une majorité absolue pour gouverner seule. De l'autre, elle confère au BSW une influence décisive lors de l'élection du prochain ministre-président.
La ligne fixée par le parti est sans ambiguïté: il exige un ministre-président sans étiquette. Par conséquent, ni Sven Schulze (CDU) ni Ulrich Siegmund (AfD) ne peuvent compter sur le soutien du BSW. Une posture immédiatement dénoncée par Ulrich Siegmund, qui fustige un «bricolage» politique.
Comment le ministre-président est-il élu?
Le chef du gouvernement régional est désigné par les députés du Landtag lors d'un vote à bulletin secret. Au premier tour, est élu celui qui obtient les voix de la majorité des membres du Landtag (majorité absolue). Si cette majorité n’est pas atteinte, un nouveau tour de scrutin a lieu dans les sept jours. Si, là encore, aucune majorité absolue n’est atteinte, le Landtag peut décider de mettre fin prématurément à la législature. Avec de nouvelles élections à la clé.
Si la législature n’est pas interrompue prématurément, un nouveau tour de scrutin a lieu. Lors de celui-ci, la majorité simple suffit, c’est-à-dire la majorité des suffrages valides exprimés. En attendant l'investiture d'un nouveau chef de gouvernement, Sven Schulze reste en fonction pour expédier les affaires courantes.
Que se passe-t-il si le BSW s'abstient?
En l'absence de candidat sans étiquette, le BSW a déjà prévu de s'abstenir, comme l'a annoncé sa fondatrice et figure de proue, Sahra Wagenknecht. Thomas Schulze, tête de liste du BSW aux élections régionales en Saxe-Anhalt, a aussi confirmé que le BSW s’abstiendra lors du troisième tour de scrutin. Ce qui, à première vue, semble être une position neutre peut avoir des conséquences politiques de grande envergure.
Tout dépend du tour de scrutin au cours duquel le BSW s'abstiendra. Lors des deux premiers tours, l'abstention du BSW ne suffit pas à elle seule à permettre à un candidat d'obtenir la majorité requise: il faut pour cela les voix de la majorité des membres du Landtag.
La situation sera différente lors du dernier tour. Dans ce scénario où la majorité simple suffit, les députés du BSW ne voteraient ni pour Schulze ni pour Siegmund. Leurs voix ne compteraient donc pas comme des votes «contre». Dès lors, l'abstention réduirait le nombre total de suffrages exprimés et modifierait le rapport de force en faveur de l'un des prétendants.
En adoptant cette position, le BSW pourrait ainsi, de manière indirecte, ouvrir la voie à l'élection d'Ulrich Siegmund.