Un tribunal hongkongais a condamné jeudi le militant prodémocratie Joshua Wong, déjà détenu depuis près de six ans, à 10 ans de prison supplémentaires pour collusion avec des pays étrangers en vertu de la loi de sécurité nationale.
Tout juste âgé de 30 ans, Joshua Wong, avec ses lunettes cerclées de noir, est l'une des figures les plus reconnaissables du mouvement prodémocratie de Hong Kong et de ses grandes manifestations de 2019. L'ancien leader étudiant a plaidé coupable en septembre de nouvelles accusations de collusion avec l'étranger. Il encourait une peine allant jusqu'à la prison à perpétuité.
«Le tribunal (...) a prononcé une peine définitive de dix ans d'emprisonnement» à l'encontre de Joshua Wong, affirme un communiqué de presse publié par le tribunal. Jeudi matin, Joshua Wong est entré dans la salle d'audience l'air calme, vêtu d'une chemise bleue, avec des lunettes à monture noire, saluant de la tête ses partisans et scrutant le public.
Après l'énoncé de la peine qui pourrait le maintenir en prison jusqu'à ses 40 ans, il a remercié ses soutiens et leur a fait un signe de la main en partant. «Nous t'attendrons à ta sortie», lui ont-ils dit.
Case départ
Dans une lettre adressée au tribunal et demandant des circonstances atténuantes, à laquelle l'AFP a eu accès, M. Wong a déclaré qu'il aurait espéré sortir de prison en 2027, mais que ces nouvelles accusations pour collusion lui donnaient l'impression d'être revenu à la case départ.
Il a ajouté que son avenir ne serait pas déterminé par ce qui lui était arrivé avant 2020, et que les années passées derrière les barreaux avaient constitué les «leçons les plus marquantes» de sa vie.
Des dizaines de personnes avaient patienté, certaines depuis la veille, pour assister à l'audience, tandis qu'un important dispositif policier était déployé devant le tribunal.
Lobbying international
Joshua Wong devait être libéré en janvier, après avoir purgé quatre ans et huit mois de prison pour «subversion» en vertu de la loi sur la sécurité nationale imposée dans le territoire par la Chine en 2020.
Mais les autorités de Hong Kong ont fait appel à cette même loi en juin 2025 pour l'accuser, aux côtés de l'ex-député exilé Nathan Law et d'autres, d'avoir demandé à des pays et entités étrangères de l'aider à obtenir des sanctions contre le centre financier et la Chine.
Les procureurs les accusent notamment d'avoir mené un travail de lobbying international en promouvant auprès des États-Unis - où ils se sont rendus en 2019 - un texte baptisé «Hong Kong Human Rights and Democracy Act», qui proposait de subordonner la relation commerciale entre Washington et Hong Kong à une réévaluation annuelle de la situation politique dans la place financière asiatique.
Il était encore reproché à Joshua Wong d'avoir demandé à des pays, des particuliers ou des institutions à l'étranger, notamment en s'exprimant dans les médias, d'"imposer des sanctions ou un blocus, ou de se livrer à d'autres activités hostiles» à l'encontre de la Chine et de Hong Kong, avaient argumenté les procureurs.
Steve Li, haut responsable du département de la Sécurité nationale de la police de Hong Kong, s'est félicité de cette condamnation, qui, selon lui, «a prouvé de façon évidente» que les efforts déployés par M. Wong pour susciter des sanctions internationales avaient été «vains».
«Servir d'exemple»
Joshua Wong encourait au maximum la prison à vie pour ce chef d'accusation, alors que son avocat avait plaidé pour une peine plus légère de 3 à 10 ans. Human Rights Watch, qui a qualifié la sentence de «cruelle et injuste», a exhorté les gouvernements étrangers à «imposer des sanctions ciblées aux responsables de la répression croissante à Hong Kong».
Le Conseil des affaires continentales (MAC), l'organe taïwanais chargé de la politique vis-à-vis de la Chine, a accusé Pékin et le gouvernement de Hong Kong de recourir à des «outils autoritaires» pour «fabriquer de fausses accusations (...) se livrer à une persécution politique sans fin et réprimer les droits légitimes du peuple à la liberté, à la démocratie et aux droits de l'homme».
«Pékin a identifié Joshua comme l'un des principaux dirigeants de ce qu'ils considèrent comme une rébellion ouverte en 2019 - alors même que Wong est l'un des modérés - et il servira d'exemple», a expliqué Steve Tsang, directeur du China Institute à l'université londonienne SOAS.
Sa condamnation doit montrer que Pékin «garde Hong Kong fermement sous contrôle et qu'il n'y a aucune possibilité de revenir aux jours plus libéraux d'avant 2019», estime-t-il, interrogé par l'AFP avant l'énoncé de la peine.