Stephen Miller vient d'être promu
Il est le Raspoutine de Trump, et il va frapper fort

Le nouveau chef de cabinet de Donald Trump est un combattant MAGA. Nommé pour défendre son patron face au futur Congrès démocrate, il va aussi cibler tous ceux qui s'opposent à la Maison Blanche. A commencer par les Européens.
1/5
Stephen Miller sera, dès ce lundi, le chef de cabinet de Trump à la Maison Blanche.
Photo: imago/MediaPunch

En bref

  • Stephen Miller, 41 ans, a été nommé chef de cabinet de la Maison-Blanche par Donald Trump le 6 novembre 2026, succédant à Susie Wiles. Ancien architecte des politiques antimigratoires, il prendra ses fonctions le 9 novembre, au lendemain de lourdes défaites républicaines aux élections de mi-mandat
  • Miller, connu pour ses positions nationalistes, a élaboré des politiques controversées comme les restrictions d’immigration et la séparation des familles migrantes. Il souhaite également limiter le droit du sol et étendre les pouvoirs présidentiels
  • Selon un sondage AP de novembre 2026, 60 % des électeurs américains estiment que les actions migratoires de l’administration Trump sont excessives. La nomination de Miller intervient alors que les démocrates s’apprêtent à contrôler les deux chambres du Congrès dès janvier 2027
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Son surnom, «Raspoutine», dit son influence, ses méthodes et sa détermination. Stephen Miller, 41 ans, est bien plus que le nouveau chef de cabinet de Donald Trump à la Maison-Blanche, poste qu'il occupera à partir de ce lundi 9 novembre. Cet idéologue est l'un des architectes du fameux programme de l'Heritage Foundation, qui a inspiré le mouvement MAGA (Make America Great Again). Il est surtout un combattant politique dévoué à son patron. Il l'a montré comme numéro deux de l'équipe présidentielle depuis l'investiture de janvier 2026. Avec pas mal «d'ennemis» dans sa ligne de mire.

Une seule séquence vidéo a d'ailleurs suffi pour illustrer son volontarisme, juste après la cuisante défaite électorale du Parti républicain de Trump, qui a perdu le 3 novembre la majorité dans les deux chambres du Congrès. Cette vidéo a été tournée à Mar-a-Lago, le golf de Donald Trump en Floride où le président passe presque tous ses week-ends. Stephen Miller y professe, devant les caméras, son dévouement total au président, qui ne pourra pas se représenter en 2028 pour un troisième mandat, puisque la Constitution le lui interdit.

Jamais sa prédécesseure, Susie Wiles, n'avait prononcé de telles paroles en public. Cette dernière, sèchement congédiée après le «bluenami», le tsunami électoral démocrate, avait au contraire la réputation de tempérer Donald Trump. Elle était celle qui dit «non» à la Maison Blanche. Avec Miller, c'est fini: à en croire cette vidéo, le chef de l'Etat pourra obtenir de lui tout ce qu'il veut.

Qui sont les «ennemis» que Stephen Miller est chargé de combattre dans ses nouvelles fonctions? Ils se répartissent en trois catégories, que ce promoteur d'une lutte impitoyable contre l'immigration clandestine a déjà nommées dans le passé lors de conversations avec des journalistes, relatées par le «New York Times», Politico ou Axios.

Catégorie 1: les adversaires politiques des Républicains, à savoir les démocrates qui, à partir du 3 novembre, domineront sans partage le Capitole. Catégorie 2: les ennemis de «l'intérieur» du Parti républicain qui, à l'approche de la prochaine élection présidentielle de novembre 2028, prendront inévitablement leurs distances avec leur patron sortant. Catégorie 3: les gouvernements étrangers qui s'opposent à Trump et l'empêchent, selon l'ex-promoteur immobilier, d'obtenir ce fameux prix Nobel de la paix qu'il exige en permanence. Avec, au premier rang d'entre eux: les Européens.

Guerre défensive

Avec les démocrates, la guerre est déjà déclarée. Mais attention: c'est une guerre défensive. La nomination de Stephen Miller est d'abord faite pour mettre au pas les membres de l'administration et s'assurer que le droit de «veto» du président pourra être exercé sans contraintes. «Stephen Miller est dans la plus pure tradition de la droite nationaliste américaine. Il va tout faire pour dissuader les démocrates d'affaiblir la présidence», juge un ancien diplomate américain, autrefois en poste au Moyen-Orient.

Selon Edward Verona, un analyste de l'Atlantic Council, «l'obsession de Miller est le déclenchement d'une procédure de destitution par le Congrès. Il va être celui qui trace la frontière. Il a, paradoxalement, de bons relais dans les deux camps. Il veut protéger Donald Trump et sa postérité, pas le Parti républicain». Il fera feu, aussi, sur la justice américaine si elle s'oppose au pouvoir exécutif. «Il va creuser des tranchées autour de la Maison Blanche», ironise Ed Verona.

Raspoutine sans merci

Pour les Républicains, justement, ce «Raspoutine» sera sans merci. Stephen Miller fait partie de ceux qui, avec l'idéologue Steve Bannon, sont persuadés que le parti «rouge» a trop cédé aux démocrates sur les questions de société. Né en août 1985 à Santa Monica, en Californie, Miller s'est engagé très jeune dans le conservatisme américain. Il s'est fait connaître à l'université Duke (Caroline du Nord) par son militantisme contre les politiques progressistes. Il a toujours vu en Trump un sauveur face à l'immigration et au «wokisme».

Son boulot ? Empêcher que des personnalités telles que le secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui pourrait vite démissionner, se retournent contre leur ancien patron. «Miller va être le garde-chiourme. Il va surveiller le vice-président J.D. Vance. Il est convaincu que les Républicains ont tout à perdre en adoptant un agenda plus modéré, par exemple sur l'immigration», explique Romuald Sciora, chercheur et auteur de «Lettre ouverte à Donald Trump d'un Américain de papier» (Éd. Némo).

Rubio sous surveillance

Viennent ensuite les interlocuteurs étrangers de la présidence. Sur le papier, la diplomatie n'est pas dans le portefeuille de Stephen Miller. Marco Rubio est le conseiller du président pour la sécurité nationale. Sauf que Miller a trois dossiers dans sa ligne de mire: l'Ukraine, avec le sommet du G20 à venir en Floride, à la mi-décembre, pour lequel Vladimir Poutine est invité; l'Iran, où Trump doit à tout prix obtenir un succès sur la question nucléaire, et Cuba, où Donald Trump pourrait tenter un coup de force pour faire tomber le régime.

Le soutien de Stephen Miller au Premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu est documenté. L'intéressé a plusieurs fois qualifié de «djihadistes» les militants pro-palestiniens sur les campus américains. Avec lui, le lobby pro-israélien va conserver son accès privilégié à la Maison Blanche, même si Donald Trump a évoqué, à la fin de la campagne des midterms, l'arrêt de l'aide militaire américaine annuelle à l'Etat hébreu.

Puissance américaine

Et les Européens? Ils représentent, pour Stephen Miller, une force défavorable aux Etats-Unis de Trump. Le nouveau chef de cabinet de la Maison Blanche juge que l'immigration africaine et musulmane est un «cancer» qui gangrène le Vieux Continent. Il a publiquement dénoncé une «colonisation inversée», sa version de la théorie du «grand remplacement». Il a plusieurs fois affirmé que les Etats-Unis devraient posséder le Groenland.

Il défend un ordre international où l'Occident est défendu par la seule puissance américaine. D'où la question immédiate de l'Ukraine: des négociations doivent avoir lieu ce lundi à Abu Dhabi entre Russes et Ukrainiens. Les Américains seront présents. Un accord sur la sécurité en Europe serait sur la table selon Jared Kushner, le gendre de Trump. «C'est le genre d'offensive diplomatique que Miller va soutenir, complète notre ancien ambassadeur. Il ne dira jamais à Trump: attention, vos partenaires européens n'en veulent pas. Il lui dira: foncez!»

Articles les plus lus