Ryad craint une escalade régionale
Après l'Arabie saoudite, la menace houthie fait trembler tout le Golfe

Les attaques houthies contre les aéroports de Riyad et Dammam ont fait 13 morts et plus de 300 blessés. Elles frappent l’Arabie saoudite en plein Congrès mondial de l’énergie et ravivent la crainte d’une escalade régionale.
1/4
Une colonne de fumée noire après l'attaque contre l'aéroport de Riyad.
Photo: X/@Mario Nawfal

En bref

  • Les Houthis attaquent des aéroports saoudiens et font 13 morts
  • Des civils étrangers figurent également parmi les victimes
  • L'expert Remo Reginold explique: «Cela montre à quel point les États lourdement armés sont devenus vulnérables»
20398918 AuthorPlaceholder.png
Janine Enderli

Les images diffusées ce week-end depuis l'Arabie saoudite glacent le sang: une pluie de roquettes frappent les terminaux de l'aéroport de Riyad et de Damman. Treize personnes sont mortes, et plus de 300 ont été blessées.

«Les Houthis ne s'en prennent pas simplement à l'un des plus grands aéroports du pays, ils frappent l'Arabie saoudite sur un point sensible», explique Remo Reginold, expert en géopolitique et directeur du Swiss Institutes for Global Affairs (SIGA).

«Le royaume souhaite se libérer progressivement de sa dépendance au pétrole et s'établir comme une place économique et touristique internationale. Pour cela, il a besoin de stabilité et de liaisons internationales sûres. Avec des moyens relativement simples, les Houthis peuvent perturber sensiblement ces ambitions tout en réagissant aux opérations militaires saoudiennes au Yémen», poursuit le directeur du SIGA.

La conférence sur l'énergie tremble

Les Houthis considèrent leurs attaques comme étant des ripostes: «un aéroport pour un aéroport, un siège pour un siège, une escalade pour une escalade». L'Arabie saoudite aurait en effet bloqué l'aéroport international de Sanaa et attaqué des territoires yéménites contrôlés par les Houthis.

L’attaque survient à un moment particulièrement délicat pour l’Arabie saoudite. Dimanche, Riyad accueillait l’ouverture du Congrès mondial de l’énergie WPC, une rencontre de cinq jours réunissant des ministres de l’Energie et des dirigeants de grands groupes. Cet événement prestigieux, porté par le prince héritier Mohammed ben Salmane, devait mettre en avant le royaume comme une destination fiable pour les investissements énergétiques et les grands rendez-vous internationaux.

Mais cette image de fiabilité est désormais écornée. Après l’attaque, le groupe pétrolier britannique BP a annulé sa participation au congrès. Plusieurs autres grands acteurs du secteur énergétique ont également renoncé à s’y rendre. Dans le même temps, des compagnies aériennes ont supprimé des vols à destination de Riyad, contraignant certains délégués à effectuer plusieurs heures de route supplémentaires pour rejoindre la capitale.

Une hôtesse de l'air égyptienne décède

Une Egyptienne de 28 ans figure parmi les victimes de l'attaque survenue samedi. Azza H.* travaillait comme hôtesse de l'air pour la compagnie saoudienne flynas. Selon les autorités, elle se trouvait dans un terminal lorsque les missiles houthis ont frappé l'aéroport. Grièvement blessée, elle est décédée peu de temps après.

Buthaina O.*, mère syrienne de quatre enfants, figure également sur la liste des victimes. Ses proches, anéantis, ont confié aux médias arabophones que Buthaina rentrait chez elle après avoir rendu visite à sa sœur. Une autre victime fait les gros titres: Mahmoud B.*. Ce jeune père de deux enfants, originaire de Jordanie, travaillait en Arabie saoudite pour subvenir aux besoins de sa famille.

Le fait que des civils étrangers aient été touchés constitue un nouveau palier dans l’escalade, les victimes étant originaires d'au moins huit pays. L’attaque est considérée comme la plus grave menée contre l’Arabie saoudite depuis plus de dix ans.

«De tels événements peuvent donner une nouvelle dimension émotionnelle à une guerre, même s’il ne faut pas surestimer leurs répercussions politiques», estime Remo Reginold. L'expert en géopolitique cite le destin de la jeune hôtesse de l’air égyptienne, employée par une compagnie saoudienne et qui s’apprêtait à se marier: «Son histoire émeut bien au-delà de la région.»

D'autres pays vont-ils intervenir?

Pour lutter contre les Houthis, l'Arabie saoudite bénéficie du soutien du Pakistan et de la Turquie. Reste à savoir si ces deux pays s’engageront directement dans les combats au Yémen. De son côté, le Pakistan se trouve dans une position délicate, puisqu’il entretient des liens étroits avec Riyad tout en jouant un rôle de médiateur auprès de l’Iran.

Ce week-end, Donald Trump a déclaré qu'il «envisageait» de soutenir l'Arabie saoudite dans sa lutte contre les Houthis. Remo Reginold estime que les Etats-Unis pourraient fournir à l'Arabie saoudite des systèmes supplémentaires de défense aérienne, ou proposer des services de renseignement et un soutien lors de frappes aériennes concrètes.

L'expert dresse un constat général: «Le conflit s'étend désormais bien au-delà du Yémen.» Ryad cherche de nouveaux partenaires en matière de sécurité, notamment au Pakistan et en Turquie. L’Inde entretient également des liens étroits avec les pays du Golfe, grâce aux échanges commerciaux, à l’approvisionnement énergétique et à la présence de millions de travailleurs dans la région. Le rôle des Etats-Unis évolue lui aussi progressivement.

«Dans le même temps, on constate à quel point même les Etats lourdement armés sont devenus vulnérables. Les Houthis n'ont pas besoin de vaincre militairement l'Arabie saoudite pour exercer une pression considérable sur le royaume, tant sur le plan économique que politique», conclut Remo Reginold.

*Noms connus

Articles les plus lus