Contre toute attente, le président américain Donald Trump a annoncé vendredi que les Etats-Unis avaient conclu un accord à durée indéterminée avec le Groenland et le Danemark. Cet «Infinite Life Agreement» garantit aux Etats-Unis le contrôle de la sécurité et de toutes les autres questions stratégiques de cet archipel arctique.
https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/117294126158197822
Trump présente cet accord comme un succès spectaculaire sur Truth Social. Mais derrière le triomphalisme présidentiel, la réalité s'avère bien plus mesurée. Franziska Brühwiler se montre donc sceptique face à cette interprétation. Professeure à l'Université de Saint-Gall, elle est l'une des plus grandes spécialistes suisses des Etats-Unis.
Un coup politique calculé avant les Midterms
«Bien que la présence américaine soit désormais assurée parallèlement à l’indépendance du Groenland, peu de choses ont finalement réellement changé», explique l'experte. «Les Etats-Unis avaient déjà la possibilité d’accroître leur présence militaire sur l’île à tout moment.» Après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ont négocié un accord leur garantissant le droit d’utiliser le Groenland à des fins militaires.
Néanmoins, cet accord devrait convenir à Trump. A l'approche des élections de mi-mandat périlleuses qui pourraient priver les Républicains de leur majorité au Congrès, ce règlement permet d'archiver un dossier encombrant. «Les électeurs de Trump n'ont tout simplement pas compris ses aventures au Groenland», souligne Franziska Brühwiler. Ils apprécieront sans doute que ce sujet soit désormais retiré de son programme.
L’OTAN est la grande gagnante
Pour le Danemark et le Groenland, la conclusion des négociations est également positive. Donald Trump a toujours exigé que les Etats-Unis annexent entièrement cette île arctique danoise. Désormais, ses revendications territoriales sont – au moins temporairement – écartées.
L’OTAN devrait également figurer parmi les grands gagnants de cet accord. En effet, le traité interdit aux Etats tiers de stationner des troupes ou de réaliser des investissements sensibles sur l'île sans l'autorisation écrite de Washington. De fait, la Chine et la Russie en sont exclues.
«C'est une question de politique»
«La présence d’Etats non membres de l’OTAN au Groenland n’était de toute façon pas souhaitée par les Américains et les Européens», explique Franziska Brühwiler. A cela s’ajoute le fait que les Etats-Unis et le Danemark, deux pays membres de l’OTAN en désaccord, se sont au moins un peu rapprochés grâce à cet accord.
La Chine et la Russie, qui tirent profit d’un Occident divisé, devraient donc figurer parmi les perdants. Les deux pays n’ont pas encore réagi à l’accord sur le Groenland. Mais pour Franziska Brühwiler, une chose est claire: «C’est de la politique. Toute déclaration ne sera que de la poudre aux yeux.»