Deux frères ont été mis en examen vendredi, soupçonnés d'avoir séquestré et affamé leur mère, et d'avoir dissimulé sa mort pendant plusieurs années, avec la complicité de la compagne de l'un d'eux, à Saint-Michel-sur-Meurthe, dans les Vosges. Une enquête pour disparition inquiétante avait été déclenchée après le signalement, le 28 janvier, de l'absence de Liliane Coinchelin, habitante de ce village de quelque 1700 habitants proche de Saint-Dié-des-Vosges.
Les deux fils de cette femme née en 1953 et placée sous tutelle, ainsi que la compagne de l'aîné, avaient donné «des versions peu crédibles sur la disparition, indiquant notamment qu'ils l'avaient vue en début d'année 2026, alors que les témoins entendus indiquaient n'avoir pas vu l'intéressée depuis plusieurs années», a indiqué le procureur d'Epinal, Frédéric Nahon, dans un communiqué.
«Sans aucun soin et peu de nourriture»
Le trio a alors été placé en garde à vue. Le plus jeune des fils, 39 ans, a gardé le silence, mais le fils aîné, 45 ans, et sa compagne de 40 ans ont reconnu que Liliane Coinchelin «avait été séquestrée» au domicile du fils cadet «pendant plusieurs mois en étant enfermée dans sa chambre, sans aucun soin et peu de nourriture». «Elle y était privée de liberté» derrière une «glace sans tain» et «surveillée en permanence par une caméra reliée aux téléphones de ses deux fils».
Le fils aîné a affirmé que son frère avait «poussé sa mère à plusieurs reprises sur le lit» et que l'état de santé de la vieille dame «s'était dégradé», celle-ci ne pesant plus que 30 kg. Lors de sa dernière audition, il a avoué «avoir vu son frère secouer sa mère», décédée «juste après ce geste». Les faits se seraient déroulés entre octobre 2022 et fin janvier 2023, alors que la victime avait un peu moins de 70 ans. Selon l'aîné, son frère a ensuite entreposé le cadavre de leur mère dans le garage, puis l'a enterrée dans un bois.
Actes de torture et de barbarie
Le plus jeune a été mis en examen pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort de sa mère, et atteintes à la dignité d'un cadavre. Son aîné, 45 ans, et sa compagne, âgée de 40 ans, sont quant à eux poursuivis pour complicité d'actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort. Les trois sont en outre poursuivis pour séquestration et escroquerie, le tout en bande organisée. La détention provisoire des trois mis en examen, inconnus de la justice jusqu'ici, a été requise.
«Il y avait une rumeur publique qui grandissait», a déclaré à l'AFP le maire de Saint-Michel-sur-Meurthe, William Mathis. «Des voisins, des amis disaient: "Tu as vu Liliane? Non? Il y a combien de temps que tu ne l'as pas vue?"», a-t-il relaté.
Fille d'un garagiste installé à Saint-Michel, Liliane Coinchelin a eu deux fils dont l'un au «caractère assez rugueux», avec qui les relations sociales étaient «assez difficiles», selon l'édile. «Mais ça ne fait pas des personnes qui arrivent à un tel degré de gravité dans leurs actes», a-t-il ajouté, confiant sa «surprise».
Le corps n'a toujours pas été retrouvé
Les trois mis en examen «se sont concertés depuis plusieurs années pour dissimuler la séquestration de la victime, ses conditions inhumaines d'hébergement, les actes subis et son décès», a souligné le procureur. Puis ils ont continué «à percevoir ses revenus et faire fonctionner ses comptes». De «nombreux prêts» avaient ainsi été souscrits par les deux fils.
Devant policiers, commerçants, voisins et services chargés de la tutelle, ils ont maintenu leur version, affirmant même qu'ils avaient «passé les fêtes de Noël avec elle», a observé le procureur. Ils ont, en outre, organisé récemment une battue - à laquelle ont pris part une quarantaine de personnes, selon la presse locale - et ce «alors qu'ils savaient que la victime était décédée depuis plusieurs années», a ajouté le procureur. L'enquête va se poursuivre notamment pour retrouver le corps de la victime.
Les abords de la maison ont été récemment fouillés et des traces de ces opérations étaient toujours visibles vendredi, a constaté un photographe de l'AFP. Des scellés étaient également visibles sur la porte d'entrée du pavillon entouré de verdure, ainsi que sur celle du garage. «Mon souhait le plus cher, maintenant, c'est qu'on retrouve le corps et qu'on puisse lui donner une sépulture digne», a confié le maire du village.