Lamine Yamal outré
«Se moquer d'une religion dans un stade fait de vous des personnes ignorantes»

L'Espagne a de nouveau été confrontée au fléau du racisme dans les stades. Mardi, des chants islamophobes ont été proclamés lors de la partie entre la Roja et l'Egypte.
Photo: Getty Images
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AFP Agence France-Presse

Une enquête a été ouverte mercredi sur les chants racistes et islamophobes entonnés lors du match amical Espagne-Egypte à Barcelone, une «honte» pour le gouvernement et un «manque de respect (...) intolérable» pour la star de la Roja Lamine Yamal.

Ce qui devait être une simple rencontre de préparation à la Coupe du monde 2026, entre deux nations déjà qualifiées pour la compétition, a viré au fiasco, mardi soir, au terme d'un match nul (0-0) marqué par des chants racistes ("Qui ne saute pas est musulman !") dans les tribunes de Cornella, l'enceinte de l'Espanyol Barcelone.

«Hier au stade, on a entendu le chant "Qui ne saute pas est musulman". Je sais que c'était en direction de l'équipe adverse, et pas personnel contre moi, mais en tant que personne musulmane, cela reste un manque de respect et quelque chose d'intolérable», a fustigé sur Instagram l'ailier du FC Barcelone Lamine Yamal.

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Le sélectionneur exprime son dégoût

«Se moquer d'une religion dans un stade fait de vous des personnes ignorantes et racistes», a-t-il poursuivi à destination de ses 40 millions de followers, quelques heures après l'annonce par la police catalane de l'ouverture d'une enquête sur ces chants «islamophobes et xénophobes».

Dès mardi soir, la Fédération espagnole de football a «condamné tout acte de violence dans les stades», assurant «s'associer au message d'un football contre le racisme» affiché sur les écrans géants à la mi-temps de la rencontre, son président Rafael Louzán évoquant des chants «isolés» qui «ne doivent pas se reproduire».

En conférence de presse d'après match, le sélectionneur espagnol Luis de la Fuente a quant à lui exprimé son «dégoût total et absolu face à toute attitude xénophobe, raciste ou irrespectueuse», appelant à «identifier» et sanctionner leurs auteurs. Mais l'affaire a rapidement débordé le champ sportif et pris une dimension politique.

L'extrême droite pointée du doigt

«Les insultes et les chants racistes nous font honte en tant que société», a dénoncé mercredi matin le ministre de la Justice Félix Bolaños sur X, assurant que le gouvernement de gauche du Premier ministre Pedro Sánchez «continu(ait) à travailler pour un pays tolérant et respectueux de toutes et tous».

«L'extrême droite ne laissera aucun espace libre de sa haine et celles et ceux qui se taisent aujourd'hui en seront complices», a-t-il accusé, alors que le parti d'extrême droite Vox est depuis plusieurs mois solidement installé comme la troisième force politique nationale, dans un pays où cette tendance politique était pendant longtemps très minoritaire. 

Des élus de Vox ont d'ailleurs fait part de leur «fierté» sur les réseaux sociaux devant l'attitude du public espagnol mardi. «Nous avons vibré avec nos couleurs et nous avons sauté pour défendre ce que nous sommes», a par exemple déclaré sur X Alberto Tarradas, élu en Catalogne, sous une photo des supporters dans la tribune du stade, une référence explicité au chant entonné la veille dans un message republié par le chef de file du Parti Santiago Abascal.

Le match aurait-il dû être arrêté?

Pour une partie de la presse espagnole, la rencontre aurait dû être arrêtée par l'arbitre, comme le veut le protocole mis en place par l'UEFA en cas d'incidents racistes ou discriminatoires en tribunes ou sur la pelouse. Malgré les efforts des autorités et plusieurs condamnations en justice, cette affaire est une nouvelle illustration des difficultés du football espagnol à éradiquer le racisme dans ses stades et sur les terrains, où les incidents se multiplient ces derniers mois.

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La star brésilienne du Real Madrid Vinicius Junior, devenu le symbole de la lutte contre les discriminations dans le monde du football, en a été la cible la plus fréquente depuis son arrivée à Madrid en 2018. Mais seule une partie de ces incidents ont mené à des sanctions.

Le fait que même la sélection espagnole, symbole de l'unité du pays, ne soit pas épargnée par ce fléau est un bien mauvais signal, alors que l'Espagne doit organiser la Coupe du monde en 2030 au côté du Portugal et du Maroc, pays dont l'immense majorité de la population est musulmane.


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