Alors qu'elle a longtemps milité pour l'indépendance de Taïwan, Cheng Li-wun travaille aujourd'hui ardemment à un rapprochement avec la Chine et dirige avec ferveur le plus grand parti d'opposition de l'île. A 56 ans, elle prendra la tête mardi d'une délégation en Chine de sa formation, le Kuomintang (KMT). Elle espère rencontrer le dirigeant chinois Xi Jinping, qui l'a invitée. C'est la première délégation menée par la personne présidant le parti depuis 2016.
Ancienne animatrice de talk-show et députée, elle a bouleversé la scène politique taïwanaise dans une ascension surprise lors de son élection à la tête du KMT en novembre. Même au sein de ce parti, qui prône un resserrement des liens économiques et des échanges culturels avec Pékin, Cheng Li-wun est critiquée pour ses positions jugées trop pro-chinoises. La Chine revendique Taïwan comme faisant partie de son territoire et a menacé de la prendre par la force. Certains membres du KMT craignent que sa rhétorique virulente, souvent porte-voix de Pékin, ne fasse fuir les électeurs modérés lors des élections locales cette année, puis lors de la présidentielle en 2028.
Ils s'inquiètent également d'une potentielle dégradation des relations avec les États-Unis, qui est aujourd'hui le principal allié de Taïwan. Cheng Li-wun a déclaré à la presse étrangère que des pourparlers avec Xi auraient une «portée symbolique importante» et pourraient constituer une «base» pour des relations apaisées de part et d'autre du détroit de Taïwan. «Je ne pense pas qu'une seule rencontre puisse résoudre tous les problèmes qui s'accumulent depuis près d'un siècle», a-t-elle nuancé. «Mais (...) j'espère pouvoir réussir à bâtir un tel pont».
Aller-retour
Cheng Li-wun a grandi dans un des villages militaires de l'île, destiné aux soldats du KMT et à leurs familles restés à Taïwan après la défaite des nationaliste face aux combattants communistes en Chine en 1949. Mais en grandissant, elle est devenue critique du KMT et a même rejoint la formation opposée, le Parti démocrate progressiste (DPP). Etudiante, elle a fortement milité pour l'indépendance de Taïwan. Déçue par les luttes intestines, elle a ensuite quitté le DPP, expliquant avoir «découvert que l'indépendance de Taïwan était un mensonge».
Elle a rejoint le KMT en 2005. «L'indépendance de Taïwan est une impasse complètement impossible, alors pourquoi devrions-nous en payer le prix si déraisonnable?», a récemment déclaré Cheng Li-wun, dans une référence apparente au risque de déclencher un conflit avec la Chine. Elle a créé la surprise l'an dernier en remportant l'élection pour la présidence du KMT, car ses positions sur la Chine vont plus loin que celles de nombre de ses membres.
«Pour la sécurité, le bien-être et l'avenir de 23 millions de personnes, nous devons faire preuve ensemble de la plus grande sincérité et de la meilleure volonté pour résoudre les différends dans le détroit et préserver les deux parties de la guerre et du conflit», a-t-elle récemment déclaré. L'ancienne députée affirme que les Taïwanais devraient être fiers de leur héritage chinois et estime que le président russe Vladimir Poutine n'est pas un dictateur.
Dialogue avec Pékin
Taipei et Pékin entretiennent des liens linguistiques, culturels et historiques. Mais la majorité des personnes vivant sur l'île s'identifient comme Taïwanaises et ne soutiennent pas une unification avec la Chine, montrent de récents sondages menés par l'université taïwanaise de Chengchi. Fervente critique du président taïwanais Lai Ching-te, membre du DPP, Cheng Li-wun s'oppose au projet du gouvernement d'augmenter les dépenses de défense, principalement pour l'achat d'armes américaines. «Taïwan n'est pas un distributeur de billets», a-t-elle déclaré à l'AFP.
Elle accuse Lai Ching-te de pousser Taïwan vers une guerre dans laquelle l'île serait la «grande perdante». Le DPP rétorque qu'elle fait le jeu de Pékin. «Si les relations entre les deux rives du détroit sont pacifiques et stables, nous n'avons pas besoin d'une course aux armements inutile», a affirmé Cheng Li-wun à l'AFP, martelant que le dialogue avec Pékin reste la meilleure option.