Du Minnesota à l'Iran
Les 5 fautes (graves) que Trump peut faire cette semaine

Jusqu'où ira Donald Trump? L'enlèvement du président vénézuélien Maduro l'a galvanisé. Son discours de Davos a montré que seuls comptent, pour lui, les intérêts des Etats-Unis. Mais alors qu'une tempête de neige historique s'abat sur son pays, gare à l'aveuglement.
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Le président des Etats-Unis dénonce sans cesse l'insurrection qui menace dans son pays. Mais il l'attise.
Photo: Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Il suffit de prendre connaissance du dernier rapport stratégique du Pentagone. Dans ce document publié vendredi 23 janvier par le département américain de la Guerre, les objectifs des Etats-Unis sont clairement énoncés. L’armée américaine compte apporter un soutien «plus limité» aux alliés de Washington en Europe afin de donner la priorité à la sécurité intérieure et à la dissuasion vis-à-vis de la Chine.

Mais derrière ces priorités se cachent des faits auxquels Donald Trump se retrouve confronté dès cette semaine, alors que son pays gronde de colère contre les agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et se retrouve en partie paralysé par une tempête de neige historique. Voici les cinq erreurs que Trump, dans ces circonstances, ne doit pas commettre.

Faute n°1: couvrir des meurtres au Minnesota

Le meurtre de sang-froid d’un infirmier de 37 ans, Alex Pretti, par un commando d’agents de l’ICE, l’agence fédérale chargée de traquer les immigrés illégaux, ne peut pas rester impuni dans un Etat de droit. Or Donald Trump, comme sa ministre de l’Intérieur Kristi Noem, souffle au contraire sur les braises. Le président des Etats-Unis a dénoncé, dans un message, le refus de la police locale du Minnesota de protéger ces agents, déjà responsables, le 7 janvier, du meurtre d’une autre citoyenne américaine, Renée Good. 

Deux meurtres documentés et filmés! Or aucune enquête n’a été ordonnée. Et les agents de l’ICE ont, au contraire, reçu l’ordre de poursuivre leurs arrestations musclées à Minneapolis, où des barricades sont érigées. A force de menacer d’utiliser l’Insurrection Act de 1807, qui permet au président de déployer l’armée, Trump installe un climat de guerre civile. Il dénonce les démocrates et traite Alex Pretti de «communiste». Face à cela, que pèsent les appels au calme et au sursaut des anciens présidents Bill Clinton et Barack Obama?

Faute n°2: utiliser la tempête comme arme politique

Une tempête de neige historique est en train de déferler sur les Etats-Unis, jusque dans des Etats peu habitués à de telles conditions climatiques, comme le Texas. Or, face à cette catastrophe annoncée, le président répète son obsession: la dénonciation des thèses sur le réchauffement climatique. Son dernier message? «Could the Environmental Insurrectionists please explain – WHATEVER HAPPENED TO GLOBAL WARMING???» (Les insurrectionnistes de l’environnement peuvent-ils expliquer ce qui se passe avec le réchauffement climatique?). 

Là aussi, l’objectif politique est clair: au lieu de se faire l’avocat de l’union nationale et de veiller au déploiement maximal des secours dans tous les États sinistrés, pour venir en aide aux 230 millions d’Américains touchés, Trump continue de diviser, avec pour cible les États et les villes démocrates. «Alors que des gouverneurs déclarent l’état d’urgence à l’approche de la tempête, certains se demandent si la Maison Blanche rejettera leurs demandes de financement fédéral pour aider à couvrir les coûts du nettoyage et des réparations», titre le média Politico.

Faute n°3: frapper l’Iran contre l’avis de ses alliés

L’armada aéronavale américaine déployée dans le golfe Persique autour du porte-avions Abraham Lincoln est désormais en position de frapper l’Iran. En réponse, le guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 86 ans, aurait, selon plusieurs sources, trouvé refuge dans un bunker. 

Et maintenant? La capacité des bombardiers américains à détruire les installations des forces de sécurité iraniennes, responsables de milliers de morts depuis le début des protestations sociales, ne fait aucun doute. Or les alliés des Etats-Unis ne veulent pas d’une escalade. La preuve: l’Arabie saoudite a informé l’Iran qu’elle ne permettrait pas que son espace aérien ou son territoire soient utilisés pour l’attaquer. Plusieurs compagnies aériennes européennes ont suspendu leurs vols vers la région. Les bases américaines au Qatar, au Bahreïn et en Irak sont en état d’alerte. 

Trump a promis d’aider les manifestants iraniens. Mais s’il engendre une crise régionale, marquée par la fermeture des détroits stratégiques d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, il peut perdre beaucoup. Idem pour son principal allié: Israël. L'idée d'un blocus pétrolier naval fait donc son chemin, pour asphyxier les mollahs.

Faute n°4: tordre encore plus le bras de l’Ukraine

La population ukrainienne n’a sans doute jamais connu d’hiver aussi meurtrier et douloureux depuis le début de la guerre déclenchée par la Russie le 24 février 2022. Aussi résolu soit-il à conclure un accord avec Vladimir Poutine, Donald Trump ne peut pas ignorer que celui-ci a déclenché une nouvelle attaque contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes quelques heures seulement après avoir reçu au Kremlin, dans la nuit du 22 au 23 janvier, les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner. 

Tordre encore plus le bras de l’Ukraine aux Emirats arabes unis, où Russes et Ukrainiens doivent tenir une nouvelle séance de négociations face à face cette semaine, serait donc une trahison. Quelles sont les «garanties de sécurité» que Volodymyr Zelensky dit avoir reçues de Donald Trump lors de leur rencontre à Davos? Ne pas faire pression sur la Russie maintenant démontrerait, une fois de plus, que Trump est du côté de Moscou.

Faute n°5: insulter les Européens

«Nous aurons tout ce que nous voulons.» Ce week-end, Donald Trump a répété qu’il n’a pas du tout renoncé à son objectif de prendre, d’une manière ou d’une autre, le contrôle de ce «morceau de glace mal placé», pour reprendre ses termes utilisés à Davos. Alors, comment croire aux négociations qui doivent s’engager rapidement, comme l’a confirmé la Première ministre danoise, en visite sur l’île arctique le 23 janvier? 

Et comment, surtout, ne pas être offensés par un président des Etats-Unis qui a, contre toute évidence, dénoncé le fait que l’OTAN ait envoyé «quelques troupes» mais soit «restée un peu en retrait, légèrement à l’écart des lignes de front» en Afghanistan, alors que le Royaume-Uni, la France ou l’Italie y ont perdu de nombreux soldats? Même Giorgia Meloni s’en est offusquée. Depuis, Donald Trump a fait marche arrière, soulignant la bravoure britannique. Mais le président des Etats-Unis, expert en insultes, sait-il ce qu’est le respect?

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