Face aux coups de pression de la Chine
Japon et Corée du Sud resserrent leur coopération

La Première ministre japonaise reçoit le président sud-coréen à Nara pour renforcer leurs liens. Ils discuteront de questions régionales et mondiales, la Chine étant au cœur de leurs préoccupations.
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Le président sud-coréen Lee Jae Myung serrant la main de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi le 1er novembre 2025.
Photo: AP
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AFP Agence France-Presse

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi reçoit mardi le président sud-coréen Lee Jae Myung pour resserrer les liens avec Séoul dans un contexte de dégradation des relations de Tokyo avec Pékin. Les deux dirigeants vont s'entretenir à Nara près de Kyoto (ouest), la région natale de la dirigeante nationalise, afin de discuter de questions régionales comme mondiales, avec la Chine en haut des préoccupations.

Tokyo et Pékin sont toujours en pleine crise diplomatique, déclenchée en novembre quand Sanae Takaichi a laissé entendre que son pays pourrait intervenir militairement si la Chine attaquait Taïwan, territoire qu'elle revendique. La situation s'est encore détériorée la semaine dernière avec l'annonce par Pékin du durcissement de ses contrôles sur l'exportation vers le Japon de biens à double usage civil et militaire.

Ce voyage au Japon de Lee Jae Myung intervient tout juste une semaine après un déplacement en Chine, où il a rencontré son homologue Xi Jinping et mis en scène leur entente dans des selfies largement partagés en ligne. «Je crois que le gouvernement sud-coréen a estimé nécessaire que le président Lee se rende au Japon peu de temps après sa visite en Chine, afin de montrer que Séoul ne favorise pas un camp plutôt qu'un autre», analyse Benoit Hardy-Chartrand, spécialiste de la géopolitique en Asie de l'Est au campus de l'Université Temple à Tokyo.

En public, Sanae Takaichi et Lee Lee Jae Myung devraient mettre l'accent sur le réchauffement de leurs relations et la coopération, en prônant une «diplomatie de navette» faite de rencontres fréquentes et régulières, selon l'expert. «A huis clos, les dirigeants discuteront certainement de la crise actuelle entre le Japon et la Chine, car les mesures de rétorsion de Pékin, y compris les contrôles à l'exportation, auront également un impact sur la Corée», estime-t-il, les chaînes d'approvisionnement des trois pays étant profondément imbriquées.

Relations imprévisibles avec Washington

Cette rencontre intervient après d'importantes manoeuvres militaires chinoises autour de Taïwan et des tirs de missiles balistiques par la Corée du Nord, dont Pékin est proche, en mer du Japon. Dans un entretien avec le diffuseur public nippon NHK diffusé lundi, Lee Jae Myung a déclaré qu'il n'avait pas à «intervenir ou s'impliquer» dans la dispute sino-japonaise.

Il défend également l'apaisement avec Pyongyang, contrairement à son prédécesseur qui tenait une ligne dure, alors que Tokyo s'inquiète aussi des menaces nord-coréennes pour la sécurité régionale. Tokyo et Séoul, alliés des Etats-Unis, pourraient également évoquer leurs relations avec Washington, car l'imprévisibilité du président Donald Trump «a remis en question de vieilles certitudes et souligné l'importance de renforcer leurs liens», selon Benoit Hardy-Chartrand.

«Sanae Takaichi se méfiera de la stratégie de la Chine, conçue pour creuser des divisions entre la République de Corée et le Japon, et elle voudra réaffirmer le terrain d'entente partagé entre Séoul et Tokyo», note auprès de l'AFP Yee Kuang Heng, professeur en sécurité internationale à l'Université de Tokyo. Les relations entre les deux voisins ont longtemps été minées par les questions liées à l'occupation brutale de la péninsule coréenne par le Japon entre 1910 et 1945.

Mais l'ancien président conservateur sud-coréen Yoon Suk Yeol avait cherché à réchauffer les liens avec Tokyo. Lee Jae Myung a, lui, comparé la relation entre la Corée du Sud et le Japon à celle de «voisins partageant un jardin».

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