Ça vibre et ça grince, les paquets filent à toute allure sur les tapis roulants, les employés s'affairent avec des centaines de produits et de colis. Au centre logistique d'Amazon en Bavière, 2500 collaborateurs travaillent d'arrache-pied, 24 heures sur 24 et 6 jours sur 7. Chaque jour, plusieurs centaines de milliers de colis quittent le centre logistique, soigneusement emballés dans des camions. On estime que plusieurs dizaines de milliers d'entre eux arrivent chaque jour en Suisse. Lors de la visite du Blick, Amazon a refusé de dévoiler le chiffre exact. On a néanmoins pu avoir un aperçu exclusif des coulisses du géant américain du commerce en ligne.
Amazon est très apprécié des clients suisses, qui doivent souvent passer commande auprès de la filiale allemande. Amazon ne dispose pas de site web dédié à la Suisse. Pourtant, l'offre quotidienne pour une livraison en Suisse est de 400 millions d'articles.
Seules les marchandises qui tiennent dans un panier à linge sont envoyées depuis Graben, situé près d'Augsbourg, en Allemagne. D'autres centres logistiques sont chargés des articles plus volumineux. «Le produit est expédié depuis le site le plus proche», explique Patrick Geiger, responsable du centre logistique de Graben. Amazon approvisionne le marché suisse principalement depuis l'Allemagne, la France ou l'Italie. La Poste et Quickpac, filiale de la société de transport Planzer, se chargent de la livraison.
Les robots prennent le relais
Mais que se passe-t-il lorsqu'une commande arrive chez Amazon? «Nous attendons d'abord cinq minutes», explique Patrick Geiger. La raison en est simple: lorsque des commandes sont annulées, c'est généralement dans ce délai.
Il faut alors faire vite. «Nous faisons en sorte que le colis soit emballé et expédié dans les 90 minutes suivant la réception de la commande», assure le responsable. Cela n'est possible que grâce à une technologie de pointe - et à 3050 robots. «Avant, nos employés parcouraient 12 kilomètres par jour; aujourd’hui, la technologie vient à leur secours», explique Patrick Geiger lors de la visite guidée. Malgré la multiplication des robots, le nombre d’employés à Graben est en hausse.
Ces robots bleus autonomes, qui ressemblent un peu à des aspirateurs ou à des tondeuses robotisées, acheminent les articles depuis l'entrepôt, qui compte 15 millions de produits, directement jusqu'à l'employé. Ou plutôt, ils apportent le rayonnage tout entier. Un employé repère l'article souhaité et l'envoie à la station suivante pour qu'il soit emballé.
Par mesure de sécurité, les robots disposent de leur propre zone de travail, presque entièrement dépourvue de personnel. En effet, ces machines pèsent 150 kg et peuvent rouler à une vitesse de 5,5 km/h.
Mais si un article tombe lors du transport des étagères en plastique jaunes, quelqu'un doit venir à la rescousse. Grâce à un gilet équipé de capteurs et de lumières clignotantes, les robots perçoivent l'homme comme l'un des leurs. Sans ce gilet, les robots renverseraient tout simplement les employés. Pour empêcher quiconque d'entrer dans cette zone, celle-ci est clôturée.
Sous le feu des critiques
En Allemagne, Amazon est de loin le plus grand site de vente en ligne du pays. L'EHI Retail Institute estime le chiffre d'affaires en ligne du groupe dans notre pays voisin à environ 15 milliards d'euros. L'Allemagne est le deuxième marché le plus important au monde pour le géant américain.
Pas étonnant que Graben soit en pleine effervescence six jours par semaine. Les employés travaillent en trois équipes de huit heures chacune. Le syndicat allemand Verdi appelle régulièrement à la grève pour dénoncer les conditions de travail. La dernière en date a eu lieu à Bad Hersfeld en mars dernier. La raison: des salaires trop bas. Depuis des années, le syndicat se bat pour l'obtention d'une convention collective.
«Nous versons à nos employés un salaire nettement supérieur au salaire minimum légal de 13,90 euros de l'heure», affirme M. Geiger. Au centre de Graben, les nouveaux employés sans expérience perçoivent un salaire de départ de 16,74 euros de l'heure. Au bout de deux ans, le salaire horaire passe à 19,36 euros. Un contremaître gagne un peu moins de 23,50 euros de l'heure à son entrée en fonction.
Pour travailler chez Amazon, aucune expérience préalable n'est requise, si ce n'est une connaissance de base de l'allemand et de l'anglais. LLes nouveaux employés suivent une formation interne de huit semaines. Au total, des personnes issues de 90 pays différents travaillent à Graben.
Grand et encore plus grand
Pour faire face à l'afflux de colis, Amazon exploite, rien qu'en Allemagne, 23 centres logistiques répartis sur 20 sites. Mais ce n'est que la première étape du processus d'expédition: à cela s'ajoutent 9 centres de tri et 72 centres de distribution. En l'absence de livraison directe, les colis sont triés dans les centres de tri par région et par destination. Au centre de distribution, le camion est chargé de manière optimale pour la livraison, puis pris en charge par les transporteurs.
C'est ainsi qu'Amazon devance touts ses concurrents en Allemagne, y compris Otto et Zalando. Le géant de la mode ne compte que 12 centres logistiques dans toute l'Europe. Avec deux entrepôts et un centre logistique en Allemagne, Galaxus Allemagne n'est en revanche qu'un petit joueur, même si cette filiale de Migros est leader du marché en Suisse.
Reste à voir si Galaxus devra faire face à la concurrence d'Amazon en Suisse également. En effet, l'exploitation de centres logistiques en Suisse n'est pas très intéressante pour le géant américain: en raison de l'interdiction de circulation nocturne pour les camions, Amazon devrait adapter l'ensemble de ses processus opérationnels. Les consommateurs suisses continueront donc probablement à recevoir des colis Amazon portant un cachet allemand.