«L'ordre mondial et le système multilatéral comme nous l'avons connu ont changé irrémédiablement». Au début d'une ministérielle de l'OMC de plusieurs jours à Yaoundé, la directrice générale Ngozi Okonjo-Iweala a appelé jeudi les membres à avancer vers la réforme de l'institution.
L'Organisation mondiale du commerce (OMC) offre «une stabilité» au milieu d'une période de «perturbations» et d'incertitudes» pour le monde, a ajouté la Nigériane. Comme elle l'a fait à de nombreuses reprises ces derniers mois depuis les tarifs douaniers américains jusqu'à la guerre au Moyen-Orient, elle a répété que le commerce mondial faisait face à une crise sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Malgré cette situation, il faut avancer sur la réforme de l'organisation, a-t-elle insisté. «Les impasses ne sont pas insurmontables», a-t-elle ajouté, admettant toutefois que les quatre jours de la ministérielle s'annoncent difficiles.
Une demande également relayée par le président de la ministérielle, le ministre camerounais du commerce dont le pays attend beaucoup de cette réunion. Sur la réforme comme sur des avancées pour le développement. «Nous aurons du succès», a promis Luc Magloire Mbarga Atananga, demandant à ses homologues de montrer que l'OMC «est et reste debout».
Cette ministérielle s'est ouverte alors que le monde est confronté à une crise énergétique grandissante en raison de la guerre au Moyen-Orient. Et dans un environnement de menaces américaines de nouveaux tarifs douaniers limités contre des dizaines de pays, dont la Suisse.
Etats-Unis très attendus
Au centre de l'attention, les efforts pour arracher une feuille de route sur la réforme de l'organisation qui devrait aboutir à du concret en 2028. L'UE, une coalition d'une dizaine de pays, dont la Suisse, ou la Chine souhaitent un dispositif ambitieux. Ce qui n'est pas le cas des Etats-Unis. Ni de l'Inde.
Sans feuille de route, le facilitateur norvégien de ces discussions Peter Ollberg a expliqué que l'organisation serait en danger. «Ce serait un signal extrêmement négatif», avait affirmé récemment à Keystone-ATS l'ambassadeur suisse à l'OMC à Genève Erwin Bollinger.
A Yaoundé, L'attitude américaine, alors que le président Donald Trump n'a cessé de conspuer l'organisation ces dernières années, sera très observée. Comme dans toutes les autres négociations, Washington avance une approche maximaliste et ne souhaite pas une feuille de route assez large au terme de la ministérielle.
Il y a quelques jours, l'ambassadeur américain à l'OMC à Genève n'avait pas rassuré en affirmant que le texte sur la table n'était pas acceptable. Depuis, le représentant au commerce Jamieson Greer, sans doute très courtisé à Yaoundé, a dévoilé lundi une nouvelle déclaration américaine.
Plusieurs observateurs y voient des signaux prometteurs qui montrent que les Etats-Unis, malgré tout, se reconnectent à l'organisation. D'autres considèrent au contraire que ce document révèle l'inflexibilité américaine sur ses revendications.
Chants et percussions
«L'OMC doit changer si elle souhaite rester pertinente» alors que le commerce mondial se déplace vers davantage de «réciprocité», a insisté lundi M. Greer. Les Etats-Unis veulent s'attaquer au principe de la nation la plus favorisée qui prévoit qu'un avantage attribué à un pays doit l'être à tous les autres.
Le commissaire européen Maros Sefcovic est également sur cette ligne, en raison des subventions chinoises qui aboutissent à une surproduction qui inonde les marchés européens. Alors que le marché chinois reste davantage fermé. Mais les Vingt-Sept ne sont pas tous aussi jusqu'au-boutistes et Bruxelles souhaite surtout qu'une discussion ait lieu.
Pour les Etats-Unis comme pour la Suisse, l'un des objectifs sera de prolonger le moratoire sur les transmissions électroniques. Leur volonté d'une solution permanente a toutefois de fortes chances de se heurter à de nombreux pays en développement favorables à une extension de deux ans seulement. Pour amadouer ceux-ci, Berne a proposé un nouveau comité sur le numérique à Genève pour régler ces questions.
Symbole de l'énormité des chantiers qui attendent les ministres, des coups de marteaux et des ouvriers casqués étaient encore mêlés aux premiers délégués mercredi, à la veille de l'ouverture. Jeudi matin, place aux trémoussements et aux percussions qui accompagnaient les convois pour les motiver face aux défis des prochains jours.
La Suisse est emmenée par la secrétaire d'Etat Helene Budliger Artieda. En raison de la situation internationale, le président de la Confédération Guy Parmelin a renoncé à faire le déplacement camerounais.