A peine de quoi manger et boire. Pas d'autre choix que de dormir à même le sol. Une exposition aux violeurs et trafiquants d’êtres humains. Les conditions dans lesquelles des centaines d’enfants réfugiés ont dû vivre à la périphérie de Ceuta sont désolantes et brutales.
Dans un article publié lundi, un journaliste de Blick était parti sur le terrain pour documenter l'horreur que traversent ces enfants, abandonnés à leur sort à Ceuta. Le papier est notamment remonté jusqu’à un ex-haut magistrat espagnol, qui a ensuite fait pression sur la ministre chargée de la Jeunesse et de l’Enfance.
Plusieurs ONG espagnoles ont interpellé le Premier ministre, Pedro Sánchez, pour lui faire part de leurs inquiétudes concernant le sort de ces enfants et adolescents vulnérables. Elles exhortent l'Espagne à respecter la législation nationale et la Convention relative aux droits de l'enfant des Nations unies, en assurant l'accès aux soins, à l'eau potable, à une alimentation adéquate, ainsi qu'une assistance humanitaire.
Elles appellent aussi les autorités à identifier ces enfants en situation de vulnérabilité, avec l'objectif de les inscrire au registre des mineurs étrangers non-accompagnés. Cela leur permettrait de bénéficier d'une tutelle.
L'Espagne prend des mesures
Ces différentes interventions ont contribué à débloquer la situation. Mardi, le gouvernement espagnol a accordé à la ville de Ceuta une aide d’urgence de 25 millions d’euros pour la prise en charge d’urgence des enfants non-accompagnés. La ministre de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, a ordonné que deux établissements scolaires inoccupés soient aménagés pour accueillir ces enfants en situation de vulnérabilité. Ils sont destinés à accueillir en priorité des jeunes filles et adolescentes.
Par ailleurs, le ministère a annoncé ce jeudi avoir débloqué un crédit exceptionnel d'environ 6,5 millions d'euros pour renforcer l'accueil des personnes migrantes dans le Centre temporaire pour immigrés (CETI) à Ceuta. L'institution a également souligné qu'elle s'est concordée avec la Croix-Rouge pour l'assistance sociale et sanitaire à Ceuta. Des distributions de kits alimentaires sont en cours. Face à cette situation d'urgence, des élus appellent d'autres régions d'Espagne à faire preuve de solidarité pour accueillir ces mineurs.
Les enfants menacés
Selon les informations du gouvernement, au moins 1098 enfants et adolescents – dont beaucoup sont non accompagnés et livrés à eux-mêmes – attendent toujours à Ceuta. Certains ont raconté à Blick être arrivés dans l'espoir de pouvoir poursuivre leur voyage vers l’Espagne. D’autres expliquent avoir fui avec leurs parents. A noter que bon nombre d’entre eux vivaient déjà dans la rue au Maroc.
«Je pensais qu’ici, on aurait au moins un toit au-dessus de la tête», a confié Marwa, 16 ans. Elle et son amie Aya, 16 ans aussi, ont échappé de justesse à deux violeurs dimanche. «Personne ne nous aide», déplore de son côté Amir. Cet ado de 13 ans est assis en larmes à l’entrée d'une zone industrielle, dans l’espoir que quelqu’un lui apporte quelque chose à manger.
Ces populations sont particulièrement menacées. Selon «El País», des groupes WhatsApp se sont créés pour traquer les personnes migrantes de Ceuta. Ils sortiraient durant la nuit pour les passer à tabac. La rentrée scolaire aura lieu le 8 septembre prochain à Ceuta. D’ici là, les enfants réfugiés devraient avoir au moins un toit au-dessus de la tête, de quoi manger et accès à des toilettes et des douches. Mais nulle ne sait ce qui les attend après.