Opération de propagande russe
Vladimir Poutine accusé d'avoir délibérément semé le chaos à Ceuta

De fausses informations auraient attiré quelque 72'000 migrants à Ceuta en quelques jours. Derrière cette campagne de désinformation se trouveraient les stratèges du Kremlin. Une opération qui semble avoir atteint son objectif: attiser les tensions au cœur de l’Europe.
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Le président russe Vladimir Poutine est accusé d'avoir orchestré le chaos migratoire à Ceuta.
Photo: Blick

En bref

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  • Entre 70'000 et 80'000 migrants sont arrivés à Ceuta fin juillet, déclenchant des violences et tensions en Espagne, accentuées par des manifestations massives contre la politique migratoire à Madrid et ailleurs.
  • Pedro Sánchez accuse la Russie et Israël de diffuser des fausses informations sur Ceuta, incitant des milliers de migrants à franchir les frontières et provoquant des divisions au sein de l'UE.
  • Près de 50'000 manifestants ont défilé à Madrid, tandis que l'Italie a prolongé de 15 jours ses contrôles frontaliers avec l'Espagne pour gérer la crise migratoire.
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Guido Felder

Ceuta fait face à une série de violences, après l'arrivée fin juillet de 70'000 à 80'000 personnes migrantes dans l'enclave espagnole. Des habitants s'en sont pris à des migrants en mettant le feu à leurs tentes et bloquant l'acheminement de l'aide humanitaire.

Mais la problématique s'étend désormais à toute l'Espagne. Mercredi, des manifestations massives contre la politique migratoire espagnole ont eu lieu dans tout le pays, auxquelles a également participé le parti d'extrême droite Vox. Rien qu'à Madrid, ils étaient près de 50'000. 

Mais des contre-manifestations ont également eu lieu pour soutenir la politique de Pedro Sanchez. Afin de disperser les groupes extrémistes, la police nationale est intervenue à l’aide de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Une situation chaotique qui profite à un homme: Vladimir Poutine. 

Accusé de semer le chaos

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, accuse ouvertement le Kremlin d'avoir orchestré cette situation. Dans une interview accordée à la radio Cadena SER, il accuse la Russie – ainsi qu’Israël – d’avoir délibérément diffusé de fausses informations au sujet de Ceuta. Un arrêt de la Cour suprême du 8 juillet aurait été délibérément déformé. Ces informations erronées laissaient entendre que les personnes rejoignant Ceuta à la nage ne pouvaient pas être expulsées du territoire.

En l’espace de quelques jours, ces rumeurs auraient poussé des milliers de migrants à franchir les clôtures pour rejoindre l’enclave espagnole, la plupart d’entre eux à la nage.

Une situation qui a créé des frictions au sein même de l'Union européenne (UE). La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a immédiatement instauré des contrôles aux frontières avec l’Espagne. Ceux-ci viennent d’être prolongés de 15 jours supplémentaires.

Poutine veut diviser l’Europe

De son côté, le Kremlin nie ces accusations. Ulrich Schmid, spécialiste de la Russie à l’Université de Saint-Gall, confirme néanmoins les soupçons de Pedro Sánchez: «Certains indices laissent penser que des algorithmes et l’intelligence artificielle ont amplifié et diffusé du matériel de propagande issu de l’entourage de blogueurs russes 'Z'.»

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Le Kremlin attise les critiques émanant des milieux nationalistes de droite dans différents pays européens afin d’exacerber les divisions au sein de la société
Ulrich Schmid, spécialiste de la Russie à l’Université de Saint-Gall
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Cette campagne de désinformation russe serait certainement liée au soutien de l’Espagne à l’Ukraine. L’implication présumée d’Israël s’expliquerait, elle, par les critiques répétées du Premier ministre espagnol à l’égard de la politique israélienne. Pedro Sánchez a dénoncé à plusieurs reprises la répression menée dans la bande de Gaza et a reconnu l’Etat de Palestine.

«Moscou choisit très délibérément les cibles de ses attaques dissimulées», explique Ulrich Schmid. Il s'agit d'une stratégie qui s'inscrit dans un contexte plus large: «Le Kremlin attise les critiques émanant des milieux nationalistes de droite dans différents pays européens afin d’exacerber les divisions au sein de la société.»

La migration comme arme

La manoeuvre russe à Ceuta n'est pas un cas isolé, mais s'inscrit dans une stratégie plus globale. La Pologne, la Lettonie et la Lituanie accusent l’allié de Poutine, le président du Bélarus Alexandre Loukachenko, d’instrumentaliser la migration. Les trois pays lui reprochent d’acheminer depuis 2021 des migrants vers la frontière extérieure de l'UE afin de les faire entrer clandestinement sur le territoire européen.

Que ce soit via le Bélarus ou par le biais d’armées de trolls sur les réseaux sociaux, le Kremlin utilise systématiquement la migration comme une arme hybride. Le cas de Ceuta illustre de manière frappante la facilité avec laquelle de fausses informations peuvent suffire à attiser les tensions et à déclencher de véritables incendies politiques en Europe.

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