La fondatrice d'un hospice pour enfants à Moscou, Lida Moniava, a été interpellée mercredi, accusée de diffusion de «fausses informations» sur l'armée russe en Ukraine, a déclaré à l'AFP son avocat, Mikhaïl Birioukov. Lida Moniava, connue pour avoir fondé le centre de soins palliatifs destinés aux enfants «La maison avec un phare», encourt «jusqu'à dix ans de détention pour diffusion de fausses informations sur les actions des forces armées russes» avec pour motivation «la haine politique», a précisé Me Birioukov.
Cet article, introduit dans le Code pénal russe quelques jours après le déclenchement de l'offensive russe contre l'Ukraine le 24 février 2022, fait partie de l'arsenal législatif permettant de museler les voix critiques en Russie.
Madame Moniava est aussi à l'origine d'un fonds caritatif pour enfants malades qui aidait aussi jusqu'à récemment les réfugiés ukrainiens en Russie. Elle a été «placée en détention provisoire après une perquisition à son domicile et un interrogatoire mercredi», a encore dit Me Birioukov. Selon lui, un tribunal de Moscou décidera jeudi soir si sa détention provisoire sera prolongée ou pas.
«Milliers de victimes»
Le Comité d'enquête russe a accusé Madame Moniava dans un communiqué officiel publié jeudi d'avoir «diffusé publiquement sur Telegram des fausses informations sur les actions des forces armées russes contre la population civile en Ukraine». Selon Me Birioukov, il s'agit d'un message que sa cliente a fait paraître sur Telegram le 24 février 2023, à l'occasion du premier anniversaire du début du conflit, dans lequel elle fait état des milliers de victimes civiles en Ukraine, citant des statistiques de l'ONU et appelant à aider les réfugiés ukrainiens qui se trouvent en Russie.
L'organisation de défense des droits humains Amnesty International a dénoncé dans un communiqué «une attaque éhontée contre les libertés». «Cette agression contre l'une des plus grandes dirigeantes d'association caritative de Russie vise à réduire au silence non seulement elle, mais l'ensemble de la société civile», a affirmé la directrice régionale de l'ONG pour l'Europe de l'Est, Marie Struthers, appelant les autorités à abandonner leurs poursuites et à abroger la législation de «censure de guerre».
Madame Moniava avait déjà été condamnée en février à une amende de 45'000 roubles pour avoir «discrédité» l'armée russe avec trois messages sur Telegram concernant l'offensive russe en Ukraine, a rappelé Amnesty. Dans la foulée de son assaut de grande ampleur contre l'Ukraine, la Russie a intensifié la répression contre les voix critiques, instaurant des mesures de censure militaire strictes et condamnant les récalcitrants à des années de prison. La quasi-totalité des opposants sont désormais emprisonnés, morts ou en exil.