Les manifestations contre les conditions de sécurité à Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, ont dégénéré jeudi en affrontements entre la population locale et la police, un mois après l'afflux massif de migrants en provenance du Maroc.
La police a chargé les manifestants sur une plage après qu'un groupe s'est rendu dans la zone où les migrants dorment. Certaines de leurs affaires ont été incendiées, selon des images diffusées par la télévision publique espagnole.
Plus tôt dans la journée, des dizaines de manifestants ont organisé un sit-in afin d'empêcher les véhicules de la Croix-Rouge d'accéder à la plage pour distribuer de la nourriture aux centaines de migrants séjournant dans la zone. Les manifestants, brandissant des drapeaux espagnols, ont scandé «Qu'ils s'en aillent» et «Dehors la Croix-Rouge», avant d'être dispersés par la police.
Appel au calme
Le gouvernement espagnol et les autorités locales de Ceuta ont appelé jeudi au calme, après plusieurs incidents survenus près d'un mois après l'entrée massive de plus de 70'000 migrants dans ce petit territoire espagnol du nord de l'Afrique. Les manifestants dénoncent des problèmes de sécurité et d'hygiène et accusent le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez de les abandonner à leur sort.
Même si quelques heures à peine après ce brusque afflux, la plupart des migrants sont retournés au Maroc, plusieurs milliers sont restés dans la ville - entre 3500 et 7000 selon le gouvernement et au moins 10'000 selon les autorités de Ceuta, qui compte 80'000 habitants en temps normal.
Une manifestation rassemblant des milliers de Ceutiens mercredi soir s'était déjà achevée par des troubles lorsque la police a lancé des gaz lacrymogènes pour empêcher qu'ils ne s'en prennent aux migrants campant sur une plage, selon la presse espagnole.
Accélérer les renvois
Face aux critiques d'une partie de la population de Ceuta et de ses autorités, mais aussi de l'opposition de droite et d'extrême droite, le gouvernement de Pedro Sánchez a pris ces derniers jours des mesures afin d'accélérer le renvoi des migrants vers le Maroc.
Pour accélérer la procédure, il a instauré un «commandement unique» pour Ceuta, confié au ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, qui a appelé les habitants de la ville à «la compréhension», en leur rappelant que les autorités devaient identifier chaque migrant pour déterminer s'il a droit à l'asile ou s'il peut être renvoyé.
Le ministère de l'Intérieur a annoncé jeudi l'envoi de personnel supplémentaire pour identifier les migrants. Les milliers de mineurs non accompagnés présents dans la ville doivent quant à eux bénéficier d'une protection particulière et le gouvernement a approuvé jeudi le transfert de 25 millions d'euros supplémentaires pour les accueillir.