En bref
- Le premier tour de l’élection présidentielle au Brésil s’est tenu dimanche 4 octobre 2026. Flávio Bolsonaro devance Lula avec 47,03% contre 45,16% des suffrages, mais aucun des deux n’a obtenu la majorité absolue. Le second tour aura lieu le 25 octobre.
- Flavio Bolsonaro, 45 ans et sénateur de Rio de Janeiro, est le candidat de la droite pour la première fois, succédant à son père Jair Bolsonaro. L’écart entre les deux candidats est de seulement 2,2 millions de voix.
- Avec une abstention de 21,08%, Lula et Bolsonaro totalisent plus de 92% des voix. Les 5% restants, en faveur des autres candidats, ainsi que les abstentionnistes, seront déterminants pour le second tour.
Il a déjà gagné. Déjà? Oui, presque. Au vu du très bon score réalisé par le candidat de la droite nationale-populiste Flavio Bolsonaro, 45 ans, au Brésil ce dimanche 4 octobre, Donald Trump peut se réjouir. Le président argentin Javier Milei et celui du Salvador, Nayib Bukele, ses alliés les plus fidèles sur le continent sud-américain, auront peut-être un renfort de poids le 25 octobre, à l'issue du second tour de l'élection présidentielle.
Imaginez le choc: avec 47,03%, soit environ 56,1 millions de voix, Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président de droite aujourd'hui assigné à résidence pour avoir fomenté une tentative de prise du pouvoir le 5 janvier 2023, à Brasilia. Le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, sort sonné de cette bataille dans les urnes qu'il avait lui-même présentée comme un défi au président des Etats-Unis. Lula, héros de la gauche brésilienne, ancien syndicaliste, recueille 45,16%, soit 53,9 millions. L’écart est faible – environ 2,2 millions de voix – mais l’ordre d’arrivée constitue un revers pour Lula, qui espérait terminer en tête. Ses partisans le voyaient même l'emporter dès le premier tour.
L'enjeu des abstentionnistes
La question, maintenant, est de savoir comment va se répartir, dans les deux prochaines semaines de campagne, l'électorat qui s'est porté vers les autres candidats (moins de 6% à eux deux) et comment les abstentionnistes du premier tour vont réagir. Le fait que la droite nationale-populiste soit déjà assurée de contrôler le Sénat peut jouer en faveur de Bolsonaro, dont l'une des premières mesures sera de pardonner à son père, fidèle allié de Trump. 21% des électeurs brésiliens ne se sont pas rendus aux urnes, mais la puissance des réseaux sociaux pourrait, dans les jours qui viennent, les mobiliser. Le groupe Meta (propriétaire de Facebook et WhatsApp) est par exemple accusé par la gauche de bloquer les messages de campagne de Lula. En Argentine, lors des législatives d'octobre 2025, la promesse de l'actuelle administration américaine d'accorder vingt milliards de dollars de prêts au pays avait pesé lourd dans la balance et permis au camp de Javier Milei de l'emporter à la surprise des sondeurs.
L'autre victoire de Donald Trump, qui revendique une forme de suzeraineté politique sur l'ensemble du continent américain, fidèle en cela à la doctrine du président James Monroe (1817-1825), est la bipolarisation spectaculaire de la politique brésilienne entre le camp Lula et le camp Bolsonaro. Comme les Etats-Unis, l'immense Brésil (213 millions d'habitants) est désormais politiquement coupé en deux. Avec, au centre du jeu politique, une question simple: l'aspiration (ou non) à un pouvoir de droite plus autoritaire capable de réformer l'Etat à la «tronçonneuse», comme le promet Milei en Argentine.
Contre la corruption
Le mot d'ordre de Flavio Bolsonaro est la lutte contre une classe politique corrompue et contre un Parti des travailleurs accusé d'avoir «acheté» les masses populaires à coups de subventions. Il promet un grand «coup de ciseaux» dans les dépenses publiques («tesouraço»): suppression d’au moins dix ministères, réduction des postes administratifs, lutte contre les très hauts salaires et avantages dans la fonction publique, et nouvelle règle de plafonnement des dépenses.
Le président sortant Lula, lui, continue de rester fidèle à sa politique d'inspiration sociale-démocrate. Mais il bute sur trois réalités: l'augmentation de la criminalité, l'inflation élevée et les ingérences en provenance des Etats-Unis, qui lorgnent en particulier sur le pétrole offshore du géant lusophone de l'Amérique du Sud. Flavio Bolsonaro a promis, à la façon de Trump, de développer fortement l'exploitation énergétique, notamment du pétrole et du gaz. Son programme autoriserait notamment la fracturation hydraulique (gaz de schiste – fracking) sous conditions environnementales. Une forme de trumpisation de l'économie.