En bref
- L’AfD a pris pour la première fois la présidence d’un Parlement régional, en Saxe-Anhalt, avec 48 voix sur 83
- Le BSW de Sahra Wagenknecht a soutenu l’AfD au nom de la fin du «cordon sanitaire», malgré les critiques du SPD et de Die Linke
- Tobias Rausch, visé par des accusations de favoritisme, devient président avant l’élection décisive du ministre-président en décembre
C'est un verrou politique qui a sauté en Allemagne et une première pour l'AfD. Le parti d'extrême droite a pris mardi la présidence d'un Parlement régional: l'AfD a obtenu ce poste en Saxe-Anhalt grâce aux voix d'un parti d'extrême gauche. Le parti de Sahra Wagenknecht, pro-russe et issu de la gauche radicale, défend aujourd'hui une ligne souverainiste et hostile à l'immigration. Ce vote intervient un mois après le triomphe de l'AfD dans les urnes face aux conservateurs du chancelier Friedrich Merz, toujours plus impopulaire.
Ce mardi après-midi, lors d'un vote à bulletin secret, Tobias Rausch, le candidat investi par l'AfD, a recueilli 48 voix, contre 29 et 5 abstentions, selon le décompte officiel. Il obtient ainsi la majorité absolue dans une assemblée de 83 sièges, avec un score supérieur aux attentes: les 39 élus d'extrême droite n'avaient reçu publiquement que le soutien des cinq députés du BSW.
Le BSW avait promis la «fin du cordon sanitaire»
«Le BSW met fin à l'idiotie du cordon sanitaire! Le groupe le plus important d'un parlement régional devrait également en fournir le président: avec 44% des suffrages, cela devrait aller de soi», avait déclaré Sahra Wagenknecht en amont du scrutin. Selon elle, il n'y avait plus lieu de priver le parti populiste de droite de cette «normalité parlementaire». Avant le scrutin, le BSW avait promis une «attitude raisonnable envers l'AfD» et la «fin du cordon sanitaire». C'est désormais chose faite, se félicite Sahra Wagenknecht ce mardi.
Elle affirmait ne pas comprendre les mises en garde du Parti social-démocrate (SPD) et du parti de gauche Die Linke contre l'élection d'un extrémiste de droite à la présidence d'un parlement allemand, une première depuis 1932. «Ce n'est pas un Göring 2.0 qui est candidat», avait-elle lancé, en référence à Hermann Göring, président du Reichstag de 1932 à 1945.
Le «roi du copinage» comme nouveau président du Parlement?
Sans surprise, c'est donc Tobias Rausch, membre de l'AfD, qui devient le nouveau président du Parlement régional. Le quotidien populaire «Bild», le plus lu d'Allemagne, le surnomme le «roi du copinage». Un sobriquet qui renvoie aux graves accusations de favoritisme visant l'élu. Cinq membres de sa famille ont travaillé pour l'AfD. Il a aussi employé au moins trois joueurs d'un club de football local dans son bureau de député, alors qu'il préside ce même club. En Saxe-Anhalt, les députés n'ont désormais plus le droit d'employer des membres de leur famille.
Cette alliance est une première entre l'AfD et le BSW
Cette élection à la présidence du Parlement faisait figure de premier test pour la collaboration entre l'AfD et le BSW. La véritable bataille pour le pouvoir aura lieu en décembre, lors de l'élection du ministre-président. L'AfD y vise une «majorité significative», selon son candidat Ulrich Siegmund. Mais pour l'obtenir, le parti aura besoin des voix du BSW.