Ils tremblent devant UBS, d'après KKS
A quel point nos parlementaires sont-ils corruptibles?

La ministre des Finances Karin Keller-Sutter craint que les dons d'UBS aux partis politiques freinent une réglementation plus stricte de la banque. Celle-ci reste silencieuse, la gauche s'indigne, tandis que le camp bourgeois rejette toute influence.
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KKS craint que certains élus se plient aux positions d'UBS par peur de voir la banque diminuer ses dons à leurs partis.
Photo: KEYSTONE
Sven Altermatt et Ulrich Rotzinger

La ministre des Finances, Karin Keller-Sutter, a adopté un ton inhabituellement ferme lors d'un entretien avec Blick, exprimant son inquiétude face aux efforts de lobbying d'UBS. Elle a déclaré que la banque exerçait des pressions considérables sur le Parlement.

«Il n'est pas courant de s'opposer aussi fermement à nos institutions», a déclaré la conseillère fédérale au sujet des efforts de lobbying d'UBS visant à empêcher le durcissement de la réglementation bancaire qu'elle avait elle-même initiée. Elle a ajouté qu'il s'agissait d'«une forme assez inédite de relations entre une entreprise et l'Etat». 

Selon Karin Keller-Sutter, ce lobbying risque d'influencer les décisions politiques. Elle craint en effet que certains parlementaires se plient aux positions d'UBS par peur de voir la banque diminuer ses dons à leurs partis. 

UBS se tait

Lobbying à grande échelle, pratiques contraires aux valeurs suisses, manœuvres d'influence ciblant des individus et réduction des contributions aux partis politiques comme moyen de pression: UBS garde le silence sur l'ensemble de ces points. «Nous ne ferons aucun commentaire», a déclaré un porte-parole à Blick. Le PDG Sergio Ermotti et le président du conseil d'administration Colm Kelleher n'étaient pas disponibles pour commenter.

L'Association suisse des banquiers, qui regroupe les banques suisses, se montre également réticente à prendre position. Elle estime qu'il appartient à ses membres de décider de leur participation au processus politique.

Quel est le montant versé aux partis?

Au Palais fédéral, ce sont surtout les déclarations de Karin Keller-Sutter sur les dons qui font parler. Une chose est sûre: ces dernières années, UBS a fait partie des grands donateurs des partis. En 2025 par exemple, la banque a soutenu les partis bourgeois avec un total de 1,2 million de francs de dons. C'est ce qui ressort du rapport de durabilité de la banque.

Les contributions ont été versées directement aux partis et calculées en fonction du nombre de sièges qu'ils détiennent aux niveaux fédéral et cantonal. La banque soutient uniquement les partis favorables à la libre concurrence, à l'économie de marché et à la place financière suisse. Selon les rapports de transparence pour 2024, les montants versés sont les suivants: l'Union démocratique du centre (UDC) a reçu plus de 400’000 francs, tandis que le Parti libéral-radical (PLR) et le Centre ont obtenu environ 300'000 francs chacun. En revanche, aucun don n'a été accordé au Parti socialiste (PS) ni aux Vert-e-s.

«
Cette peur montre à quel point la dépendance à l'égard de l'argent des grandes entreprises est devenue malsaine dans la politique suisse
Cédric Wermuth, coprésident du Parti socialiste
»

Que faut-il penser des propos de la conseillère fédérale? A gauche, il s'agit ni plus ni moins que le preuve de leurs mises en garde. «Les parlementaires n'osent manifestement pas voter dans l'intérêt des contribuables, par peur des conséquences financières de puissants lobbies», déclare Cédric Wermuth, coprésident du PS, jugeant ces déclarations alarmantes. «Cette peur montre à quel point la dépendance à l'égard de l'argent des grandes entreprises est devenue malsaine dans la politique suisse.» 

Cédric Wermuth parle de «poison pour notre démocratie». Dans le secteur bancaire en particulier, cette dépendance est «incendiaire» car «c'est ni plus ni moins que la protection des contribuables lors de la prochaine crise économique qui est en jeu.»

Le camp bourgeois tempère

Dans le camp bourgeois, personne ne veut pour l'instant jeter de l'huile sur le feu. Les avis sont unanimes: nous ne sommes pas à vendre! «UBS n'a aucune influence sur nos positions politiques», déclare le Centre. La Suisse ne finance pas les partis politiques via l'Etat. Par conséquent, tous les partis sont financés par des dons. 

En coulisses, certaines voix bourgeoises soulignent avec suffisance que le Parti socialiste a lui aussi indirectement bénéficié du soutien de grandes banques. Pas plus tard qu'en 2022, la Fondation Anny Klawa-Morf, affiliée au PS, a reçu environ 190'000 francs de la part de Crédit Suisse – qui a depuis fusionné avec UBS.

La banque va-t-elle encore riposter?

Reste une question centrale: le patron d'UBS, Sergio Ermotti, a-t-il prévu une contre-attaque à Karin Keller-Sutter pour ce mercredi? Sa banque doit en effet présenter ce matin ses résultats du premier trimestre 2026, avant de s'exprimer devant les médias. Les questions sur le lobbying d'UBS autour de la réglementation bancaire devraient être nombreuses.

Fait intéressant: après des mois sans contact, Karin Keller-Sutter et Sergio Ermotti pourraient se retrouver la semaine prochaine à Saint-Gall. Tous deux figurent en effet parmi les principaux intervenants du 55e Symposium de Saint-Gall et n'ont, à ce jour, pas annulé leur participation. Dans un tel cadre, il semble peu probable qu'ils puissent s'éviter.

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