Scandales autour de l'initiative
Le Service citoyen financé par un anti-IVG et promu grâce à des signatures au rabais

Lancée pour défendre l’égalité dans le service à la collectivité, l’initiative Service Citoyen est désormais éclaboussée par deux scandales: le financement de sa campagne par un militant anti-avortement et des pratiques de dumping salarial dans la récolte de signatures.
Les membres des partis de jeunesse Jeunes GLP, Jeunes EVP et Jeunes Centre lors de la campagne «Oui à l'Initiative Service National-Citoyen».
Photo: Keystone
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Lucie FehlbaumJournaliste Blick

L’initiative «Service citoyen» se dit progressiste et féministe. Dans ses interviews, Noémie Roten, présidente du comité d’initiative, la présente comme une manière de corriger l’injustice qui veut que seuls les hommes accomplissent un service obligatoire.

Son service citoyen entend donc imposer à tous, femmes comme hommes, une contribution à la collectivité, que ce soit dans l’armée, la santé, l’environnement ou la gestion des crises. «Le service citoyen est l’antithèse du bénévolat des femmes», expliquait-elle récemment à Blick.

Contrôle de l'avortement par les hommes

Mais derrière ce discours d’égalité, le financement de la campagne laisse un goût amer. Près de la moitié du budget provient de Leopold Brügger, fondateur de la plateforme Gleichstellung.ch (soit «égalité.ch») et figure connue pour ses positions anti-avortement. Le pharmacien zurichois s'est notamment exprimé en faveur d'un droit de veto des hommes sur les interruptions volontaires de grossesses (IVG).

En 2016, tandis que des jeunes libéraux suédois provoquaient un tollé en demandant un droit des hommes concernant l'avortement, Leopold Brügger s'exprimait auprès de «20 Minuten». «Si le rapport sexuel était consenti et que l’homme s’engage à s’occuper de l’enfant, il devrait pouvoir s’opposer à une IVG», déclarait le pharmacien au quotidien alémanique.

Un discours qui choque Jessica Jaccoud, conseillère nationale vaudoise socialiste et fervente opposante à l’initiative. «L’homme qui finance le service citoyen réclame donc un droit de veto des hommes sur le corps des femmes, déclare l'avocate, scandalisée. C’est littéralement le Moyen Âge. Et lire que la présidente du comité d’initiative estime que cet homme s’engage depuis longtemps pour l’égalité prouve bien que le service citoyen est un danger pour les femmes.»

Des signatures achetées à bas prix

Le malaise ne s’arrête pas là. Pour amener le texte jusqu’à la votation, Noémie Roten a dû recourir à des sociétés spécialisées dans la récolte de signatures pour atteindre les 100'000 nécessaires à ce que son idée finisse dans les urnes.

En 2023, en difficulté, elle engage ainsi plusieurs entreprises, notamment Incop et Pôle Swiss, qui lui permettent de récolter entre 40'000 et 50'000 paraphes, révèlent les journaux alémaniques de TX Group. Puis, elle se retourne contre ces deux sociétés, la qualité des griffes récoltées laissant à désirer. Des dates de naissance étranges et des fausses adresses corrompent les formulaires. Noémie Roten dénonce publiquement leurs méthodes et déplore le manque d'éthique de ces boîtes spécialisées.

Rebondissement et dumping salarial

Nouveau rebondissement: la juge militaire finit par reprendre le modèle à son compte. La Genevoise, originaire du Valais, embauche directement ses propres récolteurs, promettant une charte éthique et un contrôle plus strict. Problème: les salaires proposés sont parmi les plus bas du secteur.

Le comité paie entre 2,50 et 3,50 francs par signature. C'est moins de la moitié du tarif usuel d'Incop, notamment, pourtant critiqué pour son manque d'éthique par Noémie Roten. A titre de comparaison, certaines campagnes – comme celle de l’initiative Blackout – payaient jusqu’à 7,50 francs.

L'initiative Service citoyen réagi à cet article

Le comité de l'initiative Service citoyen a réagi et exprimé son mécontentement quant à cet article. Le comité d'initiative considère que sa teneur est fausse, voire incomplète. Elle conteste que Leopold Brügger ait des positions anti-IVG ou qu’il soit un militant anti-IVG, considérant que ce dernier ne s’attache qu’au «droit des pères, respectivement celui de participer (et de se responsabiliser) quant à la décision de mettre fin à la vie de leur enfant». Elle considère au demeurant que le fait d’«assimiler 'droit des pères' et 'position anti-avortement' est inique, ce d'autant plus que le régime de l'avortement en Suisse n'est pas un 'droit' mais repose sur une absence de culpabilité pénale lorsque certaines conditions sont réunies (voir art. 118 à 120 du Code pénal suisse) ». L'initiative Service citoyen tient à préciser «qu’aucune signature n’a été 'achetée' mais que des récolteurs et entreprises ont été rémunérés pour un service, pratique largement répandue et tout à fait légale». Elle conteste par ailleurs tout dumping salarial, affirmant que «les récolteurs engagés par l'initiative Service citoyen étaient donc payés jusqu'au triple des tarifs usuels, soit entre CHF 2,50 et 4,50 par signature, sans compter les dédommagements autres ou le fait que les récolteurs eux-mêmes étaient des personnes motivées par la cause». Elle estime qu’il aurait fallu rappeler que l’affaire de 2023, s’agissant de laquelle elle conteste l’ampleur des signatures concernées, a été «d’une grande importance pour l'intégrité du processus démocratique suisse», dans le cadre de laquelle Noémie Roten et les promoteurs de l'initiative ont notamment «déposé le 14 juin 2023 une plainte pénale pour fraude électorale et concurrence déloyale auprès du Ministère public de la Confédération». Le comité d'initiative tient à rappeler que cette affaire a conduit «la Chancellerie fédérale à entamer une concertation publique (tables rondes)», à laquelle Noémie Roten a été conviée.

Le comité de l'initiative Service citoyen a réagi et exprimé son mécontentement quant à cet article. Le comité d'initiative considère que sa teneur est fausse, voire incomplète. Elle conteste que Leopold Brügger ait des positions anti-IVG ou qu’il soit un militant anti-IVG, considérant que ce dernier ne s’attache qu’au «droit des pères, respectivement celui de participer (et de se responsabiliser) quant à la décision de mettre fin à la vie de leur enfant». Elle considère au demeurant que le fait d’«assimiler 'droit des pères' et 'position anti-avortement' est inique, ce d'autant plus que le régime de l'avortement en Suisse n'est pas un 'droit' mais repose sur une absence de culpabilité pénale lorsque certaines conditions sont réunies (voir art. 118 à 120 du Code pénal suisse) ». L'initiative Service citoyen tient à préciser «qu’aucune signature n’a été 'achetée' mais que des récolteurs et entreprises ont été rémunérés pour un service, pratique largement répandue et tout à fait légale». Elle conteste par ailleurs tout dumping salarial, affirmant que «les récolteurs engagés par l'initiative Service citoyen étaient donc payés jusqu'au triple des tarifs usuels, soit entre CHF 2,50 et 4,50 par signature, sans compter les dédommagements autres ou le fait que les récolteurs eux-mêmes étaient des personnes motivées par la cause». Elle estime qu’il aurait fallu rappeler que l’affaire de 2023, s’agissant de laquelle elle conteste l’ampleur des signatures concernées, a été «d’une grande importance pour l'intégrité du processus démocratique suisse», dans le cadre de laquelle Noémie Roten et les promoteurs de l'initiative ont notamment «déposé le 14 juin 2023 une plainte pénale pour fraude électorale et concurrence déloyale auprès du Ministère public de la Confédération». Le comité d'initiative tient à rappeler que cette affaire a conduit «la Chancellerie fédérale à entamer une concertation publique (tables rondes)», à laquelle Noémie Roten a été conviée.

La présidente du comité d'initiative explique que, de son côté, elle travaille bénévolement depuis plus d'un an. Elle vit sur ses économies et un petit héritage de son père. Son initiative, qui vise à lutter contre le bénévolat des femmes et promeut le féminisme, est au menu des votations du 30 novembre.

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