«Pas de Suisse à 10 millions!»
Ces arguments qui font trembler l'UDC

Le conseiller fédéral UDC Albert Rösti a voulu biffer des points délicats de la brochure explicative du gouvernement sur les votations du 14 juin. Même son collègue de parti Guy Parmelin ne lui a pas donné raison.
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Albert Rösti a cherché à atténuer les critiques figurant dans la brochure du gouvernement sur l'initiative de son parti.
Photo: keystone-sda.ch
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Raphael Rauch

Les deux conseillers fédéraux UDC ont des problèmes de dos. Chez Guy Parmelin, ils sont chroniques, tandis que l'opération du dos d'Albert Rösti cette semaine visait à soulager ses douleurs. L'ancien prédisent du Centre Gerhard Pfister en a profité pour envoyer un message de soutien ambigu via X: «C'est bien que l'opération se soit bien passée. Et c'est bien que des personnes dévouées à l'étranger aient contribué et contribueront à son rétablissement.»

L'élu zougois a donc enfoncé le clou par rapport à l'initiative pour la durabilité de l'UDC, car sa position en vue de la votation du 14 juin est claire: moins de migration signifie moins d'infirmières et moins de médecins-chefs dans les hôpitaux.

L'UDC craint trois arguments.

Actuellement, tout va bien pour l'UDC. Le parti ne mène pas une campagne agressive comme par le passé, mais mise sur des thèmes comme la pénurie de logements et les trains bondés. Selon les sondages, l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» a de bonnes chances d'être acceptée par le peuple. Cependant, trois arguments font trembler le parti agrarien.

Le conseiller fédéral UDC Albert Rösti a tenté de modifier trois passages figurant dans la brochure explicative du gouvernement. Ces passages concernaient les hôpitaux, un potentiel centre d'accueil pour demandeurs d'asile et la croissance économique. Cette intervention, que Blick a pu consulter grâce à la loi sur la liberté d'information, émanait exclusivement du département du Bernois; son collègue UDC Guy Parmelin n'a manifesté aucune objection quant à la formulation.

Conséquences négatives pour les hôpitaux et les EMS

Dans sa prise de position, le Conseil fédéral met en garde contre les conséquences négatives pour les hôpitaux et les maisons de retraite – un sujet sensible, compte tenu de la pénurie actuelle de personnel soignant. Cette situation inquiète particulièrement les électeurs âgés. 

Dans ce contexte, Albert Rösti a tenté de reformuler le terme «hôpitaux» en «établissements publics»: «Limiter l’immigration peut avoir un impact sur les secteurs public et privé. Il convient de le formuler en conséquence. Mentionner spécifiquement les hôpitaux et les maisons de retraite dans ce contexte nous semble excessivement restrictif», a déclaré son département.

La question controversée de l'asile est également abordée dans le livret de vote. Les opposants affirment qu'un «oui» à l'initiative pourrait signifier la fin du système de Dublin: toute personne demandant l'asile en Suisse ne pourrait alors plus être expulsée vers l'Espagne ou la Grèce. 

Le département d'Albert Rösti estime cependant que la Suisse deviendrait moins attractive pour les demandeurs d'asile si elle dépassait le seuil de 9,5 millions, car le Conseil fédéral pourrait alors exiger des lois d'asile plus strictes. Il souligne par ailleurs que le système de Dublin ne fonctionne déjà pas correctement : l'Italie refuse depuis des années d'accueillir des réfugiés suisses initialement enregistrés en Italie.

Peter Spuhler trouve l'initiative «trop extrême».

Les déclarations relatives à la croissance économique suscitent également la controverse: «Affirmer que le PIB a augmenté de moitié depuis l’instauration de la libre circulation des personnes sous-entend non seulement une relation de cause à effet, mais même une relation monocausale. C’est scientifiquement indéfendable. Toute affirmation concernant la croissance économique doit d’abord être pondérée de l’inflation, puis présentée en termes de PIB par habitant. De plus, l’augmentation de la productivité du travail durant cette période doit être démontrée.»

Ce qu'Albert Rösti ne dit pas c'est que l'immigration ne met pas seulement les infrastructures à rude épreuve, elle est aussi un moteur de croissance économique. Sans spécialistes qualifiés, les entreprises de ses collègues de parti, Peter Spuhler et Magdalena Martullo-Blocher, ne connaîtraient pas une telle croissance. Rien d'étonnant à ce que le président de Stadler Rail arrive, dès lors, à une conclusion bien différente de celle d' Albert Rösti. «Cette initiative est trop dure et trop extrême», a-t-il déclaré à la SRF, précisant qu'il voterait contre l'initiative le 14 juin.

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