Que se passerait-il si des biens de première nécessité venaient soudainement à manquer? La pandémie de Covid et la guerre en Ukraine ont montré la fragilité des chaînes d'approvisionnement. Est-ce que le Conseil fédéral en a conscience et fait suffisamment pour assurer l'approvisionnement du pays dans de telles situations?
La réponse est négative, selon la conseillère nationale socialiste Samira Marti. «Il ne s'agit pas que d'eau et de pain, insiste la Bâloise. Des semi-conducteurs ou des puces électroniques sont tout aussi concernés.» Sans un approvisionnement sûr de ces biens critiques et stratégiques, ce sont des pans entiers de l'économie suisse qui seraient rapidement paralysés, selon elle.
«Le Conseil fédéral doit entrer au 21e siècle»
L'élue de 29 ans n'y va pas de main morte. «Le Conseil fédéral doit enfin entrer dans le 21e siècle», martèle-t-elle. Le fait que les chaînes mondiales d'approvisionnement aient été soudainement interrompues durant la crise du Covid ou la guerre en Ukraine doivent allumer certaines lampes. Le gouvernement doit donc évaluer dans quels secteurs la Suisse est dépendante de l'étranger pour les biens vitaux et secteurs stratégiques.
Samira Marti n'est pas seule dans sa revendication. Elle est soutenue par le conseiller national du Centre et président de l'Union suisse des paysans (USP) Markus Ritter, la conseillère nationale PLR et vice-présidente de l'Union suisse des arts et métiers (USAM) Daniela Schneeberger et la conseillère nationale UDC Esther Friedli, fraîchement élue au Conseil des États.
Le Conseil fédéral ne se laisse pas désemparer. Selon lui, la Suisse est sur la bonne voie. Il l'a d'ailleurs fait savoir dès l'été dernier dans un rapport: il ne veut pas recourir à des mesures étatiques pour assurer l'approvisionnement du pays. Cela ne doit intervenir qu'en dernier recours, en cas d'urgence.
Ailleurs, les milliards pleuvent
D'autres pays voient les choses différemment. Les États-Unis, par exemple, viennent d'allouer 39 milliards de dollars de subventions à la production de puces électroniques. L'Union européenne compte aussi arroser le secteurs de milliards d'euros. Elle a défini 137 biens d'importation «essentiels et critiques-stratégiques» sur un total de 5200, dont la mise à disposition doit être assurée en tous temps.
Et la Suisse? La vision du Conseil fédéral est la suivante: s'appuyer sur plusieurs pays et de nombreux fournisseurs augmente la sécurité d'approvisionnement. Insuffisant, selon une partie toujours plus grande du Parlement. «Le Conseil fédéral ne doit pas se soustraire à une politique industrielle étatique en raison de réserves idéologiques», dénonce Samira Marti.
Les États-Unis et l'Union européenne ne sont, eux, pas dupes, assure la Bâloise: un sous-approvisionnement en biens essentiels ou critiques fait planer un risque énorme sur la population et l'économie nationale. Cela aurait également des «conséquences fatales» pour la Suisse.