Trois ans de la chute de Credit Suisse
Dans une lettre, le chef d'UBS critique «l'alarmisme» à Berne

Trois ans après le sauvetage de Credit Suisse, le patron d'UBS Sergio Ermotti a pris la parole, auprès de ses employés et sur les réseaux. Il s'est adressé manière claire et inhabituellement directe à ses collaborateurs. Blick s'est procuré le mail.
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Le sauvetage de Credit Suisse a été l'un des moments les plus difficiles de l'histoire financière suisse moderne, écrit Ermotti.
Photo: Keystone
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Rolf Cavalli et Christian Kolbe

Il y a exactement trois ans, la Suisse et le monde de la finance étaient au bord du gouffre. Credit Suisse, alors l’une des trente plus grandes au monde, n’était plus viable. Une crise financière internationale menaçait. Ce n'est que grâce à l’intervention d’urgence de la Confédération, de la Banque nationale suisse et d'UBS, le 19 mars 2023, que la catastrophe a été évitée.

Dans une note interne marquant le troisième anniversaire de la reprise de Credit Suisse, Sergio Ermotti jette un regard rétrospectif – mais aussi tourné vers l'avenir. L'intégration a été un tour de force, «tout sauf évident», écrit-il dans un mail envoyé aux employés et publié sur LinkedIn. Ce qui a commencé en mars 2023 comme une crise systémique aiguë est aujourd'hui en grande partie terminé sur le plan opérationnel. Avec la migration des derniers clients suisses, un chapitre central est clos.

Le patron d’UBS ne mache pas ses mots, mais il les utilise tout de même de manière ciblée. Le sauvetage de Credit Suisse a été l’un des moments les plus difficiles de l’histoire financière moderne du pays. Si la Suisse a surmonté cette crise, c’est grâce à une action coordonnée entre l'Etat, les autorités et UBS. Le pays a agi de manière «déterminée et responsable». UBS a fait partie de la solution et a contribué à stabiliser la réputation internationale de la place financière helvétique.

La lettre d'Ermotti dans sa version originale.
Photo: Capture d'écran Blick

Même si le mail est adressé à ses collaborateurs, le véritable destinataire du message de Sergio Ermotti ne se trouve pas au sein de la grande banque, mais bien à Berne. C’est là que se déroule actuellement le débat sur un durcissement des règles de fonds propres, porté par la ministre des Finances Karin Keller-Sutter. Pour Sergio Ermotti, la position est claire: des réformes, oui, mais pas à n’importe quel prix.

Trop de peur, pas assez de faits

«Le débat actuel est trop marqué par les risques et l'alarmisme, et trop peu par les faits», écrit Sergio Ermotti. Au lieu d’une analyse froide, c’est un réflexe sécuritaire qui domine. Il exige plus de sobriété. «De l'autoréflexion et du courage – pas de la peur.»

Sergio Ermotti plaide pour des interventions ciblées plutôt que pour des durcissements généralisés. Les nouvelles règles doivent être équilibrées. Renforcer la stabilité sans étouffer la croissance. Et surtout, rester harmonisées au niveau international. Il rejette clairement les initiatives nationales isolées, les fameux «Swiss Finishes». Elles engendreraient des coûts sans réelle valeur ajoutée.

Sergio Ermotti insiste sur un point: des exigences de capital plus élevées ne toucheraient pas seulement les banques, mais directement les clients. Les crédits deviendraient plus chers. Les hypothèques aussi. Le financement deviendrait plus difficile pour les PME. La stabilité financière, rappelle-t-il, se ressent concrètement dans la vie quotidienne.

«Plus de règles ne suffisent pas»

L'analyse de Sergio Ermotti sur la crise de Credit Suisse est sobre… mais politiquement explosive. Le problème n’était pas l’absence de réglementation, mais l’incapacité à corriger à temps des faiblesses connues. Erreurs de management, exceptions réglementaires et mauvaise communication ont détruit la confiance. Pour lui, la leçon est claire: davantage de règles ne suffisent pas à résoudre le problème.

Sergio Ermotti met en garde contre les réactions excessives. Des mesures qui rassurent à court terme pourraient affaiblir la place financière suisse à long terme. La compétitivité n'est pas un sujet secondaire, mais fait partie de la stabilité. Car pour lui, le secteur financier est plus qu'une branche. C'est un pilier économique. Un employeur. Un contribuable. Un prêteur. Tourner la page, c'est tourner la page de tout le système.

La balle est dans le camp de Berne

Au final, son message – formulé en interne – vise clairement l’extérieur. La Suisse doit trouver un équilibre. Entre sécurité et ouverture. Entre réglementation et réalité. «UBS ne doit pas être punie pour son modèle commercial éprouvé, réussi et durable.»

Le bras de fer entre banques et autorités entre dans sa phase décisive. Le Conseil fédéral doit se prononcer à la mi-avril sur la proposition de Karin Keller-Sutter – avec, à la clé, un possible durcissement plus important que ne le souhaite Sergio Ermotti.

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